Roxane : le feel good show niçois du déconfinement

Dans le petit théâtre éphémère en forme d’arène implanté sur le port de Nice, nous avons assisté hier soir à Roxane, la toute nouvelle production de Gil Marsalla. Tout à fait le type de spectacle dont le public a besoin en cette sortie de pandémie. Une comédie musicale feel good avec ce fond de patrimonialité culturelle qui est si française.

En effet, il s’agit en chansons de suivre une audacieuse transposition de ce Cyrano de Bergerac si présent à Nice depuis quelque temps avec les propositions de la Compagnie Miranda et celles du Petit Théâtre des Affranchis.

La version Marsala met en scène un compositeur des années 80 (Cyrano), une rock star (Christian) et une danseuse (Roxane). Cyrano, lui, souffre non pas d’un appendice disgracieux mais d’une trop grande différence d’âge avec sa dulcinée (on pense à la chanson de Reggiani). Mais que les fans de l’oeuvre originale ne s’inquiètent pas, ils retrouverons l’intégralité du chef d’oeuvre d’Edmond Rostand.

Ce spectacle populaire au bon sens du terme (y en a-t-il un mauvais?) enchante le public comme il nous a enchantés.

Il y a d’abord le travail des auteurs compositeurs essentiel pour une comédie musicale. Stéphane Brunello et Philippe Hattemberg nous livrent une vingtaine de chansons fluides, simples et émouvantes qu’on se prend à fredonner dès le deuxième couplet.

La mise en scène du boss est, elle aussi, simple et efficace. Mais il faut dire que l’extraordinaire proximité permise par le lieu sera plus difficile à mettre en oeuvre sur un scène plus conventionnelle.

La distribution est d’une grande homogénéité avec des voix magnifiques qui savent se nuancer et s’adapter en suivant l’intrigue. Josephine Cosoleto et Romain Dos Santos incarnent bien les tourments d’un amour hors norme. Olivier Laurent qui n’a pas le physique classique d’un Cyrano en a l’humanité fragile et presque butée. Et ce rien de défi bravache qui, comme le veut le rôle, ne se confond pas avec de l’arrogance. Le barbu Bertrand Borgognone incarne avec panache un De Guiche transformé en producteur en mal de rédemption (qu’en pense Gil ?). Et quelle bonne surprise de retrouver Isabelle Servol en récitante bienveillante, amoureuse de ses personnages ! Elle succède dans le rôle à Noëlle Perna avant de le céder à partir de demain à Muriel Mayette-Holtz.

Tiens voilà un beau prétexte pour retourner voir le spectacle qui quittera Nice samedi. Je n’ai pas encore dit oui (agenda compliqué), mais je suis loin d’avoir dit non !

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Victoire de la démocratie avec Pachinian en Arménie

Ce dimanche, victoire presque surprenante par son ampleur de Nikol Pachinian le Premier Ministre sortant d’Arménie. Depuis 2018, Pachinian cherche à sortir son pays d’un système corrompu sous influence russe mais la défaite contre l’Azerbaïdjan en novembre 2020 l’avait affaibli politiquement. Pour sortir d’une période instable où l’armée menaçait de prendre le pouvoir, Pachinian avait convoqué de nouvelles élections.

La victoire est totale avec 54% contre 21% au rival « poutinien »,aucune alliance ne sera nécéssaire au Premier Ministre reconduit pour gouverner.

Lors de mon dernier voyage en Arménie avec Pierre Fiori, nous avions rencontré deux ministres et de nombreux proches de Pachinian qui nous avaient impressionnés par leur capacité à penser une Arménie moderne et démocratique proche de l’Europe. Depuis, avec Pierre, nous croisions les doigts. A priori ça a fonctionné.

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Macron-Le Pen à la Présidentielle : ce n’est plus une fatalité

Par son extrême complexité doublée par les déformations liés à l’abstention massive les résultats des régionales et des départementales vont demander une analyse fine qui n’en doutons pas sera boostée par la nécessité de se positionner pour le second tour.

Mais dès 20 h 01 il est évident que nous avons une nouvelle donne pour la Présidentielle. Jusqu’à présent, il était admis que dans tous les cas de figure on se dirigeait vers un deuxième tour Macron-Le Pen. Tout a changé avec trois événements : la déroute de la LREM (qui était attendue), l’affaissement du RN, et le succès indéniable de Xavier Bertrand (qui étaient beaucoup moins attendus).

La faiblesse de la LREM (qui n’a même pas un rôle d’arbitre) ne peut que fragiliser la future candidature d’Emmanuel Macron dont le socle électoral pourtant solide risque de s’effriter à un point qui ne rend plus inéluctable sa présence au second tour.

