La lettre de Milena à Alexei Navalny

Milena est notre amie.

Milena est la fille de Michel Petkov, dissident social démocrate bulgare qui a payé son humanisme et son amour de la liberté de neuf années de prison dans les geôles staliniennes de son pays. Nous avons connu Michel et partagé son espérance en un monde meilleur à partir de la chute du Mur de Berlin. Un certain nombre de lecteurs de ce blog l’ont d’ailleurs bien connu. Jusqu’à sa mort en septembre 2020.

Milena, en son nom, a envoyé à Alexei Navalny, victime d’un néo stalinisme délirant, cette lettre déchirante (traduite en russe). Elle en avait le droit et le devoir. Au nom de Michel.

Cher Alexey, 

J’ai appris qu’on pouvait vous envoyer des lettres dans la colonie pénitentielle de Pokrov et qu’elles vous arrivaient même à l’occasion.

Depuis, je n’arrête pas de penser à la lettre que je voudrais vous adresser. C’est important pour moi de vous écrire, par le fait d’être la fille de quelqu’un qui a vécu ce que vous êtes en train de vivre et qui aurait pu vous dire des mots qui comptent dans ces circonstances.

Pour le reste, je m’appelle Milena Petkova, je suis Bulgare, 47 ans, avocate, mère de deux filles.

Mon père s’est éteint l’année dernière à l’âge de 90 ans, après avoir vécu une vie pleine dont il ne regrettait rien et surtout pas le choix d’avoir agi selon sa conscience, ce qui lui avait coûté passer 9 ans dans les camps et les prisons du régime communiste bulgare dans les années 50.

Je vous écris, donc, dans la conviction que c’est toujours important de savoir de quelqu’un qui a parcouru un chemin pareil, vécu et surtout survécu des épreuves semblables aux vôtres. 

Dans votre façon d’être et traverser ces épreuves je retrouve aussi beaucoup de choses de mon père. 

Je le retrouve dans la fermeté, le courage et la cohérence avec laquelle vous avez pris la décision de rentrer en Russie, malgré tous les dangers dont vous étiez parfaitement conscient. Lui aussi, il s’est embarqué, le cœur léger, sur le seul chemin qu’il croyait digne de suivre, en étant pleinement conscient qu’il pourrait l’emmener là où il a finalement abouti : dans le Goulag bulgare et avec la jeunesse volée.

Je le retrouve dans l’humour et l’ironie de vos propos, même dans les moments les plus dramatiques, dans les clins d’ oeuil complices et les baisers au vent que vous envoyiez à votre femme, depuis cet honteux « aquarium » en cristal pendant ce simulacre de procès en janvier. De même, au cours de la lecture de sa condamnation à 12 ans de privation de liberté, reçu à l’âge de 19 ans, il n’a pas arrêté de sourire à sa mère au fond de la salle, pour essayer de la soutenir.

Autant de gestes et de faits communs qui me font croire que cette histoire, votre histoire, l’ histoire des justes, est au fond toujours la même.

Et nous voilà arrivés à la grève de faim. Lui aussi il avait coché, avant vous, cette case.

C’était dans le camp de concentration de l’île de Persin, sur le Danube. Puni d’avoir édité avec les moyens du bord un journal clandestin, il s’est retrouvé isolé dans un cachot, genre celui d’Edmond Dantes dans le Château d’If, humide, complètement noir, avec une planche en bois posée à même le sol pour dormir et des rats qui lui disputaient le pain qu’on lui jetait une fois par jour. Le billet de sortie était clair- la signature d’une déclaration de collaboration, l’engagement de trahir ses camarades. 

Dans ces circonstances, il avait pris la seule décision qu’on pourrait prendre pour préserver sa condition d’être humain, pour essayer de gouverner son propre destin, ne fut ce qu’en le dirigeant vers sa fin. 

