La tente salafiste de Vallauris

Vallauris 2012, la Zaïne

Dans son numéro du 17 mai, le journal Le Monde propose sur deux pages un article titré « Génération salafiste ». Il s’agit d’une enquête bien documentée et utile à un moment où l’on se pose la question de l’opportunité d’interdire le salafisme en France.

On y explique entre autres comment, à partir de 2011, des salafistes ont construit une mosquée sauvage au coeur du quartier de la Zaïne à Vallauris. Il s’avérera que les responsables de l’opération sont liés à la cellule terroriste dite « Cannes-Torcy » impliquée dans une préparation d’attentat. Le succès de la structure est immédiat et des jeunes de toutes les Alpes-Maritimes se précipitent le vendredi pour écouter des prêches particulièrement enflammés et contraire aux valeurs républicaines.

Or, en 2012, conseiller général, dans le cadre d’un audit de la politique de prévention du département, je me rends avec mon collaborateur de l’époque Sami Cheniti à la Zaïne. Nous découvrons avec stupeur cette grande tente dans laquelle profitant de la torpeur de l’après-midi nous nous faufilons. Même si l’ensemble est une tente-chapiteau, l’intérieur bien aménagé presque luxueux,  et donne l’impression d’être un local qui n’a rien de provisoire. Encouragé par les résidents (effrayés comme on peut le penser ils ne voulaient pas agir eux-mêmes) et les chibanis de la mosquée officielle de Vallauris, je décide de dénoncer la situation.

Le soir même, j’écris sur ce blog le texte ci dessous intitulé « L’islam des tentes » pour dénoncer l’incroyable passivité de la municipalité UMP en pleine ère Sarkozyste. Quelques jours plus tard, je dénonce cet état de fait à la tribune du conseil général. Le président Ciotti manifestement sous-informé demande immédiatement des explications au maire de Vallauris. Très gêné, celui-ci botte en touche. En off, il m’expliquera qu’il n’a pas voulu intervenir parce qu’avec les élections qui venaient, c’était compliqué (sic) mais que maintenant il allait agir… allant jusqu’à me proposer d’aller avec lui rencontrer les responsables de la mosquée (curieux report de responsabilité, j’ai bien sûr décliné…).

Il faudra attendre 2014 sous la présidence Hollande pour que la tente salafiste soit déclarée hors la loi.

Sur le front de la lutte contre l’intégrisme islamique, il est de bon ton de critiquer – souvent avec raison – la naïveté d’une certaine gauche. Il est impératif, surtout dans un département politiquement orienté comme le nôtre, de dénoncer le gouffre entre les tartarinades médiatiques d’une certaine droite et sa soumission sur le terrain par lâcheté ou clientélisme. L’histoire pathétique de la tente de Vallauris est là pour nous le rappeler.

Billet du 3 avril 2012 « L’Islam des tentes »

Après l’Islam des caves, l’Islam des tentes… En plein cœur du quartier de la Zaïne à Vallauris, nous nous retrouvons, avec Sami, devant une tente-mosquée en toile blanche de près de cinquante mètres de long et d’environ 200 m2 de superficie. Implantée sur un terre-plein en principe dédié au sport, nous constatons que la structure est très bien équipée : tapis de sol flambant neufs, bibliothèque fournie, micro et sono de qualité pour le prêcheur.

En fait, cette tente plantée depuis juin 2011 n’a bénéficié d’aucune autorisation ; il s’agit, ni plus ni moins, d’une implantation sauvage et parasite puisque branchée sur le réseau des parties communes de la cité (eau et électricité) financées par les résidents.

Depuis, chaque vendredi, la Zaïne est embouteillée par de nombreuses voitures, et des centaines de fidèles, dont une grande partie vient de l’extérieur, convergent vers la mosquée de toile. Terrorisés, les riverains n’osent pas réagir. Quant aux autorités, elles se renvoient la balle avec un manque de courage abyssal : maire UMP, préfet, procureur, bailleur social…

L’assemblée cultuelle de la Zaïne, qui a toujours fonctionné dans le cadre républicain, désapprouve cette « mosquée » incontrôlée. Les chibanis qui la dirigent s’inquiètent de l’Islam radical qui y est prêché devant des fidèles souvent très jeunes. En vain.