Le RN a manifestement été défait. Une grande partie de l’électorat protestataire a préféré l’abstention au vote RN. Du coup Marine Le Pen n’est plus aussi incontestable au deuxième tour des présidentielles, la dynamique est brisée.

Le score exceptionnel de Xavier Bertrand qui atomise le RN et qui n’a plus besoin de l’aide de la LREM. Il a définitivement devancé Valerie Pécresse. Du coup le « troisième homme » va jouer la gagne.

MACRON-LE PEN est possible mais n’est plus probable. MACRON-BERTRAND ET BERTRAND-LE PEN sont aussi crédibles.

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Le musée des Beaux-Arts retrouve ses racines slaves

J’ai toujours eu un faible pour le musée des Beaux-Arts souvent appelé Jules Chéret ce qui est un peu réducteur. Le 30 août 2009, je lui ai rendu hommage sur ce blog (voir J’aime le musée des Beaux-Arts Jules Chéret).

C’est naturellement dès ma prise de fonction que j’ai voulu rencontrer la toute nouvelle directrice des lieux Johanne Lindskog. Jeune mais expérimentée, réaliste mais des rêves plein la tête, j’ai immédiatement adhéré à son premier projet : arrimer l’établissement à l’histoire de son quartier. Un quartier qui précisément a largement été imprégné par l’immigration russe mais aussi slave et est-européenne.

Quelques mois après, malgré la pandémie, cette volonté farouche a débouché sur « une semaine slave ». Bien sûr, nous l’avons aidée, mais pas plus que cela, le mérite de cette réussite – car c’est d’une réussite qu’il s’agit – lui revient.

Avec mon équipe, nous avons participé à un certain nombre d’événements qui furent autant de succès. Ainsi le mercredi, c’est Stéphanie et sa danseuse de fille qui étaient au spectacle chant, harpe, et poésie de la compagnie « La petite cabine » autour de la poétesse Marina Tsvetaieva. D’après nos envoyées spéciales, ce fut un enchantement au pied de la superbe et méconnue façade de l’établissement. Un ravissement toutefois troublé par quelques escouades de moustiques facétieux (mais il paraît que c’est bon pour la biodiversité).

Le jeudi c’est avec Bernard et une petite protection insecticide parfaitement efficace que nous nous sommes retrouvés au même endroit pour un de ces spectacles que j’ai surnommé Cirque sociologique par la superbe compagnie « Les hommes de main » managée par Joris Frigerio. D’un côté, les prouesses des artistes circassiens à la conquête de la façade du Musée, de l’autre, sur des écrans, le témoignages d’habitants du quartier ayant un lien avec le monde slave voire caucasien (magnifique commerçante arménienne, née… à Bakou). J’y ai même retrouvé parmi les témoins deux amies avec Hélène Metlov, de la Maison de la Russie, et Valeryia Budankova, la comédienne et metteur en scène. Ce fut tout simplement un moment magique pour une assistance distanciée mais nombreuse.

Vendredi, c’est Fabien qui a assisté à l’intérieur du Musée, là où j’avais fait il y a quelques années un cours décentralisé avec mes étudiants, à une conférence de Johanne elle-même : Le monde slave dans les collections du musée des Beaux-Arts. Son retour me donne une furieuse envie, version papier de la conférence à la main, de refaire tout le circuit interne du Musée.

Un Musée qui s’ouvre à son quartier tout en utilisant l’art vivant comme vecteur, l’élu délégué aux nouveaux publics ne peut que souhaiter le renouvellement de telles initiatives.

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La splendeur des Franciscains

C’est avec le Maire, Muriel Mayette-Holtz et mes collègues de la Culture Robert Roux et Marc Concas, que nous avons visité le chantier de l’église des Franciscains qui a pour vocation première de remplacer la petite salle du TNN difficile d’accès et impropre aux mises en scène ambitieuses.

Mais les Franciscains c’est bien autre chose qu’un équipement culturel dans un lieu patrimonial : c’est tout simplement un miracle historique qui fait surgir du passé, telles les catacombes de Fellini-Roma, la splendeur architectural d’une église aux volumes étonnants bâtie aux alentours de 1250. Une église oubliée par la patine des siècles au point d’abriter au XXe siècle à la fois une boite de nuit, un cinéma et un hangar à poubelles.