Il a cessé de disputer le bout de pain au rat du cachot. Il a déclaré qu’ il ne mangerait plus. Au bout de quelques jours, épuisé, dans une espèce de rêve flou il a entendu des voix derrière la porte. Quelqu’un qui demandait ce qu’il y avait derrière cette porte et un autre qui répondait que rien. Et avec ses dernières forces il s’est rué vers la porte et s’est mis à la frapper des poings. 

Ouvrez !- il a entendu juste avant de s’écrouler ébloui par la lumière du jour, aux pieds d’un inspecteur des prisons, envoyé au lendemain du dégel du 56 pour dresser un rapport sur les conditions dans les camps. Le petit grand miracle. 

Ce même petit grand miracle que je prie pour qu’il se produise au plus vite pour vous aussi !

Je prie qu’ils soient miraculeusement pris dans un spasme de pudeur, qu’ils retrouvent par chance un peu de l’ancien gêne qui les empêchaient pendant les derniers temps soviétiques d’arriver au bout et liquider en silence les dissidents incommodes dont on connaissait déjà l’existence à l’étranger.

Je prie pour vous, pour votre salut physique d’homme unique, irremplaçable et aussi pour le salut de ce que vous représentez. 

Je prie pour que cet épisode honteux de la vie de la Russie s’achève bientôt et que cette épreuve ne reste qu’un chapitre de vos mémoires, comme dans celle de Mandela, de Havel, et de tant d’autres justes, parmi lesquels mon père, dont je suis fière d’être la fille, comme le sont certainement vos enfants de vous. 

Avec toute mon admiration et soutien

MP

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Dès le 15 mai, tous au musée d’Art Naïf !

Le musée d’Art Naïf n’est peut être pas le plus connu de Nice, il a pourtant une place à part dans mon coeur, et de Mars aux Musées à certaines conférences je l’ai souvent visité.

Le musée international d’Art Naïf Anatole Jakovsky – c’est son vrai nom – est installé dans le magnifique château Sainte Hélène à l’architecture digne de Giorgio de Cherico depuis 1982 grâce à la dotation de Jakovsky, un critique d’art d’origine roumaine. D’ailleurs, avec le parc Carol de Roumanie attenant au musée et le Negresco, on voit qu’il ne faut pas sous-estimer l’empreinte roumaine dans l’histoire de Nice.

On y trouve des centaines d’oeuvres de tous les pays et bien sûr les « stars » de la spécialité comme le douanier Rousseau ou Séraphine. Quel émerveillement de découvrir en déambulant dans le bâtiment et le parc cet univers enfantin qui s’affranchit des codes couleurs, des perspectives, et qui surabonde en détails. Un univers libre, spontané, plein de fraîcheur et d’innocence.

Depuis quelques semaines, le musée a une nouvelle responsable : Frédérique Ghauri, une grande professionnelle auteure d’un ouvrage de référence sur le CUM (que la mairie serait bien inspirée de rééditer, voir photo ci-dessous) et ancienne directrice du Palais Lascaris.

Frédérique a de grandes ambitions pour ce que Malraux aurait pu appeler son royaume farfelu. Considérant que la médiation est la raison d’être première de toute action culturelle publique, elle veut passer à la vitesse supérieure avec des établissements scolaires niçois. Elle peut compter sur le partenariat d’associations comme Hors Champs (des frapadingues qui m’ont initié avec bonheur il y a quelques années à l’art brut) ou même de l’Université.

Elle veut aussi valoriser le superbe parc qui entoure le château Sainte Hélène avec sa pelouse, sorte de mini Reuilly capable d’accueillir de mini Woodstock au milieu des sculptures si étonnantes et ludiques de Frédéric Lanovsky.

On va donc l’encourager. Allez tous au musée d’Art Naïf new look dès le 15 mai !

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Celui qui avait fait le Tour de France…

Dans les avis de décès du Nice-Matin de ce jour : Vincent Vitetta mort à 96 ans, « Ex coureur cycliste du Tour de France : 1951-1956 ».

