Cannes (6) : lutte des classes coréenne et djihad belge

Quand le temps devient plus clément, on peut, entre deux films, faire une petite escapade sur les terrasses du palais. La vue sur la Méditerranée et Le Suquet y est splendide.

Deux nouveaux films : le premier nous vient de Corée, le deuxième de Belgique mais les deux à leur façon nous parlent des nouveaux damnés de la terre.

PARASITE (GISAENGCHUNG) (Bong Joon Ho / Corée du Sud)

La famille de Ki-taek vit misérablement dans un entresol humide, envahi par les cafards. Un jour, l’ ingénieux fils de la maison réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park, une famille riche vivant dans une villa de rêve. Puis, petit à petit, c’est toute le reste de la famille (le père, la mère et la fille) qui, en éliminant avec d’ingénieux stratagèmes les domestiques en place,  s’installe en parasite. Mais la supercherie va avoir des conséquences incalculables.

La première partie du film est drôle, elle est même désopilante. On s’installe dans une version asiatique de La vie est un long fleuve tranquille avec délectation. Les « Groseille » coréens ne sont d’ailleurs pas sans rappeler leurs cousins japonais qui l’an dernier avaient remporté la Palme. Et puis le film bascule dans une atmosphère qui rappelle Les bonnes de Jean Genet et son avatar cinématographique La cérémonie de Claude Chabrol. Quelles que soient leurs capacités d’adaptation, les pauvres resteront les pauvres. La preuve, comme le découvre la famille Park, ils ont une odeur ! Mais  à une époque où on a rangé la révolution dans les placards de l’Histoire, la révolte reste une option. Pour la dignité.

LE JEUNE AHMED  (Jean-Pierre et Luc Dardenne / Belgique)

En Belgique, aujourd’hui, quelques mois de la vie du jeune Ahmed, 13 ans, pris entre le bourrage de crâne de son iman et les appels de la vie réelle.

Quand l’histoire commence, Ahmed est déjà en situation de rupture avec sa famille, son école, la société. Lobotomisé par un intégriste musulman, il va jusqu’à tenter de tuer cette prof dévouée qui l’a aidé dans sa scolarité. Placé en foyer, il va découvrir et résister à ses premiers émois amoureux. Le constat est amer car on a l’impression que face à la détermination d’Ahmed, la déradicalisation reste un leurre. Du coup – avec en plus une scène finale peu crédible – on ne comprend pas très bien le message des frères Dardenne.  À moins qu’on le comprenne trop bien.

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Cannes (5) : Isabelle et Adèle sous le regard du président Pompidou

L’insolite se niche parfois au coeur du Festival. Ainsi, un curieux face à face m’amuse depuis des années. Auteur d’une anthologie de la poésie française et grand amateur d’art contemporain, le président Pompidou était plutôt considéré comme un homme de culture. Pour autant, on ne lui connaissait pas d’affinités particulières avec le cinéma. C’est pourtant ce même Georges Pompidou qui assiste depuis des décennies à des centaines et des centaines de montée des marches. C’est que son buste en bronze est littéralement installé dans le jardin qui porte son nom au pied du grand escalier et du tapis rouge. Ainsi ces dernières heures, il a pu suivre de son regard bienveillant et un rien goguenard l’ascension d’Isabelle Huppert et d’Adèle Haenel, toutes deux en compétition, avec de beaux films d’amour et de passion. Et qui sait ? d’allégresse l’ami Georges a peut-être fredonné dans son carcan métallique la comptine de Marylin, une autre grande séductrice… « POUPOUPIDOU ».

PORTRAIT D’UNE JEUNE FILLE EN FEU (Céline Sciamma / France)

En 1770 sur une île bretonne, Marianne jeune artiste doit peindre Héloïse, fille d’une comtesse italienne qui entend la marier avec un riche milanais… si la toile lui plait. Mais Héloïse ne veut pas de ce mariage et donc ne veut pas poser. Marianne doit prétendre être sa dame de compagnie pour l’observer à la dérobée et faire son portrait de mémoire. Mais la supercherie va tourner court et faire place à une passion brulante entre les deux femmes.

