Fall movies : de Manhattan à Gotham (1)

Automne cinématographique aux couleurs américaines avec, entre autres, deux grands films.

UN JOUR DE PLUIE À NEW-YORK (Woody Allen – USA)

Un couple d’étudiants de Nouvelle Angleterre profite d’une opportunité universitaire pour passer un week end en amoureux à Manhattan. Le destin et une météo capricieuse vont mettre à mal ce beau projet.

Retour aux sources pour Woody par cette comédie sentimentale purement New-Yorkaise et ses personnages typiquement alleniens. Avec le jazz omniprésent et malgré la pluie, c’est charmant, joyeux, un brin psy et – dans la tradition des scenarii du maître – bourré de quiproquos savoureux.

C’est dans une salle du Mercury que nous avons vu ce film que nous avions manqué lors de sa sortie. L’occasion de rappeler le rôle de service public que joue, pour les cinéphiles, le cinéma de la place Garibaldi géré par le Conseil Départemental.

JOKER (Todd Phillips – USA)

C’est mollement installés dans les fauteuils articulés de la salle Dolby du Pathé Gare du Sud que nous avons vu le film-événement de Todd Phillips. Le moins qu’on puisse dire est que celui-ci a bien mérité son Lion d’Or à Venise.

Dans une histoire originale, on suit la transformation d’Arthur Flock, un clown sans talent moqué et humilié par la vie, en Joker, le tueur psychopathe qui deviendra le plus grand ennemi de Batman.

Même si l’histoire se déroule à Gotham City, la ville symbole du super-héros, nous ne sommes plus dans l’univers de la BD mais bel et bien embarqués dans un thriller à la fois psychologique et politique où le Joker, magistralement interprété par Joaquin Phoenix, quitte son destin de méchant de Comics pour devenir le témoin d’une société autodestructrice. Une sorte d’icône pour gilets jaunes.

Du coup, les médias en prennent pour leur grade avec en particulier le personnage démoniaque joué par le grand Robert De Niro. Un grand film qui peut réconcilier les fans de Batman avec ceux qui précisément détestent ce genre cinématographique.

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« Escales » chez les Ponthus

Ponthus est le nom patronymique de ma mère Édith. Depuis 33 ans, il existe une association de « Amis du chevalier Ponthus ». Celui-ci, chevalier de la Table Ronde, fut aussi roi de Galice en Espagne et serait l’ancêtre commun et prestigieux de tous les Ponthus.

L’association a un but généalogique mais aussi (et je dirais surtout) familial et amical. Elle multiplie ainsi les voyages d’études (Bretagne et Galice, bien sûr, mais aussi Londres, Angers, Bourg-en-Bresse, Nantes, Clermont-Ferrand…). C’est ainsi qu’en 2011, j’ai organisé avec Édith, membre fidèle et enthousiaste de l’association, un séjour fort sympathique à Nice. Nous avions même été reçus en mairie par le 1er adjoint de l’époque.

Aussi, quand l’historique et charismatique président, Pierre Ponthus, m’a demandé de profiter du traditionnel rendez-vous de novembre de l’ACP à Lyon pour présenter et dédicacer Escales, mon dernier livre (qui évoque, entre autres, le parcours de mon grand-père Edgar Ponthus), j’ai accepté avec plaisir.

Je ne savais pas, à ce moment-là, que mon actualité familiale rendrait ce rendez-vous si émouvant.

Il le fut.

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Le syndrome du train électrique

Aujourd’hui nous avons participé (avec Ben et Viera, excusez du peu…) à l’inauguration de la ligne 3 du tram. Pendant des années, de la municipalité Peyrat, initiatrice de l’aventure, à la municipalité Estrosi, les oppositions ont fait leur job avec des propositions techniques ou financières alternatives et en accompagnant les associations de riverains et de commerçants inquiètes devant ce bouleversement urbain. Elles ont parfois eu gain de cause notamment en matière de parcours (la Diagonale, la Promenade des Anglais) mais pas toujours. Rien de plus normal : en démocratie, ce sont les majorités qui ont la responsabilité de l’équilibre global des projets qu’elles initient.