Extrait de mon livre Fragments de Nice dans le chapitre où je me remémore l’été de mon arrivée à Nice à l’Arc en Ciel dans le quartier Pasteur :

Assis sur le rebord du bac à sable, aux pieds de deux palmiers probablement plus jeunes que moi, je me souviens de mes amis de cet été-là.

Il y avait Gaston de Phnom Penh. Les enfants de la famille vietnamienne du troisième étage. Le petit-fils de l’Italien qui avait fait le Tour de France.

Mais surtout les petits Pieds-noirs. Joyeux et hâbleurs, ce sont eux qui m’ont initié à la Méditerranée.

Celui qui avait fait le Tour de France, c’était Vincent. Paix à son âme.

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Le spectacle vivant niçois va vous étonner (3)

La scène niçoise bouillonne en attendant le dégel. Voilà deux nouvelles pépites que nous pourrons découvrir quand la vaccination aura fait son oeuvre !

QUAND TOUTES LES NUITS TU DORS par La compagnie La Petite

Il s’agit de la nouvelle pièce de Sophie Tournier, la dramaturge de Nice-Nord dont j’ai apprécié l’énigmatique et pirandellien spectacle Le système Schreber au théâtre de la Cité, l’an dernier .

Une femme, de sa fenêtre, voit passer dans la rue son amie… morte depuis cinq ans. Pour en avoir le coeur net, elle la suit dans l’immeuble d’en face. Au troisième étage, un homme lui ouvre et c’est le début d’un thriller psychologique entre trois personnages, non pas en quête d’auteur mais de sens, dans une atmosphère de fin du monde. Ça fait envie n’est ce pas ?

Ce texte sur les deuils à faire pour rester vivant et les liens invisibles qui nous relient me parle d’emblée. Mais le futur spectacle a d’autres atouts : la mise en scène est assurée par l’imaginative et très prolixe metteur en scène Valeriya Budenkova, déjà citée ici pour son Icare, la distribution de qualité nous permettra de retrouver, à côté de l’auteure, Sylvie Petit Rêve et Michael Sisowath, et la chorégraphie sera sous la responsabilité de l’omniprésente et talentueuse Marie-Pierre Genovese.

Enfin n’oublions pas que cette pièce à l’écriture cinématographique (tout pour me plaire !) a été sélectionnée pour une résidence accompagnée au Théâtre Francis Gag.

PACAMAMBO par La compagnie 8ème Alchimie

Cette pièce jeune public de Wajdi Mouawad est destinée aux 10-17 ans mais pas que… Un public adulte peut être interpellé par ce voyage initiatique de Julie au pays de Pacamambo où elle va provoquer la mort pour essayer de comprendre la vie en faisant la leçon à son psy, soi-disant symbole de stabilité et de normalité.

Là aussi l’équipage est de qualité pour ce spectacle qui s’annonce comme total (séquences circassiennes, marionnettes…). La mise en scène est assurée par Aurelia Beraldo avec une distribution XXL puisqu’aux côtés d’Anthony Aguilar et Marie Doubet, on retrouve Florence Agard (qui m’a tant fait rire dans Les Vamps au théâtre de l’Eau Vive) et Richard Zanca, celui-là même qui m’a fait l’amitié de jouer les rôles principaux de mes deux dernières pièces. La chorégraphie sera sous la responsabilité de Lisie Philipp (quand ce n’est pas Marie-Pierre, c’est Lisie… )et la scénographie sera l’oeuvre de l’expérimenté et apprécié Philippe Maurin.

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Le spectacle vivant niçois va vous étonner (2)

Comme un essaim de jonquilles préparant sa floraison sous le froid manteau de l’hiver, les créateurs et artistes du Spectacle Vivant Niçois anticipent l’après Covid. Après ICARE et MONSTRE présentés sur ce blog le 20 mars, voilà deux autres projets qui se transformeront le moment venu en récompense pour spectateurs fidèles et… patients.