Pendant une heure, ce film exclusivement féminin (les hommes ne sont que des silhouettes) apparait comme austère, voir minimaliste. Or en cinéma le minimalisme est souvent synonyme de maniérisme. Mais quand la passion éclate entre le modèle et l’artiste, tout change et on se laisse emporter par cette belle histoire d’amour qui est aussi un acte de résistance sociale dans cette société du 18e siècle si peu féministe. Et même si la fin laisse un goût amer – comment pourrait-il en être autrement – on ne peut s’empêcher de penser qu’Héloïse et Marianne ont laissé derrière elles quelques pépites d’espoir.

 FRANKIE (Ira Sachs / USA)

Frankie, célèbre actrice française, apprend qu’il ne lui reste plus que quelques mois à vivre. Elle décide de passer ses dernières vacances en famille à Sintra au Portugal.

Un film avec Isabelle Huppert, la plus grande actrice française, est toujours un événement. « Frankie » confirme avec brio cette affirmation. Voir cette femme encore belle mais condamnée essayer de mettre de l’ordre dans une famille recomposée est émouvant sans être pathétique. C’est parfois drôle même si Frankie va découvrir petit à petit que mourir n’autorise pas à peser sur la vie de ceux qu’on aime. Dans sa bouleversante nouvelle Le prisonnier de Sintra, Paul Morand dépeint l’atmosphère de fin de civilisation de cette région du Portugal. En faire le cadre du dernier été de Frankie était à l’évidence une belle idée.

LA BELLE ÉPOQUE (Nicolas Bedos / France)

Victor (Daniel Auteuil), sexagénaire désabusé et exténué, voit sa vie bouleversée le jour où un ami de son fils, entrepreneur génial (Guillaume Canet), lui propose une attraction d’un genre nouveau : mélangeant artifices théâtraux et reconstitution historique, elle plonge le client dans l’époque de son choix. Pour Victor, ce sera 1974 afin de tenter de reconquérir sa femme (Fanny Ardant) qui le trompe avec son meilleur ami.

Une idée décalée, un peu de non-sens, un casting de célébrités… nous avons tous les ingrédients d’un sketch de la mythique série télévisée « Palace ». Mais celui-ci durait en général une dizaine de minutes et ne se prenait pas au sérieux ; le film de Nicolas Bedos dure 2 heures et se prend au sérieux, c’est toute la différence. Tout y est faux : la reconstitution des années 70, le débat entre jeunes et vieux sur les nouvelles technologies, les deux histoires d’amour, même le jeu du génial Pierre Arditi. Le film qui a bénéficié à l’évidence de gros moyens est hors compétition, on peut comprendre pourquoi. Pourtant, phénomène fréquent à Cannes pour un film français même médiocre, il a été applaudi chaleureusement.

 

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Sauvetage de la Gare du Sud : énième mise au point !

Pour avoir expliqué tant de fois l’histoire (belle) du sauvetage de la Gare du Sud, je pensais avoir clos le chapitre. Mais l’inauguration de la Grande Halle a été l’occasion pour Christian Estrosi de ressortir sa panoplie de super-héros défenseur de la vieille dame de la Libé. Des propos suffisamment éloignés de la vérité historique pour me valoir nombre de sollicitations afin que j’intervienne à nouveau.

Ce qu’il faut savoir, c’est que la Gare du Sud a été menacée deux fois. La première fois dans les années 95-97 sous la municipalité Barety qui voulait construire un grand centre commercial. Là effectivement Christian Estrosi aurait alerté in extremis le ministre de la culture Jacques Toubon pour stopper les bulldozers, c’est ce qu’il dit depuis des années et je n’ai pas de raisons de ne pas le croire.

La deuxième attaque fut d’une autre ampleur : Jacques Peyrat avait fait voter  la démolition de la Gare du Sud pour construire sa nouvelle mairie. Nous sommes en 2001 et je suis conseiller général du canton. En catastrophe, je saisis la ministre de la culture de Lionel Jospin, Catherine Tasca, et je réussis à nouer une relation privilégiée avec la directrice du patrimoine du ministère qui, par chance, est une niçoise amoureuse de la Gare du Sud. Mission m’est donnée de construire un rapport de force local, ce que je fis avec mon staff de conseiller général, les 14 élus de Nice Plurielle dont j’étais le président en mairie, les associations de quartier et… les Niçois massivement attachés à ce symbole de leur ville. À l’époque, pas un mot de Christian Estrosi probablement lié par la discipline de parti.