Quoi qu’il en soit, cette période est révolue et il ne sert à rien ni à personne de jouer les prolongations. Le tram  de Nice est désormais le tram qui appartient à tous les habitants de cette ville. Un bien commun qui va s’inscrire, ligne après ligne, dans le cadre familier de notre vie quotidienne.

Bien sûr, on peut toujours arguer que l’installation (en fait la réinstallation) du tram a été réalisée dans toutes les grandes villes de France et que Nice n’est pas la première, loin s’en faut. Et alors ? la belle affaire !

Bien sûr, on peut se dire que la mise en place ne se fera pas pas forcément aisément surtout dans un contexte  d’inauguration impatiente pour cause d’élections. Mais là aussi, rien de vraiment problématique si les usagers sont dans la proposition et les autorités dans l’écoute.

Bien sûr, on peut trouver la note salée. Elle l’est et notre feuille d’impôts va en témoigner longtemps. Mais ce n’est qu’après quelques années de pratique qu’on fera le bilan coût-avantage social et environnemental des solutions choisies.

Il convient donc, en cette belle journée de féliciter au delà du happening « too much » de Saint-Isidore les ouvriers, les techniciens et, même si ce n’est pas dans l’air du temps, les élus « techniques » qui ont contribué à réussir cette belle entreprise.

Il faut aussi admettre qu’ à un moment où on se penche sur l’avenir de la planète un tram de plus est forcement une bonne nouvelle.

Qu’il nous soit permis de succomber aussi au syndrome du « train électrique » qui peut toucher aussi bien une femme qu’un homme (nous en sommes la preuve) et qui fait qu’en découvrant ces merveilleuses machines serpentant dans la ville de station en station, on a le sentiment d’avoir à disposition, quelques semaines avant Noël, un jouet flambant neuf, rutilant, coloré et joyeusement mobile.

DOMINIQUE BOY-MOTTARD
PATRICK MOTTARD

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« Escales » sur la Prom : le film, version 2

Vous avez été plus de deux cents à visionner la première version du film d’Eric Clément-Demange sur la lecture itinérante de mon livre « Escales » sur la Promenade des Anglais par Sabine Venaruzzo et Marie-Hélène Clément. Le réalisateur étant perfectionniste, voici une nouvelle version.

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Travel anecdote (13) : Au pied du Mur (de Berlin)

Avoir, à deux jours du 30e anniversaire de la chute du Mur de Berli assisté à la sympathique conférence de l’écrivain-universitaire Jean Emelina qui a évoqué à la Bibliothèque Nucera sa « RDA, mon amour » sur le mode du Huron de Jean Rivero m’a rappelé une travel anecdote que curieusement je n’avais pas encore écrite. Une anecdote qu’on peut trouver drôle mais qui en fait pour nous s’est révélée assez frustrante.

Nous sommes à la fin des années 70, au début d’un nouveau périple en Europe communiste avec notre fidèle Renault 5. La veille, nous avions franchi la frontière inter-allemande en à peine deux heures et fait étape à Leipzig (à l’époque en RDA), puis nous avons foncé sur Berlin-Est et ce mur mythique qui enflammait nos imaginations.

En Allemagne de l’Est, les voyageurs individuels étaient obligés pour obtenir un visa  de justifier chaque soir d’un hébergement officiel. Avec notre petite tente canadienne, c’était généralement pour nous un camping. Comme dans beaucoup de grandes villes de l’Est, afin d’isoler les voyageurs, le camping Amkrossinsee était situé à une cinquantaine de kilomètres de la ville. Lorsque nous achevons notre installation la nuit est déjà tombée (nous sommes à la mi-septembre) et la soirée bien avancée.

Mais la tentation est trop grande et nous fonçons sur Berlin et son Mur. Nous traversons des kilomètres de banlieue avant d’arriver à ce qui semble être le centre-ville, très mal éclairé et déjà désert (il doit être 23h). On se dit qu’en allant toujours tout droit on finirait bien par buter sur l’ objet de nos fantasmes. Bingo ! Béton, barbelés, miradors… pas de doute nous avons trouvé le Mur.

