Six mariages et un PACS : l’amour plus fort que le Covid…

De plus en plus de mariages sont l’occasion (ou le prétexte) de fête surdimensionnée souvent un peu (beaucoup) « m’as-tu-vu » nécessitant une organisation de plusieurs mois et un investissement financier disproportionné. On m’a même rapporté l’histoire d’un couple qui avait acté sa séparation mais maintenu la cérémonie selon eux impossible à déprogrammer.

Rien de tel avec la Covid qui oblige à des cérémonies minimalistes avec des jauges réduites et des gestes barrières omniprésents (à l’exception de l’officiant et des mariés tout le monde est masqué). C’est dire si les six couples que j’ai mariés avec bonheur, bonne humeur et émotion, la semaine dernière n’avaient d’autres objectifs que de s’unir sous le patronage bienveillant de Marianne. Pour Armandine et Jacques, Lalia et Tamer, Violaine et Guillaume, Faouzia et Bras-Eusebio, Christine et Serge, Malvina et Romain, l’amour a été plus fort que la Covid, les sentiments l’ont emporté sur le théâtre social. Et ils se souviendront toute leur vie de ce petit moment intime sans chichis, ni falbalas…

Même remarque pour Laure et Sébastien qui m’ont donné l’occasion de célébrer mon premier PACS. Ce fut pour moi une séquence nostalgie par rapport à cette institution pour laquelle j’avais tellement milité sous le gouvernement de Lionel Jospin dans un contexte d’affrontement au sein d’une société très divisée (comme cela est désormais lointain : qui aujourd’hui contesterait le PACS ou même le mariage pour tous ?)

Dernière remarque en forme de sourire : que « mes » mariés ne s’imaginent pas être des pionniers en matière de minimalisme matrimonial (je pense particulièrement à Christine et Serge qui se sont mariés sans public et avec des seules témoins qui étaient… leurs filles !) En effet votre serviteur a réussi avec Dominique l’exploit de se marier avec la seule adjointe au maire. En effet le 26 décembre de cette année-là à midi, il nous avait été impossible de trouver dans la mairie déserte de cette ville du Nevada des témoins de passage. Pas plus que dans la rue voisine. Ce fut donc un mariage sans participants. Et parfaitement valable dans la durée, je vous l’affirme…

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Avec « Les Hommes de Mains », le TFG anticipe

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Vendredi après-midi, il n’était pas question que je rate la captation du nouveau spectacle de la compagnie « Les hommes de Mains », TAF, Tout à faire dans notre théâtre Francis Gag. Cette collaboration avec la compagnie que nous avons eu en résidence en janvier est en effet significative de l’activité du TFG pour encourager la création tout en anticipant la fin de la période actuelle.

Mis en scène par Joris Frigerio, TAF est un spectacle total. Cinq jeunes acrobates circassiens (Matthieu Bethys, Ismaël Fernandez Grabalosa, Rémy Ingrassia, Coline Mercier, Sonja Zantedeschi) expriment dans des séquences d’une grande beauté plastique la douleur au travail exposée sur écran par des témoins victimes de burn-out. Le jeu de questions-réponses provoque une réelle émotion car jamais les interprètes ne sont dans l’illustration. Ils nous offrent une interprétation corporelle époustouflante de la souffrance exprimée par les témoignages. Le travail du bouillant Joris Frigerio, tempéré par la zénitude de Marine Larat, est remarquable par son inventivité et sa sobriété .

Ajoutons que ce sujet grave est traité sans jamais se laisser entrainer à la facilité du manichéisme. Quant à la séquence finale, elle esquisse une solution ou au moins suggère une direction du côté de la CNV (Cessez d’être gentil, soyez vrai !) : au spectateur de décider s’il emprunte ce chemin …

Et un grand merci à Jennifer Moreau pour avoir si bien facilité l’aventure.

PS: en fait dans la distribution Francisco Alvares Jara était le 12 ème homme, suite à une blessure d’Ismaël, et chacun sait que c’est souvent le 12 ème homme qui fait gagner le match !

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Quatre constats simples et incontestables sur la crise de la Covid

Par ignorance et modestie je me suis abstenu de commenter la crise du Covid depuis mars. Quand je récapitule le nombre d’âneries délivrées par des imbéciles pontifiants, je me dis que c’est une attitude qui aurait gagné à être généralisée. Mais la crise est désormais suffisamment ancienne pour qu’on puisse au moins faire des constats. En voilà quatre qui me semblent assez incontestables.