Fort de tous ces soutiens, je rencontre à nouveau Catherine Tasca et en novembre c’est officiel, la façade est classée. Je me souviens encore comme si c’était hier de ce coup de téléphone du ministère… à New York où j’étais en déplacement.

Mais pour nous, ce n’était pas suffisant, nous voulions le classement de l’ensemble du bâtiment. Le maire essayant divers artifices comme le déplacement géographique de la façade la bataille dura trois ans avec de très nombreux rebondissements. Pendant cette période le silence de Christian Estrosi fut assourdissant. Et en 2004, c’est sous Chirac que le ministère de Donnedieu de Vabre m’annonce directement la nouvelle : la Gare du Sud sera entièrement classée. Information que, pour la petite histoire, on me donnera deux heures avant le maire, moi l’élu d’opposition locale et nationale.

Donc, sans forfanterie mais avec le sentiment du devoir accompli, nous pouvons affirmer que sans notre action et cette mobilisation, Christian Estrosi n’aurait rien inauguré ce samedi.

La réalisation actuelle est-elle à la hauteur de nos espérances ? En tout cas pas au niveau de l’ambitieux projet culturel, patrimonial et environnemental que nous avions proposé à l’époque avec l’aide du jeune architecte Basso et de… Jeanne Augier, la directrice du Négresco. Mais dans la vie il ne faut pas vivre de regrets, alors bonne chance à la Grande Halle version Christian Estrosi !

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Cannes (4) : Lelouch hors compétition

Le charme de Cannes, c’est aussi de rencontrer toute une série d’amis liés au monde du cinéma. Des acteurs locaux comme les organisateurs d’événements, Vincent Jourdan et Benoit Arnulf, mais aussi des responsables nationaux comme notre amie Florence Gastaud. Après avoir été notre (brillante) étudiante, celle-ci a entrepris une carrière de haut niveau dans le cinéma à Paris qui lui a permis de diriger l’ARP aux côtés de Costa-Gavras avant de devenir Vice-Présidente de la Commission d’avance sur recettes au titre de son nouveau métier : productrice. En 2017, un de ses films a même fait partie de la sélection officielle (Le redoutable, passionnante et décalée oeuvre de Michel Hazanavicius sur la vie de Jean-Luc Godard). Cette année, elle nous a confié faire la promotion de son nouveau film : un biopic sur Madame Claude dont la dernière scène vient d’être tournée sur la Promenade des Anglais (la dame en question a fini sa vie à Nice). Loin est le temps où nous procurions des places à Florence et à son père… pour monter les marches du Palais.
Les rencontres avec les étudiants effectuant des missions dans l’organisation du Festival sont chaque jour aussi nombreuses. Aujourd’hui, par exemple et entre autres, Chloé notre glorieuse major de promotion.
Mais Cannes, c’est bien sûr avant tout des films : aujourd’hui un policier roumain et Lelouch.

LES PLUS BELLES ANNÉES D’UNE VIE (Claude Lelouch / France)

C’est tout à fait normalement que le dernier film de Claude Lelouch ait été présenté hors compétition car cet objet cinématographique non identifié est inclassable. Il s’agit plus de cinquante ans après d’une suite à sa mythique histoire d’amour Palme d’Or à Cannes en 1966 avec les mêmes acteurs : Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée.

Le fils de Jean-Louis Duroc sollicite Anne Gauthier commerçante en semi-retraite pour que celle-ci qui, au final, a été le grand amour de son père lui permette  de retrouver un demi-siècle plus tard un peu de cet élan vital qu’il étouffe, plus désabusé que sénile, dans le confort bienveillant et médicalisé de sa maison de retraite.