Comme une route le longe, nous l’empruntons avec circonspection, la bouche sèche et les fesses un tantinet serrées. Il est vrai que l’obscurité régulièrement zébrée par les faisceaux lumineux des projecteurs est impressionnante. Le parcours est désert, pas une voiture à l’horizon.

Soudain deux silhouettes se dressent devant mon capot. Ce sont deux vopos (Volkspolizei, Police du Peuple… mon oeil !) lourdement armés qui nous font signe d’immobiliser le véhicule. J’obtempère et nos coeurs se mettent à battre très vite. Les mains crispées sur nos passeports, nous nous attendons à une séquence difficile car notre expérience des contrôles à l’Est nous a appris que dans ces pays, par une sorte de loi d’airain, on n’est jamais en règle. En fait, la situation s’aggrave car un des gardes me demande de descendre et de le rejoindre devant la voiture. Je descends en me demandant quelle était la traduction de Goulag en allemand et Dominique me jette le regard résolue de celle qui va organiser la résistance pour ma libération. Mais le soldat avec une grande économie de mots et de gestes m’explique ce que je sais déjà. En effet, ma vaillante petite voiture ayant déjà sillonné l’Europe dans tous les sens est un peu fatiguée. Et par un phénomène que je n’arrive pas à m’expliquer le phare gauche éclaire beaucoup moins bien que le phare droit. Du coup, je me lance dans une périlleuse tentative d’explication qui visait surtout à persuader mon interlocuteur que ma voiture n’était pas en train de faire du morse à un espion de l’ouest. Ce n’était pas vraiment nécéssaire car le vopo me fit signe de regagner ma voiture sans même vérifier nos visas.

C’est donc avec soulagement que nous repartons. Un immense soulagement qui se transformera très vite en un magistral regret : celui d’avoir laisser un minuscule manquement au code la route nous voler le frisson qu’était censé nous faire éprouver cette nuit là le grand vent de l’Histoire.

 

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A propos des accompagnatrices voilées…

Il existe depuis longtemps en matière de jurisprudence administrative la notion de collaborateur occasionnel du Service Public. À l’évidence, les accompagnatrices scolaires font partie de cette catégorie de citoyens qui aident l’administration à accomplir ses missions de service public.

En réalité, cette notion a été utilisée en matière de responsabilité : quand le collaborateur bénévole a subi ou occasionné un dommage dans le cadre de son action, l’administration doit le réparer sur la base de la responsabilité sans faute. Ce fut le cas pour de nombreux accompagnateurs scolaires.

Rien n’empêche le juge d’aller jusqu’au bout de la logique de cette jurisprudence en estimant que le collaborateur non seulement soit considéré comme partie intégrante du service public en cas d’accident mais encore soit assimilé à un véritable supplétif de l’administration soumis aux règles de neutralité et de laïcité.

Pour cela, il faudrait distinguer le collaborateur spontané qui intervient dans l’urgence (celui qui lutte contre l’incendie avant l’arrivée des pompiers, celui qui arrête un délinquant avant l’intervention de la police…) sans obligation particulière, et le collaborateur sollicité par l’administration comme l’accompagnateur scolaire. Dans ce cas, nous sommes dans le cadre de l’organisation du service public et c’est à l’autorité publique qui en a la responsabilité de veiller aux obligations de neutralité et de laïcité du service public.

Du coup, le débat sur une éventuelle loi serait superflu.

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Il y a 30 ans : la chute du Mur de Berlin…

En écho au remarquable reportage de Stéphanie Gasiglia de ce jour sur la chute du Mur de Berlin, un texte de voyage que j’ai publié sur ce blog en 2010 :

ICH BIN EIN BERLINER !