Déloger la tente va devenir chaque jour plus problématique. Pourtant, rien n’est prévu à court terme.

Voilà bien le symbole du quinquennat qui s’achève en matière de laïcité. Devant les caméras, on stigmatise les musulmans sans discernement et, sur le terrain, le trouillomètre à zéro, on compose avec l’intégrisme en faisant le lit du communautarisme.

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FESTIVAL (10) : Un palmarès épatant

Kore-Eda Hirokazu, palme d’or pour « Une affaire de famille »

C’est un sans-faute du jury de Cate Blanchett même si la grande qualité de la sélection a probablement facilité sa tâche.

– La Palme d’Or pour Une affaire de famille de Kore-Eda Hirokazu est d’autant plus méritée que ce film drôle et subtil qui dynamite gentiment l’institution familiale sera peut-être le premier grand succès public japonais en France.

– Le Grand Prix du Jury, qui est un peu la médaille d’argent, au revenant Spike Lee pour le militant et drôle Blackkklansman ne fera pas plaisir à Trump mais peut aussi être un succès public.

– Le prix de la mise en scène pour Cold war de l’Antonioni polonais Pawel Pawlikowski sur la difficulté d’aimer est un film magnifique mais peut être plus difficile d’accès que les deux premiers ne serait-ce que par l’utilisation du noir et blanc.

– Le prix de jury qui est un peu le 4e de le compétition à Capharnaüm de la Libanaise Nadine Labaki fait plaisir à tout le monde. Récompense d’autant plus méritée qu’elle a permis à la réalisatrice de faire le plus beau discours de la soirée de clôture.

– Les prix d’interprétation avec l’émouvante russe Samal Yesyamova dans Ayka et le pathétique Italien Marcello Fonte dans Dogman sont pertinents.

– Nous pouvons peut être regretter l’absence du Jules et Jim russe Leto et du beau film chinois Les éternels (et de son actrice Zhao Tao).

Comme promis dans mon dernier billet, voici les critiques des trois derniers films.

UN COUTEAU DANS LE CŒUR, Yann Gonzalez (France)

Paris, fin des années 70, Anne, productrice de films pornos gays est une femme alcoolique et amoureusement possessive. Sa compagne qui est aussi une de ses techniciennes la quitte. Pour l’épater, elle décide de tourner un film ambitieux. Hélas un mystérieux tueur s’acharne à éliminer tous les protagonistes de celui-ci.

Sous le couvert de la parodie et du vintage, du grand n’importe quoi ! Très peu crédible en productrice bas de gamme (« Vivre de sperme et d’eau fraiche »… la classe !) se dépatouillant au milieu d’une histoire de serial killer dont tout le monde se fout, on peut se demander ce que Vanessa Paradis est venue faire dans cette galère. En fait, on a un peu la réponse dans sa dernière interview : on lui offre peu de rôles au cinéma ! Ce n’était peut -être pas la peine de remuer le couteau dans la plaie avec ce couteau dans le cœur.

CAPHARNAÜM, Nadine Labaki (Liban)

Zein, un petit garçon de 12 ans issu d’une famille démissionnaire des quartiers miséreux de Beyrouth, venge sa sœur vendue pour un mariage forcé à 11 ans et se retrouve en prison. De celle-ci, il décide d’attaquer ses odieux parents en… justice pour lui avoir donné la vie.

Superbe cadeau de dernière minute de la sélection, ce film est une sorte de street movie. Zein, le petit Libanais volontaire et astucieux, est un humaniste en culotte courte qui jamais ne renonce face à l’adversité et à l’injustice. Capable de poignarder le responsable de la mort de sa sœur tout en sauvant le bébé de l’immigrée clandestine qui lui a offert un toit (en tôle ondulée).

Le film, sans pathos ni misérabilisme, juxtapose une impressionnante plongée dans la misère des bidonvilles libanais et un focus sur la situation des migrants (la maman du bébé est une éthiopienne clandestine). Le constat est sévère mais en même temps on se dit que tant qu’il y aura des Zein, tout espoir n’est pas perdu.