FRIDA KAHLO, MA RÉALITÉ par la compagnie Start 361

Ce spectacle très attendu de et avec Bénédicte Allard campe l’univers et retrace la vie tumultueuse de la sulfureuse peintre mexicaine Frida Kahlo, « Le portrait d’une femme qui se livre sans filtre au travers de ses peintures ». L’approche est d’autant plus originale que la pièce est en quelque sorte le prolongement artistique des travaux de la brillante universitaire que fut Benedicte. La mise en scène et la création musicale seront assurées par une valeur sûre : Clement Althaus (dont je garde l’excellent souvenir d’un concert place Garibaldi dans le cadre de notre Été à Nice). Autre gage de sérieux et de professionnalisme, la chargée de production du spectacle est Vanessa Anheim Cristofari. Je suis d’autant plus impatient de voir Frida Kahlo que le personnage – probablement grâce au film avec Salma Hayek – est devenue une icône dans mes amphis.

PANDORE par La compagnie des cent causes

Pandore est une pièce de l’auteure niçoise Sophie Satti, mise en scène par Christophe Turgie qui reste sur un beau succès avec La belle Otero pendant la fête des Théâtres.

Le sujet ne peut pas nous laisser indifférents puisqu’à partir d’un drame familial, il s’agit d’explorer les méandres de nos responsabilités. « Les deux personnages se renvoient sans cesse et s’échangent les visages de la victime et du bourreau et l’on ne sait plus mesurer les responsabilités de chacun ».

Fred Dagmey assiste Christophe pour ce qui semble être une belle rencontre de théâtre. On attend beaucoup du duo Jennifer Maria – Adrian Tourn aux CV artistiques très fournis y compris du côté de la télévision (Jennifer notamment a joué dans ce qui est devenu pour moi un TOC quotidien plutôt agréable, Un si grand soleil sur la 2).

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Rothschild et Jules Ferry, mes écoles…

Comme élu de la ville, j’ai, au-delà de ma délégation sur le spectacle vivant et les nouveaux publics, un certain nombre de charges à assumer. Celle qui consiste à être membre de conseils d’école est passionnante.

C’est ainsi que j’ai la responsabilité d’être le go-between (et éventuellement un peu plus) entre la service éducation de la ville dirigé de main de maître par mon ami Jean-Luc Gagliolo (ceci n’est pas une flagornerie mais la synthèse des remontées du terrain) et les trois écoles du groupe Rothschild (mixte 1 et 2 plus maternelle) plus les deux de Jules Ferry (élémentaire et maternelle). Mais le hasard faisant bien les choses, ces écoles m’étaient probablement prédestinées car ma belle-soeur enseigne dans la première et j’ai longtemps habité dans le bas du quartier Pasteur près de la seconde. J’y ai même voté dès sa construction.

Ce travail est passionnant et tellement rassurant en ces périodes d’incertitudes républicaines. Voir les équipes pédagogiques et les directions s’investir autant dans l’intérêt des enfants est un vrai bonheur. Surtout pendant cette année de tumultes et d’incertitudes commandés par la Covid. Du coup, essayer de les aider est une impérative nécessité.

J’ai pu encore mesurer vendredi, au cours du conseil (hélas en visio) de Rothschild 2, l’incroyable flegme du corps enseignant devant les instructions erratiques d’un ministère tributaire des mesures sanitaires. J’avais fait la même remarque deux semaines auparavant à Jules Ferry (on était encore là en présentiel, même avec jauge réduite c’était le bonheur).

Pour m’assister, j’ai bien sûr les services de Jean-Luc, la commission de sécurité de la mairie et la superbe Dream Team de Pierre Fiori qui est l’élu en charge des travaux. Avec Emmy Mailland, Hervé Houberdon et Alain Russo (voir la photo prise vendredi ci-dessus avec la directrice de la maternelle Ferry), j’ai fait la visite globale des deux sites pour voir comment régler petits et grand problèmes qui peuvent se poser dans des bâtiments qu’il faut entretenir, améliorer et surtout (c’est la priorité de l’époque) sécuriser. Leur compétence et leur efficacité sont impressionnantes et… reconnues car chaque conseil d’école commence en général par un petit compliment pour l’équipe de Pierre. Moi je suis ravi : un peu de leur gloire retombe sur moi et je peux essayer d’aider l’école dans d’autres domaines que les travaux (où – mes proches peuvent en témoigner – ma crédibilité est faible).