Après plus de 1600 kilomètres d’autoroute noyés par des pluies torrentielles dignes du sud-est des Etats-Unis, nous retrouvons la porte de Brandebourg avec son architecture quelconque et son quadrige un peu surfait. Pourtant, nous franchissons l’ouvrage avec une certaine émotion. Certes, celle-ci est moins exubérante que la dernière fois, quelques mois après le rêve éveillé de la chute du Mur, mais elle est toujours là, bien là. C’est que Brandebourg est le symbole de Berlin, et cette ville que je connais finalement assez mal est en fait la clé de voûte historique de ma vie d’homme comme elle est celle de toute une génération, ma génération. Ensemble nous avons connu un monde bipolaire que l’on disait dangereux mais qui finalement s’était révélé plutôt rassurant. Ensemble nous nous sommes enthousiasmés pour la fin brutale de ce système communiste si dévoreur de liberté tout en étant déstabilisés par la chute de ce Mur à l’abri duquel on avait bâti tant de certitudes. C’est donc avec la tendresse que l’on prête à sa propre histoire et à ses propres doutes que je me sens si proche de cette ville. Ich bin ein Berliner !

C’est à tout cela que je pense en regardant la jeunesse du monde déambuler joyeusement d’est en ouest et d’ouest en est, de la pelouse du Reichstag aux premiers arpents d’Unter den Linden. Et au milieu de la foule, je cherche sans trop y croire mon pote Damiel, l’ange des ailes du désir. J’aimerais tellement lui demander ce qu’il pense du Berlin d’aujourd’hui, lui qui finalement s’était si bien accommodé du Berlin d’hier. Peut-être aurai-je quand même le bonheur de le croiser avant la fin de mon séjour. Après tout, Berlin n’est pas à un miracle près.

 

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Thank you les Affranchis : plus fort que Léo !

Nous étions bien sûr présents avec une bande de joyeux drilles à la première de Thank you Léo le spectacle autour de l’oeuvre de Léo Ferré présenté par « Le Petit Théâtre des Affranchis » dans le sympathique théâtre de la rue Tonduti de L’Escarène dirigé par Guillaume Morana : « L’impertinent ».

Sur scène, trois acteurs et trois musiciens : les premiers au service des textes, les seconds pour improviser autour des mélodies qui accompagnent habituellement ces textes.

Disons-le tout de suite, ce spectacle est une réussite. Une réussite totale propre à plaire aux inconditionnels de Léo comme à ceux qui ont une approche plus distanciée de l’oeuvre de l’auteur de Jolie môme. Personnellement, j’ai eu le privilège d’assister par deux fois à des concerts de Léo Ferré à la fin de sa carrière sans être totalement convaincu par une interprétation paroxysmique, presque « christique » qui, à mon humble avis, nuisait à la profonde humanité des textes. Rien de tel avec le spectacle que nous proposent « Les Affranchis » qui, avec  une sobriété qui n’exclut pas la puissance, libère la force émotionnelle de ces textes sur les rendez-vous manqués de la vie et la flamboyance mortifère de l’amour.

Cette réussite, elle est à inscrire tout d’abord au crédit de la mise en scène de Laurent Prévot. Une mise en scène invisible qui en réalité irrigue la moindre petite partie du spectacle en lui donnant son unité et sa fluidité.

Les trois acteurs (Bernard Gaignier, Philippe Testori et Didier Veschi) portent les textes de Léo chacun avec sa personnalité (tendresse mélancolique chez Bernard, noirceur fragile chez Philippe, désespoir flamboyant chez Didier) tout en affichant une étonnante complémentarité. Certaines séquences sont d’une rare intensité : le Ni Dieu Ni Maitre de Didier, le Richard de Bernard, la Gitane de Philippe.

En ce qui concerne les musiciens, quel bonheur de retrouver l’accordéon de mon ami Serge Ferrara, lui qui a déjà écrit des musiques de film pour l’immense Wim Wenders. Avec ses compagnons Fabrizio Vinciguerra et Jean-Pierre Giacomino, ils dialoguent avec les acteurs évitant le piège d’un accompagnement classique qui aurait transformé Thank you Léo  en un simple spectacle de cabaret. Thank you Léo c’est plus, bien plus.