AYKA, Sergey Dvortsevoy (Russie)

Jeune Kirghize immigrée à Moscou, Ayka vient d’accoucher. Sans argent ni logement, poursuivie par des mafieux, elle abandonne l’enfant. Elle va errer dans la grande ville pour trouver un moyen de rembourser ses dettes.

Le film le plus noir de la sélection. Là aussi il est question de migrants. En suivant Ayka, c’est à une véritable descente aux enfers que nous assistons : rêves de réussite écrabouillés par la réalité, exploitation sauvage, agressions en tout genre, mépris à tous les étages, honte vis-à-vis de la famille restée au pays, solitude…

Même si la dernière scène peut s’interpréter comme un pâle rayon de soleil qui réchauffe à peine l’eau froide de ce constat glaçant de noirceur, on reste sonné après la projection devant tant de misère morale et physique. L’actrice elle-même (l’émouvante Samal Yesyamova) ne semble pas s’être remise du rôle. Il faudra qu’à l’issue de la projection on lui fasse cinq bonnes minutes de standing ovation pour qu’elle esquisse le début du début d’un sourire.

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Festival (9) : 12 300 marches environ… en attendant le palmarès


12300 marches : c’est à peu près le nombre de marches que nous avons gravies depuis notre premier festival dans ce qui était « le nouveau palais » à la fin des années 80… Démonstration : le célèbre escalier au tapis rouge a 24 marches, chaque année nous allons voir 15 à 25 films et cela depuis 3 décennies. Le compte est bon. Ce qui ferait, empilées, plus de quatre kilomètres de haut (d’altitude, un petit Mont Blanc).

Calcul mental salutaire pour attendre avec sérénité le palmarès. A ce propos en ce qui me concerne – et le choix était difficile car la sélection était de qualité et homogène – mon tiercé est le suivant : LETO le film russe, COLD WAR le film polonais, UNE AFFAIRE DE FAMILLE le film japonais. Pour Dominique on retrouve LETO mais avec le film libanais CAPHARNAÜM et le film chinois LES ÉTERNELS. Wait and see.

Ma dixième chronique cannoise demain sera donc consacrée au commentaire du palmarès mais aussi de la critique des trois films vus ce vendredi : le navrant film français Un couteau dans le coeur (le deuxième « médekicemoketon » de la sélection après le Godard), le très émouvant film libanais Capharnaüm et le terrifiant mais réaliste film russe Ayka.

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Festival (8) : Affreux, sale et gentil, puis Beau, propre et méchant…

À un moment de la semaine où les festivaliers spéculent déjà sur le palmarès (par exemple sur la revue le Film français), deux films étaient aujourd’hui présentés, un italien, un coréen. Sans avoir vocation à figurer en haut de la liste des récompenses, ils étaient de bonne qualité.

DOGMANMatteo Garrone (Italie)

Dans une banlieue déshéritée, Marcello, toiletteur pour chiens et petit dealer à l’occasion, voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne. Celui-ci va faire de Dogman son souffre douleur et l’entraine dans une spirale criminelle.

Ce Marcello est un curieux petit bonhomme. Plutôt chétif et laid, assez négligé, il est plutôt gentil : père (divorcé) attentionné envers sa petite fille, prêt à prendre tous les risques pour sauver un chihuahua, rendant service à cette faune qui lui sert de voisinage dans cette zone qui lui sert de quartier. Mais son attachement (on pourrait dire canin !) à cette brute de Simoncino qui lui fait subir toutes les humiliations (il va même en prison à sa place) va finir par trouver ses limites et le petit homme va se transformer en machine de guerre.

Ce film réaliste mais pittoresque se regarde sans déplaisir malgré sa grande violence. On est seulement un peu surpris que Garrone, le réalisateur de Gomorra, ait à ce point gommé le contexte social. Au point de faire de son film une sorte de conte. Pour adulte toutefois.

BURNING, Lee Chang-Dong (Corée du Sud)

Un jeune homme rencontre par hasard une ancienne voisine de son village d’enfance. Après une courte liaison, la jeune femme part en Afrique. À son retour, elle semble s’être liée à un homme mystérieux qu’elle a rencontré au cours du voyage.