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Du sixième étage, que la terre est belle …

Vendredi, sortie de résidence à l’Espace Magnan qui s’affirme de plus en plus comme un lieu majeur de la création niçoise. La Compagnie Sixièmétage présentait sa dernière création Eclats terrestres qu’on peut classer dans la catégorie des spectacles de danse contemporaine mais qui en fait est bien plus que cela : une immersion presque hypnotique dans des paysages d’autant plus imaginaires qu’ils s’inscrivent dans les mystères intimes de notre bonne vieille terre.

De tableau en tableau, les danseurs se font corps paysages portés par des éléments aussi basiques que la pierre, l’herbe, le charbon, le feu, la glace… Pas surprenant quand on sait que les auteurs (et danseurs) Jeff Bizieau et Pascal Renault ont nourri leurs imaginaires en Islande, le pays des déserts qui grondent et des magmas qui bouillonnent.

Accompagnés par Sophie Boursier et Carlo Schiavo, ils forment un quatuor si complice qu’on a du mal à croire que nous n’en sommes qu’à une sortie de résidence. A titre personnel, ces Eclats Terrestres m’ont ému je dirais presque au delà du raisonnable. En effet, j’ai souvent au fond de ma poche ou au creux de ma main un pierre, un éclat, un caillou qui me donne le sentiment (ténu je vous l’accorde) d’être relié aux forces telluriques. Comment alors refuser de plonger tout entier dans l’univers initiatique si proche, si loin des bodylanscapes du Sixièmétage ?

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« Les enfants » de Lucy et de Rowena

Jeudi dernier, c’est à nouveau bonheur avec que j’ai assisté dans « notre » théâtre municipal Francis Gag à une nouvelle superbe sortie de résidence (plus captation votée au conseil municipal de janvier). La jeune compagnie Aether nous proposait la pièce britannique Les enfants de Lucy Kirkwood mise en scène par Rowena Cociuban, valeur montante de la scène niçoise.

Une pièce de théâtre avec une histoire, un texte, un propos, de l’émotion, un décor et… une vraie distribution ! On retrouve avec une certaine jouissance ce qui était la norme classique il y a encore quelques temps et qui est devenu l’exception.

Hazel et Robin, deux scientifiques à la retraite, mènent une vie yoga-vegan-nombrilisme dans leur cottage isolé en bord de mer. Suite à un Fukushima local, le monde s’effondre autour d’eux. La centrale nucléaire sinistrée expose les survivants à des radiations mortelles. Rose, une ancienne collègue (et maîtresse du monsieur), refait surface avec une question effrayante : à l’automne de notre vie doit-on se dire « après moi le déluge »où devenir de véritables passeurs d’humanité en préparant l’avenir des générations futures ?

Mais la pièce ne se résume pas à ce dilemme. C’est aussi une réflexion sur la fin de vie entre nostalgie mensongère et mélancolie fataliste.

L’oeuvre de Lucy Kirkwood est superbe mais, précisément pour cela, il y avait un défi de mise en scène et d’interprétation à relever. N’hésitons pas à le dire la réussite est totale. Rowena a su se mettre avec humilité au service du texte sans jamais être écrasée par sa force. Il faut dire qu’elle est efficacement soutenue dans sa quête d’authenticité par une superbe distribution : Catherine Lauverjon, Mari Laurila-Lili et Peter Bateson. Un acteur et des actrices à la fois pathétiques, dérisoires, roublards, émouvants et parfois drôles même si cet humour est vraiment en l’occurence la politesse du désespoir.

Si j’ajoute que la maître des lumières du spectacle est mon talentueux voisin Gaspard, je me dis que j’ai toutes les raisons de retourner voir la pièce au milieu d’un vrai public. Au théâtre Francis Gag où elle est programmée bien sûr.