Et un final d’autant plus émouvant que Bernard a rendu un bel hommage à Edith qui comme chacun sait était une fan du « Petit Théâtre des Affranchis ».

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Merci pour Edith

Merci à Sabine pour son hommage musical.
Merci à Bernard pour son hommage théâtral.
Merci à Marijo, Alain et Fabien pour leur soutien logistique.
Merci à Julien pour son professionnalisme et son humanité.

Merci à tous ceux qui présents physiquement ont accompagné Edith.

Merci à ceux qui nous ont fait savoir qu’ils seraient présents par la pensée.

Pour ces derniers et tous ceux qui ont aimé Edith, le texte de l’intervention que j’ai eu à la fois la douleur et le bonheur de faire :

Évoquer sa mère en pareilles circonstances quand on est fils unique n’est pas facile.

Mais je dois le faire.

Je dois le faire pour Rolland, Christine, Bernard, Cécile, Séverine et toute la petite famille de Manosque, pour celles de Chalon-sur-Saône et de Sennecey-le-Grand, pour Agnès la filleule, pour Dominique qui a su apporter à sa belle-mère cette complicité féminine si nécéssaire.

Je dois le faire pour Edith.

Tout d’abord, merci. Merci d’avoir été si nombreux à l’instar de la magnifique équipe de la permanence à avoir rendu visite à ma mère pendant ces quatre longs mois d’hospitalisation. Des visites qui ont été autant de moments d’évasion et de légèreté.

Merci pour les coups de téléphone et les innombrables discussions par SMS dont Edith était devenue virtuose.

Souvent à la fin de la journée, après avoir reçu plusieurs visites elle me confiait, incrédule, mais avec une pointe de fierté dans la voix :

« C’est incroyable, toutes ces personnes qui s’intéressent à moi, je suis bien entourée…« 

Discrète, si discrète, toujours un peu en retrait, elle ne s’était pas rendue compte qu’au fil des années sa présence bienveillante, son élégance, son dynamisme et son sourire en avaient fait un personnage singulier, familier, aimé…

Aujourd’hui, c’est cette Édith-là que vous accompagnez.

  • Celle qui, à 90 ans, traversait encore la France par l’autoroute, seule au volant de son Opel Meriva pour rejoindre le Club Med de Chamonix ou le dernier Congrès de l’association des Ponthus, son nom de jeune fille.
  • Celle qui, de chez Halimi à Lou Pantail en passant par Patoch, était devenue une figure familière du quartier Borriglione.
  • Celle qui, octogénaire, était capable de tracter seule dans tous les immeubles d’un quartier sans en vouloir le moins du monde aux coéquipiers qui lui avaient fait faux-bond.
  • Celle qui m’a offert, il y a quelques années, le premier CD de Grand Corps Malade en me disant « Écoute ça, c’est vraiment très bien ! ».
  • Celle qui régnait avec bienveillance et autorité naturelle sur le fonctionnement quotidien de la permanence de Cyrille Besset.
  • Celle qui, à Prague, à Berlin, ou à Moscou, reprochait à ses compagnons de voyages organisés pourtant de 20 à 30 ans ses cadets de ne pas vouloir sortir le soir parce qu’épuisés par le programme de la journée. Pour elle, une ville c’était toujours beau la nuit.
  • Celle qui, la semaine dernière, nous a littéralement convoqué avec Dominique par SMS pour nous dire en présence de l’équipe médicale qu’elle voulait arrêter de se battre, refusant souffrance et déchéance. Tout en expliquant qu’elle avait retardé sa décision de quelques jours car elle devinait notre peine.

En fait cette Edith-là, c’est celle que vous avez connue. Mais en ce jour si particulier j’aimerais vous dire quelques mots sur la première partie de sa vie, celle qu’elle n’évoquait que très rarement et qui à mes yeux en fait une héroïne du quotidien.