L’histoire de ces improbables retrouvailles est disons le tout net d’une beauté fulgurante tout en restant élégante et pudique. La première scène entre les deux anciens amants dure près de vingt minutes, elle restera dans les annales du cinéma et le disque dur de nos mémoires. Jean-Louis Trintignant et Anouk Aimée sont bouleversants dans leurs variations sur l’amour et la vie. Rarement la mort.

Le réalisateur n’a pas pu s’empêcher de commettre quelques « leloucheries » mais  pour nous avoir offert ce moment rare de cinéma, on est prêt à tout lui pardonner.

LA GOMERA (Corneliu Porumboiu / Roumanie)

Cristi, un inspecteur de police de Bucarest corrompu par la mafia locale est soupçonné par ses supérieurs et mis sur écoute. Embarqué par Glida  la maitresse d’un caïd  sur l’ile de Gomera aux Canaries, il doit apprendre le silo, une langue sifflée ancestrale qui lui permettra de collaborer à l’évasion spectaculaire d’un trafiquant pour récupérer les millions cachés par celui-ci. Mais l’amour va s’en mêler et rien ne se passera comme prévu…

Il est difficile d’entrer dans ce film policier réalisé à la manière d’un puzzle. Mais au final tout s’éclaire sur cette histoire somme toute banale de mafia, de corruption et de trahison contrariée par le sentiment amoureux du héros. On y apprend toutefois cette pratique du langage sifflé dans des îles plutôt réputées pour leurs boîtes de nuit et l’existence dans les Balkans d’une petite soeur de Monica Bellucci avec l’actrice Catrinel Marlon (Gilda).

 

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Cannes (3) : Gran Pedro, Little Joe

Cannes 2019 - 1

Cannes c’est aussi – surtout un jour de pluie comme aujourd’hui – le Marché du film lové dans les entrailles du Palais : une véritable petite ONU de la cinéphile.

Encore deux films : le « Almodovar » de l’année et un curieux film d’une réalisatrice autrichienne.

DOULEUR ET GLOIRE (DOLOR Y GLORIA)  (Pedro Almodovar / Espagne).

Salvador Mallo, un réalisateur qui ressemble à Almodovar, malade et en panne d’inspiration, fait une série de rencontres : certaines en chair et en os (un ancien amant, le comédien vedette d’un de ses grands succès…), d’autres en souvenir à l’époque de son enfance dans un village de la région de Valence (sa mère, Penélope Cruz, un ami dessinateur…). Mais en retrouvant son passé, Salvador ressent le besoin de le raconter et c’est grâce à ce besoin et quelques bonnes nouvelles médicales qu’il va repartir de l’avant.

Un Almodovar très personnel qui est une suite de « La mauvaise éducation » présenté à Cannes en 2004. Antonio Banderas est très émouvant dans ce rôle de créateur en panne qui sombre dans une nostalgie mortifère avant d’utiliser à nouveau le passé comme source d’inspiration. La démonstration qu’une histoire très personnelle peut, lorsqu’elle est bien racontée, toucher à l’universel.

LITTLE JOE  (Jessica Hausner / Autriche – Grande Bretagne )

Alice, mère célibataire, est une scientifique qui a conçu une fleur très particulière. Rouge vermillon, celle-ci a le pouvoir de rendre son propriétaire heureux. Défiant le règlement de son laboratoire, elle en offre une à son fils Joe, qu’elle nomme tout naturellement Little Joe. En réalité, au lieu d’être heureux celui-ci et les autres bénéficiaires deviennent peu à peu des coquilles vides qui miment leur vie d’avant pour donner le change. La fleur va se révéler de plus en plus efficace et contamine petit à petit tout le monde.

En clair la réalisatrice, ex-collaboratrice de Haneke (double palme d’or cannoise qui s’y connait en sujets plombants), nous laisse entendre que les relations sociales sont un théâtre d’ombres, chacun n’aspirant qu’à  se replier sur son instinct vital. Comme les personnages de Jessica Hausner sont particulièrement amorphes bien avant leur contamination, la différence ne saute pas aux yeux même si l’univers d’Alice et Joe est plastiquement très réussi.

 

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CANNES (2): De Dakar à Newcastle, les patrons voyous.