Dédier ce volume élégant et grandiose au théâtre est une idée de génie. Théâtre biface, triface, à l’anglaise : Muriel n’arrêtait pas d’énumérer avec gourmandise les innovations scéniques et donc les émotions de spectateurs que le lieu va rendre possible. Cette salle de 350 places qui appartiendra au nouveau dispositif « Spectacles vivants » de la ville de Nice avec le PEX et quelques autre salles sera fonctionnelle au début de l’année 2022. C’est plus exactement début février que Berenice-Carole Bouquet s’emparera des lieux. Frissons garantis.

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LES NOUVEAUX PUBLICS À L’HEURE DE LA SORTIE DU COVID : L’INTERVIEW DE NICE-PRESSE

Cette semaine j’étais interviewé par le journaliste Clément Avarguès du média en ligne Nice-Presse. L’occasion de faire un tour d’horizon de la situation du spectacle vivant et de notre volonté de gagner de nouveaux publics.

https://nicepresse.com/interview-patrick-mottard-nice/

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Nouvelle saison du TNN : trois coups de coeur anticipés !

Présentation ce vendredi de la nouvelle saison du TNN par Muriel Mayette-Holtz et Ella Périer : comme d’habitude ce fut joyeux et enlevé. Avec en forme d’apothéose une interprétation décalée du Chanteur de Balavoine par le trio maison Augustin Bouchacourt, Jonathan Gensburger, Frederic de Goldfiem. Même si nous n’étions pas à une soirée de Monsieur Durand, ce fut un grand moment salué par la salle.

Devant la richesse de la programmation, gageons que nous éprouverons des coup de coeurs tout au long de la saison. Mais je ne peux résister de pointer trois coup de coeur (et demi) anticipés.

1- Le 2 février la création TNN mise en scène par MMH, Berenice. Pour le projet artistique bien sûr, mais surtout parce que ce sera une représentation historique, la première dans l’extraordinaire écrin de la salle des Franciscains, la nouvelle « petite salle » du TNN.

2- Le 9 mars avec Viva Frida mise en scène par Karelle Prignaud qui marquera le retour sur scène de Claire Nebout. Ce sera l’occasion de comparer les approches artistiques de cette proposition avec celle d’une compagnie locale que nous aimons beaucoup Start 361 : Frida Kahlo de et avec Bénédicte Allard (voir sur ce blog, le 8 avril 2021).

3- Le 21 octobre TAF de Joris Frigerio. Nous avons la fierté d’avoir sélectionné en résidence ce spectacle au Théâtre Francis Gag et nous sommes heureux de le voir cheminer jusqu’à la prestigieuse salle Michel Simon. J’ai vu TAF lors de la captation de sa sortie de résidence et je peux vous dire que c’est étonnant, réaliste et poétique tout à la fois. (voir sur ce blog le billet du 23 janvier 2021)

Enfin, je ne vous cache pas que j’ai une furieuse envie de passer les fêtes de fin d’année avec Feydeau, son Chat en poche, la mise en scène de MMH et la dream team des permanents du TNN.

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Une voie royale pour la capitale européenne de la Culture

Le projet d’aménagement de la promenade du Paillon est bien plus que cela, elle est la colonne vertébrale du projet de candidature de Nice, capitale européenne de la Culture.

C’est cette évidence que j’ai énoncé au moins par trois fois pendant la première réunion publique (hélas en visio) accompagnant l’enquête publique organisée par la spécialiste des travaux d’exception niçois Anne Ramos. En effet, il faut cesser de penser que la culture serait la valeur d’ajustement du projet de prolongement de la coulée verte. Elle en sera avec l’environnement l’élément central.

C’est ainsi que les deux salles de l’actuel TNN (963 et 318 places) seront remplacées par la salle des Franciscains et ses vertigineuses possibilités scéniques (350 places, premiers spectacles en janvier) ainsi que par la grande salle moderne crée au Palais des Expositions (800 places… plus un auditorium de 1000 places). Mais il y a encore plus novateur pour les futurs spectateurs : pendant la période de transition, Muriel Mayette-Holtz va se lancer dans une excitante séquence de théâtre hors les murs. Dans un premier temps, on retrouvera des productions du TNN au théâtre Lino Ventura à l’Ariane, à l’Opéra, à la Diacosmie, au théâtre Francis Gag et, dans un deuxième temps, dans la toute nouvelle salle Iconic (350 places) sans oublier le Château et le Kiosque.

Or, il y a fort à parier qu’à la lumière de ses expériences qui correspondent si bien à son tempérament MMH conserve en grande partie ces opportunités de « Hors les murs » qui vont lui permettre de relever d’audacieux défis artistiques.