Comme dans le film de Garrone, on a dans Burning un affrontement entre deux hommes : Jongsu, le paysan malgré lui (il est obligé de succéder à son père), un peu naïf, et Ben, le youpie élégant et sûr de lui. Un affrontement feutré pour les beaux yeux de la fantasque Haemi. Le film italien tourne autour du dominé, le coréen autour du dominant, ce Ben beau, propre sur lui et méchant. Encore que cette méchanceté, il faut attendre 2 heures 28 pour la toucher du doigt. Malgré la qualité de ce film parfois envoûtant, c’est quand même assez long.

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La jeunesse du 06 en Résistance

C’est dans le salon d’honneur de la Préfecture que j’ai participé, en présence du sous-préfet et de l’Inspecteur d’ Académie, à la remise des prix du concours de la Résistance et de la Déportation, manifestation à laquelle mon ami Gérard Corboli, vice-Président de l’association organisatrice ne manque jamais de m’inviter. Le thème de cette année « S’engager pour libérer la France » n’était pas qu’historique. En effet, comme le rappelait le représentant de l’Éducation Nationale, la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » n’est plus la devise de tous les écoliers.

Aussi était-il réconfortant de voir ces dizaines de collégiens et de lycéens représentant de nombreux établissements de notre département réunis en cette période de révision du bac pour recevoir leurs prix bien mérités et chanter – avec les moins jeunes – « la  Marseillaise ».

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FESTIVAL (7) : Le triomphe de Stéphane Brizé et Vincent Lindon

L’équipe de « En guerre », à l’issue de la projection

Journée de Festival exceptionnelle avec les derniers films de Lars Von Trier, le sulfureux réalisateur danois, et de Spike Lee, l’icône black des années 80. Mais aussi et surtout par l’émotion de Vincent Lindon et des acteurs non professionnels du film En guerre face à une salle conquise. C’est avec enthousiasme que nous avons participé à la longue, très longue standing ovation.

THE HOUSE THAT JACK BUILT, Lars Von Trier (Danemark), hors compétition

USA, années 70. Nous suivons le ténébreux tueur en série Jack (Matt Dillon) sur une période de 12 ans. En réalité, celui-ci se confie à un mystérieux interlocuteur auquel il tente d’expliquer cinq de ses meurtres particulièrement horribles comme des œuvres d’art.

Les films de tueurs en série sont sur le point de devenir des films de genre. Nous étions curieux de connaitre celui de Lars Von Trier, nous ne sommes pas déçus. Avec 61 meurtres, nous sommes à l’évidence dans le haut de gamme. Architecte raté, Jack explique que le meurtrier est un incompris, une sorte d’artiste maudit. En fait son mystérieux interlocuteur (le magnifique Bruno Ganz) n’est pas comme on a pu le croire un moment un psy mais celui qui entrainera le meurtrier dans les enfers au cours d’une onirique et surprenante scène finale. Dans les images qui hantent Jack on retrouve pêle-mêle et entre autres celles de camps de concentration et la scène finale de son chef d’œuvre Melancholia : peut-être une façon d’exorciser cette année 2011 où ce merveilleux film fut privé de Palme d’Or à cause des élucubrations sur Hitler du réalisateur en conférence de presse.

BLACKKKLANSMAN, Spike Lee (USA)

Ron Stallworth (le très prometteur John David Washington, le fils de l’autre), un officier noir du Colorado, a réussi à infiltrer le Ku Klux Klan local et devient presque le chef de la section locale.

C’est un Spike Lee moins militant qu’autrefois qui traite de son thème de prédilection, le racisme aux USA. Il le fait avec légèreté et humour (certaines scènes sont franchement désopilantes). Pour autant le film n’est pas superficiel et nous fait découvrir ces mouvements militants pour la suprématie blanche comme le KKK. Spike Lee insiste beaucoup sur l’antisémitisme viscéral de ces extrémistes. Et si effectivement on s’amuse beaucoup, le rire se fige lors de la scène finale quand on voit sur des images d’actualité de l’an dernier le meurtre d’une militante anti-raciste par le KKK au cours d’une manifestation et la justification de ce crime par Donald Trump lui-même.