Retrouver le Festival, c’est chaque année apprivoiser à nouveau l’immense Palais, l’architecture métallique à la Henki Bilal du Grand Amphithéâtre, les places un peu oubliées tout en haut de la salle (nos préférées), les couloirs secrets, la rotonde lumineuse du bar… Le « Bunker » est un monstre, mais un monstre familier et bienveillant.

Deux films au programme : un film du Sud et le « Ken Loach » de l’année.

ATLANTIQUE (Mati Diop/ Sénégal )

A Dakar, les ouvriers du chantier d’une tour futuriste ne sont plus payés depuis trois mois par un patron défaillant qui refuse même de les rencontrer. Désespérés, ils décident de quitter le pays par l’océan pour un avenir meilleur. Un de leur, Souleymane, est l’amoureux d’Ada promise à un homme riche par sa famille. Leur disparition étant plus ou moins acquise, Ada – qui entretemps a renoncé à son mari – et ses amies s’aidant de pratiques et de sortilèges traditionnels organisent une terrible vengeance.

L’histoire d’amour est très belle et la critique sociale efficace. Par contre la partie fantastique du film est à la fois naïve et complexe à suivre mais on ne pourra pas reprocher à cette jeune réalisatrice de ne pas avoir d’ambition. A suivre.

SORRY WE MISSED YOU (Ken Loach/ Grande-Bretagne).

Un Uber-patron propose à Ricky ouvrier de Newcastle un marché de dupe : il devient chauffeur-livreur  soit disant indépendant  tout en étant tenu par un contrat de franchise qui le livre pieds et poings liés à un chef d’entreprise sans scrupule. Sa femme Aby qui fait de l’aide à domicile pour personnes âgées est obligée de vendre sa voiture pour financer le camion que son mari doit acheter à crédit. A partir de là, Ricky va s’épuiser pour rentabiliser son activité, Abby n’aura plus une minute à elle pour s’occuper des enfants dont l’aîné va sombrer dans la délinquance.

Du Ken Loach (déjà deux Palmes d’Or) pur jus ! La dénonciation des nouvelles turpitudes du capitalisme est lumineuse et l’histoire de cette famille arracherait des larmes à un trader de la City. Toutefois l’accumulation des malheurs tombant sur les épaules de ce pauvre Ricky fait peut être perdre un peu d’efficacité à l’histoire qui n’a pas la fluidité de précédents films de Loach où le drame social était entrecoupé de parenthèses plus légères et parfois même de moments de grâce.

 

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Cannes (1) : Un début plutôt violent avec des zombies, des résistants du Sertao et la BAC


Le premier contact avec le Festival est toujours ce moment un peu magique où, sur l’esplanade du Palais, on admire pour la première fois de la quinzaine, sur la façade du Bunker l’immense reproduction de l’affiche de l’année. Pour 2019, il s’agit d’une superbe photo tirée d’un documentaire d’Agnes Varda juchée sur le dos d’un technicien.

Le Festival, c’est aussi retrouver quelques jours après les examens du deuxième semestre (enfin corrigés !) l’atmosphère de Carlone. En effet, à l’instar de la petite Solène qui nous a guidé dans le Grand Amphithéâtre Lumière, nombreux sont mes étudiants qui font un petit boulot dans le cadre de la manifestation.

Cinématographiquement, l’édition 2019 commence bien avec trois bons films.

THE DEAD DON’T DIE (Jim Jarmush / USA)

Quand, comme l’avait fait Stanley Kubrik avec son mythique Shining, un grand réalisateur décide de tourner un film de genre, le petit monde de la cinéphile est très impatient de voir le résultat. Eh bien avec le « film de zombies » de Jarmush, il ne sera pas déçu : c’est une réussite magistrale.

Le réalisateur joue pleinement le jeu avec des morts-vivants terrifiants (mais un poil bavards, ce sera sa touche personnelle !), des entrailles bien sanguinolentes, des victimes pittoresques et un chouia stupides, sans oublier le petit message écolo de la planète qu’on bousille et qui se venge.