1 – Non, ce n’est pas mieux ailleurs

Le bilan du gouvernement français a son compte d’erreurs, d’approximations et de stratégies plus ou moins foireuses mais, pour autant, avons-nous été plus mauvais que les autres ? On ne peut pas le penser. A l’arrivée des deux premières vagues de pandémies, les pays comparables à la France ont à peu près le même bilan et utilisé au final les mêmes remèdes. Le cas de l’Allemagne de ce point de vue est tout à fait éclairant. Celui de la Suède aussi. Seuls quelques pays asiatiques ont réalisé de meilleures performances mais au prix de méthodes qui ne sont pas acceptables en Europe. Cela dit, le gouvernement doit faire preuve de modestie en ne faisant pas – comme le Premier Ministre dans ses dernières interventions – de la France, la championne de la deuxième vague. Attention à l’effet boomerang !

2La France réalise le meilleur accompagnement économique et social de la crise

Au vu de ce qui se passe dans les pays voisins ou en Amérique du Nord, ce constat est aussi incontestable. D’ailleurs il est significatif que les partis d’opposition (notamment de gauche) concentrent leurs critiques sur le volet sanitaire de la crise et pas sur le social. Il n’en demeure pas moins que cette politique justifiée laisse entière et pour demain la question de son coût. Ce sera probablement le débat majeur de l’après crise et à ce moment là il ne faudra pas oublier le consensus d’union nationale qui a soutenu les mesures gouvernementales.

3 – La vaccination n’est pas un mais le seul moyen de sortir de la pandémie

C’est pour cette raison que dans le monde entier toutes les opinions publiques ont salué l’exploit des scientifiques qui ont trouvé si vite des solutions. Tout le monde sauf la France, où même le gouvernement a donné le sentiment d’aller à reculons pour la campagne de vaccination. Il faut dire que la lâcheté du monde politique a été sur ce point assez général. Heureusement que d’autres pays que le pays de Pasteur ont courageusement lancé le processus. Heureusement en deux semaines la France a réagi et ne fait plus bande à part.

4 – Le passeport sanitaire est la conséquence logique de la pandémie

Ce passeport sanitaire qui fut évoqué et retiré en une demi-journée par un gouvernement décidément peu courageux est en fait une évidence. Celle qui rend obligatoire 11 vaccins infantiles, celle qui nous oblige à différents vaccins quand nous voyageons. En tout cas, tant que la Covid avec ses différents variants ne sera pas totalement éradiqué, on ne peut pas considérer que le droit de contaminer est une liberté fondamentale. De toute façon, aucun responsable de lieux publics ne prendra le risque juridique de ne pas user de toutes les précautions en la matière. Ce n’était donc pas la peine de faire des effets de tribune contre une mesure de bon sens.

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Site « Cultivez-vous, Nice » : Sosno squatte l’Antique !

La dernière livraison du site CULTIVEZ-VOUS concocté par la DGA culture et Adèle Faustinien est centrée sur l’exposition Sosno au Musée Archéologique de Cimiez.

Cela fait des années que l’ami Bertrand Roussel, double directeur des musées d’Archéologie et de Terra Amata, tout en développant l’activité scientifique de ces établissements, initie, invente, expérimente des rencontres improbables et inoubliables entre l’Antiquité, la préhistoire et la culture vivante. Je me souviens par exemple d’une amusante prise du pouvoir des personnages de Moya sur le site de Terra Amata.

Sosno squatte l’antique est un peu le chef-d’oeuvre de cette philosophie de la fécondation audacieuse du passé par le présent (d’habitude c’est plutôt l’inverse).

L’exposition en extérieur au milieu des ruines romaines est esthétiquement jubilatoire. Les oblitérations séduisent avec malice les vieilles pierres, nous transformant en voyeurs éblouis. J’ai eu le privilège (aie ! je vais avoir des problèmes avec les gilets jaunes…) de visiter le site juste avant l’inauguration et je conserve un souvenir ébloui de cette déambulation (voir photos ci-contre ). Petit conseil pour surmonter provisoirement les désagréments de la fermeture Covid du site : promenez-vous dans la partie du jardin des Arènes qui est limitrophe du site archéologique et vous allez apercevoir les couleurs vives des oeuvres de Sosno au milieu des fouilles. Vous pouvez même ensuite pique-niquer avec les tourtes et gâteaux de l’excellent kiosque du jardin. Accompagné d’un petit rosé bien sûr.