Quand on sait que le projet va s’accompagner d’une cinémathèque toute neuve, d’un MAMAC rénové et enfin accessible et d’une prolongation en direction d’un 109 dédié à l’innovation, on peut se dire que les amateurs de culture peuvent se réjouir de l’avenir. Voire de manifester une certaine impatience. Même si on sait qu’avec l’équipe d’Anne Ramos (au sein de laquelle j’ai retrouvé Laure Michelis, mon ancienne et brillante étudiante de Droit Public), le rythme sera d’enfer.

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Le coquelicot de Manarola, le traumatisme de Bergame

Après tant de mois de confinement, utiliser les premières fenêtres de liberté retrouvée pour faire une escapade en Italie – plus exactement aux Cinque Terre – n’était pas une mauvaise idée.

Se lover entre les collines vertes piquées de genêts, les falaises tranchantes et sombres, la Méditerranée turquoise et les façades pastels et ocres des cinq villages fut une parenthèse enchantée. Surtout en ayant comme camp de base Manarola, la plus modeste et la plus authentique des Cinque Terre.

Avec comme promesse de l’aube, le petit pèlerinage qui me conduisait, sous le soleil levant, sur la crête aigüe de la falaise qui jouxtait le village pour retrouver, fier et solitaire, le coquelicot qui résistait au vent du large. Chaque jour, il perdait un pétale mais s’entêtait à imposer son éphémère beauté à l’intemporalité de la roche et au perpétuel recommencement des vagues. J’ai eu bien sûr la pudeur de ne pas attendre le dernier pétale.

Autre découverte, plus liée à l’air du temps celle-ci : le traumatisme de Bergame a été bien fort pour ce peuple souvent réputé fantasque car il est encore aujourd’hui dans le respect absolu des gestes barrières. Aujourd’hui la discipline est italienne.

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Notre hommage niçois à Romain Bouteille

Romain Bouteille vient de nous quitter, en hommage le texte de mon billet de 2010 lors de son dernier spectacle à Nice auquel nous avions eu le privilège d’assister :


Le Bocal est un charmant (tout) petit théâtre de la rue Prince Maurice à deux pas de la Gare du Sud, au cœur du 5e canton. Depuis de nombreuses saisons, l’animateur Jean-louis Russo et la Compagnie résidente « Série illimitée » (spécialisée dans un répertoire de qualité qui emprunte beaucoup à Eugène Ionesco) offrent un programme varié et imaginatif avec quelquefois en prime des pépites dont la valeur est inversement proportionnelle à l’exiguïté des lieux.

Ainsi, ce vendredi, nous avons eu la chance d’assister au dernier spectacle du mythique Romain Bouteille, « L’ordinateur occidental ». Retrouver dans ce lieu si familier le cofondateur (avec Coluche) du Café de la Gare, le découvreur de Patrick Dewaere, Miou-Miou et autre Renaud, était forcément très émouvant. Pas seulement.

Le spectacle, one man show étiqueté par l’auteur comme « une fiction anticléricale », était plus qu’un prétexte pour rencontrer un personnage emblématique. Avec « L’ordinateur occidental », un Romain Bouteille vraiment iconoclaste dynamite, à l’aide d’un monologue – en vers, excusez du peu – d’une heure et demi, l’Eglise, ses clercs et ses prophètes… Le résultat est étonnant, drôle, et tout sauf anodin.

Morceaux choisis :

« A voir un serviteur de l’Eglise apportant
Cet enthousiasme aux foules avec tant de grâce
Et d’aristocratie on mesure le temps
Phénoménal qu’il a passé devant sa glace.
 »

« Il paraîtrait que l’âme, d’après ma cousine,
A longtemps fait office de panneau-réclame
Aux missionnaires blancs d’Afrique Sarrasine.
Elle a lu ça dans le Figaro Magazine. »

« Aussi, plutôt que de malmener ces curés
En m’appuyant sur les fortunes qu’ils ont faites,
Je préfère vous inviter à la curée
Finale d’une chasse édifiante aux prophètes. »

« De même, ce serait un hasard prodigieux
Qu’un Tout-puissant ait pour obsession number one
L’âme des pratiquants, l’anorexie des moines
Et le confort douillet de leurs chefs religieux. »

Et, celui que je préfère :

« Un naïf, par exemple, va se dépêcher
De tirer le premier sur la femme adultère
Afin d’être celui qui n’a jamais péché. »

Etonnant, non ? comme aurait dit en son temps le professeur Cyclopède.

Puis, dans la bonne tradition des soirées au Bocal, le spectacle continuera avec un after bon enfant où les spectateurs partageront le verre de l’amitié avec le héros du jour. Détendu et disponible, Romain fut un interlocuteur charmant d’une simplicité tellement évidente qu’il fallait se pincer pour ne pas oublier que nous avions là devant nous une légende de la scène française.

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