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Mars aux Musées et Cultivez-vous : un duo d’enfer !

Quand Bertrand Roussel et les étudiants du Master EMI, après avoir créé une brillante 20e édition de Mars aux Musées (hélas virtuelle), rencontrent Adèle Faustinien, la responsable de la désormais incontournable plate-forme de la DGA Culture de la ville de Nice, cela donne un numéro exceptionnel de « Cultivez-vous« . Un duo d’enfer !

Je vous encourage à parcourir ce formidable Nice muséal si bien mis en valeur par les artistes sélectionnés par les étudiants et l’équipe de Bertrand.

C’est le charme de Mars aux Musées de provoquer à la fois quelques émotions esthétiques mais aussi de vous faire faire des découvertes. Grâce à cette édition, j’en ai fait trois que vous pouvez vous aussi retrouver grâce aux vidéos de « Cultivez-vous » :

  • Le SOUNDPAINTING : ça se passe dans le cadre épuré du Musée Matisse avec la danseuse Audrey Vallarino et le saxo Jean-Marc Baccarini. Intrigant et élégant.
  • L’ELECTROSWING : avec les danseuses à la fois glamours et incroyablement toniques de la compagnie Elégance Mandy Ayache et Kim Cheny sur Catgroove de Parov Stelar. Euphorisant et… décalé dans le décor classique du Palais Masséna.
  • La K-POP ou Pop Coréenne avec les Wild Dolls bien sûr aux Musées des Arts Asiatiques. Une plongée acidulée, générationnelle et… culturelle.

À voir aussi les chorégraphies des Willys au MAMAC pour accompagner le Pop Art et du collectif Case au musée Marc Chagall pour célébrer le Message Biblique. Dans la première séquence, ne pas manquer la présentation hilarante des comédiennes Melissa Prat et Frida Kahlo (heu… Benedicte Allard !). Dans la seconde, on appréciera l’harmonie très chagallienne des couleurs de vêtements des danseurs.

Ne pas oublier au Palais Lascaris le mini concert de musiques actuelles au violon et à la guitare par Rémi Colombat et Christopher Brocardo. En fan des Beatles, je vous recommande l’étonnant Come together de nos deux artistes niçois.

J’ai également aimé retrouver ma sympathique et investie collègue Sandrine Montin avec ses étudiants pour une jolie respiration poétique au musée de la Photographie.

Mais peut être que mon coup de coeur (boosté par la qualité de la captation en plain air) ira à la chanteuse lyrique Laurie Jauffret interprétant au milieu des ruines romaines de Cimiez et de son musée archéologique le Now we are free du film Gladiator de Ridley Scott. Magique. La séquence restera de toute façon historique car on peut apercevoir de temps à autre au milieu des pierres quelques oeuvres de Sosno nous rappelant cette superbe exposition qui nous fait attendre encore avec plus d’impatience le déconfinement.

Merci à l’équipe 2021 de Mars aux Musées. Vive l’édition 2022 ! ce n’est pas trahir un secret de dire que nous avons de grandes ambitions pour faire grandir cet événement unique en France.

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Un nouveau conseil municipal culturel

Le conseil municipal de ce jeudi, qui était quand même celui du vote du budget 2021- ce qui n’est pas une mince affaire- fut encore une fois une séance à forte coloration culturelle respectant en cela la volonté maintes fois exprimée du maire de mettre la culture au centre de son troisième mandat.

En effet, pas moins de treize délibérations concernant les différents domaines et expressions de la culture étaient au programme de cette nouvelle version Zoom (hélas !) du conseil.