Jeune fille, elle a eu la malheur de perdre son père très tôt. Maire de Cruzille, un petit village de Bourgogne du Sud où il avait organisé la Résistance, Edgard Ponthus avait été arrêté par la Gestapo avant de mourir en déportation. Ce drame, qu’elle partage avec sa soeur Colette, sera un bleu à l’âme qu’elle couvera presqu’en secret toute sa vie.

A la Libération, elle rencontre René mon père qui lui même rentrait de deux ans de déportation en Allemagne. Affaibli par l’épreuve, il attrape la poliomyélite, frôle la mort et restera paralysé à vie des membres inférieurs. Le malade étant rejeté par sa propre famille, Edith obtient sa mère Joséphine, une femme généreuse, qu’elle accueille René chez elle, chez les Ponthus, pour une longue convalescence qui lui permet, à part les jambes, de reprendre le contrôle de son corps. Entre temps le couple s’était marié à l’hôpital de Mâcon.

La République se refusant à pensionner mon père pour d’obscures raisons administratives, ce fut le début d’une période difficile. Parallèlement à son modeste travail d’employée de préfecture, Edith multiplie les petits boulots à domicile. Nos appartements successifs n’ayant pas d’ascenseur, c’est sur son dos qu’elle porte quotidiennement mon père, grimpant de nombreux étages. Les traitements de mon père exigent de fréquents déplacements dans la capitale avec logement dans d’aléatoires pensions de famille.

Mais grâce à la volonté, à l’optimisme, mais aussi à l’amour de ce couple singulier, je vois le jour un certain mois de novembre. Malgré ces conditions de vie précaires, mes premiers souvenirs d’enfance sont joyeux avec une maison pleine d’amis comme les Lepaul et les Jacquot aujourd’hui ici présents. Avec, dans la cour, une vieille Simca 5 qui nous permettait d’aller dans les bois cueillir du muguet en mai et de ramasser des châtaignes à l’automne.

A la suite d’une nouvelle injustice administrative, Edith explose. Faible femme, seule contre tous, elle va interpeller l’armée française sous la forme d’une explication houleuse mais argumentée avec le général commandant de la place de Dijon. En quelques heures, elle gagne la partie, l’armée recule, mieux elle s’excuse. Désormais une pension décente sera versée à mon père. Avec rappel.

A partir de là, la vie devient plus facile. Ce sera le départ vers cette Méditerranée que la petite fille rêvait si fort dans son village de Bourgogne. Pour ce soleil si nécéssaire à la santé de mon père.

Une nouvelle vie avec de nouveaux amis, beaucoup de nouveaux amis qui étaient aussi souvent les miens. La possibilité aussi, malgré le handicap de mon père, de parcourir le Monde au cours de nombreux voyages, la passion familiale. Puis ce sera la rencontre avec Dominique, Thérèse et Raymond, mes beaux-parents, et cette famille Boy si niçoise et si accueillante. Sans oublier la branche Franceschetti-Colombani si corse et si chaleureuse.

Tout cela jusqu’en 1997 et la mort de mon père, épuisé par la maladie et la déportation : le deuxième drame dans l’existence d’Édith mais aussi le point de départ d’une deuxième vie. Celle que vous avez connue.

Voilà c’était ma façon de vous raconter Edith.

Une belle vie.

Une belle personne.

Une belle maman. Même si parfois je me dis qu’elle était peut être autant une amie qu’une mère.

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Edith nous a quittés

edith mottard

Hier soir, Edith nous a quittés. Notre peine est grande.

Pour tous ceux qui l’ont côtoyée, appréciée, aimée ces dernières années, quelques textes publiés au hasard de ce blog qui vous permettront de mieux la connaître.

Le 11 septembre d’Edith (10 octobre 2011)

Edith, on the road again (25 octobre 2013)

Quand Edith arnaque l’arnaqueur (13 avril 2015)

Edith n’en fait qu’à sa tête (1er août 2015)

Edith, place Edgard Ponthus (8 juillet 2016)

Edith et Riquita à Cyrille Besset (31 mars 2018)

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