Mais au-delà de cet exercice de style, Jarmush sait prendre de la distance pour nous délivrer un message perso : et si la vie moderne (avec par exemple notre addiction au téléphone portable) faisait déjà de nous des zombies ? un message pirendélien par la forme car ses personnages n’hésitent pas à l’interpeller directement pour évoquer la fin de l’histoire.

Et comme l’affirme la bande annonce, le casting est vraiment propre « à réveiller les morts » avec une mention particulière pour le trio de policiers ahuris censés défendre la ville contre les envahisseurs : Bill Murray, Adam Driver et Chloé Sévigny (une de mes actrices préférées), l’extraterrestre mi-Kill Bill, mi- Six feet under, Tilda Swinton, et Tom Waits en ermite ayant le mot de la fin : « Quel monde de merde ! »

BACURAU (Kleber Mendonça-Juliano Dornelles / Brésil).

Bacurau est un petit village du Sertao au nord-est du Brésil. Sous la coupe d’un politicien corrompu, les habitants doivent affronter des conditions de vie très dures aggravées par un manque d’eau provoqué par leurs ennemis. De mèche avec le Préfet de la Région, une bande de suprémacistes américains décime la population par jeu  avec de lourdes armes de guerre et un drôle de drone en forme de soucoupe volante.

Dans ce village d’Asterix tragique, les habitants ont une petite potion magique sous la forme d’une pilule locale qui leur donne du courage. Aussi ils ne vont pas se laisser faire et transformer un massacre programmé en western jouissif.

Le film est censé se passer dans un futur proche mais il est aussi une métaphore très contemporaine de l’alliance Bolsonaro-Trump sur le dos des brésiliens.

LES MISÉRABLES (Ladj Ly /France )

À Monfermeil dans le 9.3, trois policiers de la BAC aux personnalités différentes sont confrontés aux tensions entre les différents groupes d’un quartier sensible. Obligés de composer avec les trafiquants, les barbus et les médiateurs louches de la mairie, ils remplissent leur mission tant bien que mal dans ce quartier à la périphérie duquel ils habitent. Un jour, ils sont débordés au cours d’une interpellation et l’un d’entre eux provoque une bavure. Or un drone (encore un !) a filmé leurs moindres faits et gestes.

Le film a presque un aspect documentaire boosté par l’actualité. Très équilibré dans la recherche des causes de cette violence urbaine, il illustre parfaitement la phrase de Victor Hugo qui explique à peu près à la fin du film « qu’il n’y a pas de mauvaises plantes mais des jardins mal cultivés ».

Une amie nous a affirmé que la Commission d’avance sur recette n’avait pas aimé le script car il n’y avait pas de femmes : heureusement que comme le ridicule, le politiquement correct ne tue pas..!

Comme les années précédentes vous pouvez retrouver ces billets « spécial Cannes » sur le site d’information Nice Premium dans une rubrique dédiée.

 

 

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Envie d’Europe avec Sylvie Guillaume

Ce lundi, c’est à l’hôtel Aston que s’est tenue la première réunion officielle de la liste « Envie d’Europe écologique et sociale » conduite nationalement par Raphaël Glucksman et représentée pour cette étape niçoise par l’eurodéputée Sylvie Guillaume.

La salle était bien pleine quand Xavier Garcia a ouvert le débat. La liste étant désormais soutenue par le PRG, j’ai naturellement pris la parole pour expliquer cet accord. J’ai en fait décliné cinq raisons majeures :  » Envie d’Europe » est une liste européenne (il y en a très peu dans les dizaines de listes présentées), une liste sociale (pour un rééquilibrage face à l’idéologie très libérale qui domine en Europe et en France), une liste laïque (contre le communautarisme), une liste de renouvellement (avec Place Publique et Nouvelle Donne), une liste qui revendique son appartenance à la gauche de gouvernement (le meilleur remède contre le populisme).

Mais c’est bien sûr l’invitée vedette de la soirée qui a animé le débat en faisant avec passion mais sans langue de bois une sorte de compte rendu de mandat (à l’issu duquel on a le sentiment qu’un député européen a finalement de plus grandes marges de manoeuvres qu’un parlementaire national). Puis elle a expliqué que le débat entre libéraux et populistes qu’on nous vend depuis le début de la campagne française est purement hexagonal puisqu’au niveau du parlement de Strasbourg tout va se jouer une fois de plus entre conservateurs et sociaux-démocrates. Aussi, le 26 mai, il ne faudra pas se tromper de combat. Merci Sylvie.