  • Lancement des travaux de reconversion de ce bon vieux Palais des Expos (qui a quand même vu les Beattles, François Mitterand et la finale de la Coupe Davis) avec la création tant attendue par Muriel Mayette-Holtz d’une salle de théâtre de 800 places et d’un auditorium de 1200 places pour 2025 .
  • Superbe confirmation du renouveau des studios de la Victorine avec une convention de partenariat avec la prestigieuse Ecole Nationale Supérieure Louis Lumière pour l’implantation d’un cycle de formation à l’audiovisuel. (Avec, cerise sur le gâteau, où plutôt chantilly sur la pellicule, la nouvelle annoncée en séance de trois productions majeures et populaires dans les semaines qui viennent). Une première salve de subventions pour les associations culturelles avec un montant de 420000 euros ce qui représente déjà… 96 % des subventions 2020. Rendez-vous en juin pour la suite.
  • Poursuite des travaux d’aménagement du cours Jacques Chirac qui devient peu à peu un lieu-quartier magique de notre Cité.

Pour ma part, j’avais l’honneur de porter au tout début du conseil la délibération 28.1 dont j’ai affirmé la dimension symbolique dès le début de mon intervention :

Monsieur le Maire, chers collègues élus et fonctionnaires,

Cette délibération est symbolique.

– Tout d’abord, elle participe de cette mobilisation générale qui fait que, semaine après semaine, conseil après conseil, nous construisons, malgré les difficultés du moment, ce mandat à dominante culturelle que vous avez souhaité et promis aux Niçois, Monsieur le Maire.

La délibération que je présente aujourd’hui est d’ailleurs la concrétisation d’une de vos promesses. Avec mes collègues Robert Roux, Marc Concas, Jean-Luc Gagliolo, Henry-Jean Servat, mais aussi avec les équipes administratives de la Culture, de l’Éducation et de l’Événementiel enthousiastes et mobilisées, nous sommes fiers de travailler pour l’une des rares collectivités – peut-être la seule parmi les grandes villes – à avoir augmenté son budget de la Culture tout en prenant des engagements ambitieux pour le moyen terme. Et malgré un contexte économique déprimé, on pourra vérifier les retombées bénéfiques de ce volontarisme politique tout au long de ce conseil municipal.

– Mais cette délibération est aussi symbolique pour une autre raison : si elle a pour vocation de soulager le secteur du spectacle vivant, elle est également tournée vers l’avenir en favorisant l’élargissement de nos publics.

En effet, il s’agit de créer un fonds permettant aux théâtres de notre cité fragilisés par la crise de compenser une partie des pertes de recettes de billetterie de ces établissements entre 2019 et 2020. Une aide pouvant aller jusqu’à 50% des pertes et 15 000 €. Une aide – et c’est là la nouveauté – qui se fera sous forme d’achat de places. Ce dispositif innovant qui pourra quand même peser jusqu’à 200 000 € va donc se concrétiser par des conventions d’objectifs qui donneront aux théâtres aidés la responsabilité d’offrir aux Niçois ces places acquises par la collectivité. Ce qui devrait correspondre à l’équivalent – je précise bien l’équivalent – de deux représentations de spectacle professionnel grand public d’ici la fin 2022, pour un total estimé d’environ 3000 places.

Les publics pourront être des associations à but social, humanitaire, culturel, mais aussi des publics ciblés ou des personnes ayant œuvré de façon remarquable pendant la crise sanitaire. Cela dit, chers collègues, dans le cadre de vos délégations, vous aurez peut-être des idées en la matière. N’hésitez pas à nous les faire remonter.

Il y a là – et c’est le délégué aux nouveaux publics qui s’exprime – une opportunité pour le spectacle vivant niçois : celle d’atteindre précisément des populations encore éloignées des pratiques culturelles. Un peu comme nous le ferons bientôt une nouvelle fois avec « Mon été à Nice ».

Enfin, dernière précision : le dispositif a été élaboré en concertation avec la Fédération des Théâtres niçois, c’est-à-dire avec les intéressés. 

Pour toutes ces raisons, chers collègues, je vous demande de voter avec enthousiasme pour ce dispositif utile, innovant et vertueux. Dans l’intérêt du spectacle niçois, bien sûr !

Nice Matin 26/03/2021
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