EN GUERRE, Stéphane Brizé (France)

Malgré de lourds sacrifices financiers de la part des salariés et un bénéfice record de leur entreprise, la direction de l’entreprise Perrin, filiale d’un groupe allemand, décide la fermeture totale du site. Les salariés et leur leader Laurent Amédéo vont tout tenter pour sauver leur emploi.

Trois ans après La loi du marché, Stéphane Brizé persiste et signe avec son acteur fétiche Vincent Lindon et une nouvelle mise en cause de la mondialisation. Nous vivons le conflit à hauteur de grévistes comme si nous étions partie prenante. Avec réalisme et une maitrise étonnante des scènes de groupes, Stéphane Brizé nous livre un message très pessimiste : personne ne peut enrayer la marche en avant de la mondialisation, ni les salariés, ni les gouvernements ni même les responsables d’entreprise sous la coupe de leurs actionnaires, les seuls bénéficiaires de l’opération avec, il faut le dire sans langue de bois, les ouvriers de Roumanie où l’usine va être délocalisée.
Mais ne dit-on pas que les chants désespérés sont les plus beaux ? C’est peut- être ce que la salle a voulu dire à l’équipe du film en lui faisant l’accueil le plus chaleureux de la semaine.

Photos de paparazzi

 

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Festival (6) : Une famille formidable

Entre Chantons sous la pluie et Les parapluies de Cherbourg l’ambiance cannoise était très humide en ce début de deuxième semaine. Deux films au programme : un japonais, le 10e de la compétition et un français lui hors-compétition.

UNE AFFAIRE DE FAMILLE (Manbiko Kazoku), Kore-Eda Hirokazu (Japon)

Alors que, selon son habitude, il vole à l’étalage avec son jeune fils, Osamu rencontre et recueille une petite fille en comprenant très vite que celle-ci est maltraitée par ses parents. Malgré leur pauvreté et l’exiguïté de leur logis, la petite famille d’Osamu (il y a en plus une femme, une grand-mère et une « belle -sœur » délurée) décide de garder la petite avec eux. Tout le monde semble heureux jusqu’à ce qu’un incident révèle brutalement les secrets de cette charmante mais mystérieuse famille.

En 2013, le réalisateur avait enchanté le Festival avec Tel père, tel fils qui reprenait à la sauce nippone le thème de l’échange de bébés de La vie n’est pas un long fleuve tranquille. Avec Une affaire de famille, il récidive avec une œuvre gentiment anarchiste, pleine de fantaisie et d’humour. Et une démonstration assez iconoclaste : il peut y avoir plus d’amour dans une fausse famille pas très honnête que dans une vraie famille très honnête. À remarquer aussi une distribution épatante, petits et grands.

LE GRAND BAIN, Gilles Lellouche (France)

Une bande de paumés (incarnés entre autre par Amalric , Canet, Poelvoorde et Anglade) sont pris en main par deux coachs féminins pour créer de toute pièce une équipe de natation synchronisée… masculine. Un défi censé donner un sens à des vies qui en sont cruellement privées.

À l’évidence être un comédien bankable est un atout pour qui veut comme Gilles Lellouche passer de l’autre côté de la caméra. Dans la foulée, cela peut permettre également de présenter son film à Cannes hors compétition, le prestige du Festival sans les risques. En effet, rien ne justifie vraiment ce remake bancal de Full monty. Le spectateur a en effet plus de deux heures pour faire une comparaison peu flatteuse avec le film anglais. Un film qui permet aussi pointer – comme me rappelait ma partenaire à l’issu de la projection – les manies et défauts d’un certain cinéma français (numéros d’acteurs un peu gratuits, psychologie à tous les étages, réalité sociale diluée, scénario faible…). Bref, c’est avant tout un film de copains pour un copain, il n’est pas évident qu’on ait envie de faire partie de la bande.

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Festival (5): Résistances de femmes en terre d’Islam

Entre une première semaine partagée entre Festival et corrections de copies ( 450 quand même! ) et la suivante où le partage se fera entre Festival et réunions / rendez-vous politiques ce Dimanche sur la croisette avait la suavité d’une mi-temps paresseuse. Un Dimanche consacré aux résistances des femmes en terre d’islam avec un film iranien et un film français concernant le Kurdistan.