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Le Food Truck tunisien de Sarra

Sarra est une femme étonnante. Très engagée dans l’associatif social, elle a reçu – et ce n’était que justice – la médaille de l’engagement associatif que j’avais eu l’honneur de lui remettre avec mon ami Sami Cheniti au nom du ministre (voir mon billet du 10 octobre 2015). Parallèlement, elle a créé de toute pièce avec une toute petite équipe une entreprise de services à la personne (NSVP) qui se développe régulièrement avec aujourd’hui une quinzaines de salariés (voir mon billet du 28 novembre 2015). Mais tout cela n’était pas suffisant à la calme et apaisante Sarra (elle n’a rien d’une hyperactive frénétique) : comme elle adore cuisiner les plats du pays de sa famille, la Tunisie, elle a décidé de tenter (et donc de réussir, n’en doutons pas !) l’aventure d’un Food Truck installé au pied de la Cité Universitaire Saint Antoine située au début du boulevard du même nom.

C’est ainsi que samedi, avec Dominique, dans l’atmosphère un peu irréelle de ce lieu presque isolé au milieu de la grande ville, nous avons eu le bonheur de participer à l’inauguration amicale du camion gourmand.  L’ occasion de constater que la cuisinière dont nous connaissions le talent n’avait pas perdu la main. Au programme, trois sortes de couscous (agneau-poulet, poissons, poulpes), deux types de bricks (thon, viande hachée), tajine, fricassées, mechouia, kaftaji aux boulettes (aaaah ces boulettes !)… J’en passe et des meilleures (en fait non, des aussi bonnes !).

J’ai comme une idée que la grande terrasse sous les arbres qui entoure le camion va recevoir de nombreuses visites des habitués du 10, avenue Cyrille Besset. S’ils ont des difficultés pour trouver le lieu, pas de problème, on les accompagnera.

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L’Europe au CUM

Le Mouvement Européen des Alpes-Maritimes présidée par Odile Menozzi a profité, avec l’aide de la Métropole Nice-Côte d’Azur, de la journée de l’Europe pour organiser au CUM (souvenirs, souvenirs…de ma première année de Droit !) un débat avec les consuls d’Allemagne, d’Italie, de Roumanie et de Suède, un représentant de la Commission et notre ami Jean-Christophe Picard, le Président national d’ANTICOR.

La réunion a pour moi parfaitement commencé grâce au meneur de débat Yann-Anthony Noghès, journaliste à France Info TV, qui a cité la célèbre tirade pro-Europe de Jean Gabin dans le film Le Président dialogué par Michel Audiard.

Puis, ce fut pour les invités l’occasion de rappeler à quelques jours du scrutin cette nécessité d’Europe face aux incertitudes du monde avec le nouveau leadership de l’Asie, le repli américain et la combativité border line de la Russie. Chaque consul en a profité également pour nous donner le climat politique de son pays (entre europhilie et indifférence en Suède, en Allemagne et en Roumanie, mitigé en Italie). Le représentant de la Commission, lui, a regretté que les États aient confiné les instances de l’UE dans la seule mission défensive de réponses aux fakenews (cela dit, il y a du boulot!).

Jean-Christophe, quant à lu,i a rappelé que si l’Europe pouvait être un zone de développement de la démocratie elle devait être exemplaire, ce qui n’est pas toujours le cas. Et de citer le cas de cette eurodéputée sortante qui flirte et même un peu plus avec le conflit d’intérêts. Et de mettre en garde contre une candidature française possible à la tête de la Commission par quelqu’un de condamné pour des faits avérés à l’époque où elle était ministre.

Bref, comme d’habitude, le débat initié par le MEAM fut pédagogique et d’une faible teneur en langue de bois. Vu les avis de tempête régulièrement lancés, disons qu’il a été aussi d’une grande utilité.

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