TROIS FACES ( Se Rokh)  Jafar Panahi  (Iran)

Behnaz une actrice célèbre en Iran reçoit la vidéo d’une jeune fille implorant son aide -avec un chantage au suicide à la clé- pour échapper à sa famille conservatrice. Avec un ami ( le réalisateur joue son propre rôle) elle décide d’aller sur place dans le petit village de montagne de la jeune fille dans une région où les traditions ancestrales encadrent toujours la vie locale .

Le réalisateur nous offre dans un registre tout en délicatesse, presque avec pudeur cette confrontation  entre modernité et traditionalisme . Bien entendu ce sont les femmes ( l’actrice, la jeune fille, l’amie artiste de celle ci si mal vue dans le village) qui portent cette aspiration à la liberté face au conservatisme plus qu’à la religion (Téhéran et ses ayatollahs semble bien loin).

Le film de Panahi ( qui ne peut pas s’empêcher de nous gratifier de quelques scènes intimistes …en voiture , sa spécialité depuis Téhéran-taxi ) est souvent émouvant, parfois drôle mais surtout porteur d’espoir. En Iran plus qu’ailleurs peut être la femme est l’avenir de l’homme…

 

LES FILLES DU SOLEIL  Eva Husson (France)

Au Kurdistan, Bahar, commandante du bataillon « Les filles du soleil », ancienne esclave sexuelle de Daesh, se prépare à libérer sa ville aux mains des hommes en noir, avec l’espoir de retrouver son fils. Une journaliste française vient couvrir l’offensive et témoigner.

On a trop souvent reproché aux réalisateurs leur incapacité à traiter de sujets politiques contemporains pour ne pas saluer le courage de la jeune réalisatrice Eva Husson. Un film  ambitieux, important et utile qui témoigne du courage des femmes kurdes qui ont pris les armes contre leurs bourreaux islamistes. Dommage qu’un certain nombre de défauts réduisent l’efficacité du film : l’actrice principale manque d’épaisseur, le personnage de la journaliste est artificiel, le scénario, en organisant un faux suspens, est bancal, quelques scènes sont too much… A l’évidence, on aurait rendu service au film en le programmant dans une section parallèle.

Mais comment, grâce au film, ne pas garder au fond du coeur l’image  de ces femmes se battant comme le répète l’héroïne pour « La femme, la vie, la liberté ».

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Depuis des années et des années, nous avons pris l’habitude de nous installer au dernier rang du balcon du Grand Théâtre Lumière pour voir les films du Festival. Il faut dire que l’emplacement est fort peu fréquenté. Ainsi nous avons créé une forme de complicité avec ce lieu que nous avons surnommé – allez savoir pourquoi – « Chez Mémé » (voir photos ci-dessous).

 

 

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FESTIVAL (4) : En attendant Godard, nous eûmes Qiao…

 

Aujourd’hui, nous attendions Godard… Enfin, le vrai Godard, celui d’À bout de souffle, du Mépris et de Pierrot le fou (l’affiche 2018 du Festival). Pas l’auteur de ce salmigondis titré Le livre d’image qui nous a été servi en guise de petit déjeuner dès 8h 30 du matin. Et, contre toute attente, ce fut Qiao, l’héroïne du film chinois Les éternels qui sera notre coup de coeur du jour.

LE LIVRE D’IMAGE,  Jean-Luc Godard (Suisse)

Pour qualifier ce film, j’ai envie d’emprunter l’anaphore que Dominique  utilise parfois dans ses discours : « De qui se moque-t-on ? ». Le livre d’image est un collage de séquences de films sans queue ni tête accompagné d’effets sonores intempestifs surlignés par un commentaire nasillard du réalisateur lui-même. 1 h 25 de scènes de guerre, de montages psychédéliques et de… trains (ce qui en pleine grève de la SNCF est osé !). Cela dit, il est possible qu’admirateur de cinéastes commerciaux comme Antonioni, Bergman, Wenders, Tarkowski ou Terence Malick, je n’aie pas le niveau.

Si vous voulez à tout prix en savoir plus sur Godard mieux vaut voir ses premiers films (ceux cités ci-dessus) ou déguster Le redoutable la biographie iconoclaste et drôle du maître proposé à Cannes l’an dernier par Michel Hazanavicius.

LES ÉTERNELS (Jiang Hu er Nv), Jia Zhang-Ke (Chine)

De 2001 à 2018, l’histoire d’amour contrariée (une de plus dans ce Festival) de Qiao, fille de mineur, et de Bin un des petits chefs de la pègre locale de Datong, une ville de province en pleine mutation économique. Pour lui, elle fera cinq ans de prison et sera bien mal récompensée. Mais, tout en restant elle-même, fidèle à son code moral, elle va relever le défi de cet amour à l’image d’une société gangrénée par la lâcheté et l’arrivisme. Non sans se brûler les ailes.

J’avais découvert Jia Zhang-Ke à Cannes en 2008 avec 24 City un quasi documentaire sur une ville minière rachetée par les promoteurs immobiliers. Le réalisateur reprend la thématique de la mutation brutale de son pays et l’utilise comme toile de fond de cette histoire d’amour si déséquilibrée entre Qiao et Bin.

Au-delà de cette histoire forte et de ce témoignage politique très pointu, on est également ébloui par le style du réalisateur qui a une façon bien à lui de filmer les foules et les groupes en individualisant ceux qui ne pourraient être que de simples silhouettes. Du coup vous devenez un spectateur-protagoniste.

Quant à l’actrice Zhao Tao, n’en doutons pas : c’est un prix d’interprétation féminine en puissance.

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Festival (3) : hétéro ou homo, l’amour… c’est compliqué !

Journée de mai ordinaire : moitié Festival, moitié correction de copies. Mais que les étudiants se rassurent les films de cette année étant plutôt bons, c’est un prof satisfait donc bienveillant qui corrige le soir. L’amour était le thème des deux films de la compétition du jour. Version hétérosexuelle pour le Polonais Pawlikowski, homosexuelle pour le français Honoré. Mais dans les deux cas, comme on dit sur les réseaux sociaux… c’est compliqué !

ZIMNA WOJNA  (Cold War – Guerre froide ), Pawel Pawlikowski (Pologne)

Pendant la guerre froide, entre la Pologne stalinienne et le Paris des années 50, un musicien épris de liberté qui est passé à l’ouest vit une histoire d’amour impossible avec une jeune chanteuse ambitieuse qui, elle, est restée à Varsovie.

Très vite on se rend compte que si la période n’est en effet pas très favorable aux amours est-ouest, c’est surtout par leur incapacité à surmonter l’incommunicabilité de leur couple que Zula et Wiktor condamnent celui-ci. Zimna wojna  vous l’avez compris c’est un peu Antonioni chez les polaks ! Tant qu’il y a des rideaux de fer à surmonter l’amour semble possible mais quand on est face à face il n’y a plus rien. Ce beau film en noir et blanc (très à la mode cette année à Cannes) – où on aperçoit la sublime Jeanne Balibar le temps d’une petite scène savoureuse – s’inscrit dans la lignée de L’Avventura  ou de La Notte. En plus slave.

PLAIRE, AIMER ET COURIR VITE  Christophe Honoré (France)

Chaque année, c’est devenu une habitude, le Festival présente un film sur les années Sida vu à travers le prisme de la communauté homosexuelle. Nous sommes en 1990, l’étudiant Arthur rencontre Jacques un écrivain de 15 ans son ainé. Une histoire d’amour se noue avec difficulté entre les deux hommes alors même que pointe à l’horizon le spectre de la maladie de l’aîné.

Le film de Christophe Honoré  est un peu le complément de 50 battements par minute présenté ici même l’an dernier. Arthur, Jacques et leurs amis ne sont pas des militants (l’un d’entre eux s’étonne même qu’on puisse aller à une réunion d’Act Up). Ce sont des hommes d’une sorte de société civile homosexuelle qui vivent plutôt mal la menace de la maladie tout en l’acceptant presque avec résignation.

Dans la dernière partie du film, le jeune Arthur, par son aplomb, son absence de complexes et sa générosité, semble toutefois incarner une nouvelle génération qui pourra aborder l’avenir avec plus d’espoir.

 

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