Mais le plus troublant est quand même la partie intérieure de l’exposition, là où les oeuvres du maître sont exposées au milieu des objets antiques créant une véritable faille spatio-temporelle tant l’osmose entre les deux productions est totale.

CULTIVEZ-VOUS propose toute une série de rubriques autour de l’événement pour faire patienter le public en ces temps de Covid. Il faut voir le joli petit film de Jean-Claude Faucher tourné sur place, l’interview incontournable de l’épouse de Sosno, la passionnée (et passionnante) Mascha, et le beau dialogue entre le maître des lieux Bertrand Roussel et Carolina Guerin-Mareschi qui fut dans une autre vie une de mes brillantes étudiantes. Et plein d’autres surprises.

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Les caméléons du vaccin

Que les choses soient claires, le début de la campagne de vaccination est un échec et même un fiasco. Avoir par faiblesse donné des gages aux anti-vaccins en laissant supposer que leur prudence était légitime et même scientifiquement fondée était une erreur majeure qui n’a fait qu’augmenter le sentiment de défiance dans la population. Sans oublier le « comité citoyen » pour couronner le tout .

Mais que dire de l’attitude des oppositions, de l’extrême gauche à l’extrême droite en passant par les partis soit disant « de gouvernement » : une armée hétéroclite de caméléons.

Dans un premier temps, ces responsables politiques pourtant presque tous persuadés de la nécessité du vaccin se sont bien gardés de saluer et de promouvoir la campagne de vaccination afin de ménager une opinion publique considérée comme une future réserve électorale. Le silence fut assourdissant.

La seule manifestation des oppositions a au contraire consisté à défendre les anti-vaccins sur la question du passeport sanitaire, celui ci étant considéré comme une atteinte majeure à la liberté. En fait cela a consisté à élever le droit de contaminer les autres au rang de droit de l’Homme. Le gouvernement, une fois de plus, a cédé en moins d’une journée.

Mais le meilleur restait à venir. Constatant que partout – absolument partout – dans le monde, le vaccin est célébré comme LE remède et que les premiers millions de vaccinations se sont déroulés sans incident notable, les oppositions se sont mises à anticiper un probable retournement de l’opinion devant l’évidence. Du coup, changement de couleurs chez nos caméléons : on squatte les plateaux télés pour stigmatiser le retard pris par la France en matière de vaccination.

Le pouvoir actuel n’aura pas à l’évidence l’oscar de la meilleure gouvernance mais avec de telles oppositions en face de lui il n’a pas vraiment à s’inquiéter pour son avenir électoral.

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Dieu, le foot et Johan Cruyff

En Espagne, les 22 joueurs d’un match de foot font un signe de croix avant d’entrer sur le terrain. Mais si ça marchait, il n’y aurait que des matchs nuls

Cette remarque du grand joueur de football Johan Cruyff (qui a beaucoup joué et entrainé en Espagne) est bien plus qu’une boutade. Elle nous interroge ( en fait beaucoup plus les croyants que les athées) sur la nature de la relation des humains à Dieu.

Elle peut même emprunter une tonalité plus grave: ainsi l’étonnement de mon père, dans les divers camps de concentration par où malheureusement il est passé , devant des prêtres allemands qui priaient pour la victoire.

En clair et pour en revenir aux propos plus badins de Johan Cruyff : si Dieu existe peut on l’interpeller et quémander des hochets pour son propre compte comme à un vulgaire Balkany ? La réponse est – si j’ose dire – d’une simplicité biblique !

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Top séries : 137 séries pour 106 participants et à la fin… Downton Abbey

Vous êtes donc une centaine à avoir joué le jeu en m’envoyant par FB, messages privés et SMS vos tiercés-séries pour les plus disciplinés, une proposition unique, ou un bouquet (très) garni pour les autres.

Du coup, je pouvais publier un TOP 137 assez spectaculaire. Pour des raisons pratiques, on va se contenter d’un TOP 20 d’une lecture moins fastidieuse, mais je suis dispo pour vous donner le rang exact d’une série ne figurant pas dans les 20 premières.

Voila la liste avec chaque fois entre parenthèses un premier chiffre qui indique le nombre de points obtenus et un second qui rappelle le classement de la série dans mon TOP 50 :

1 – DOWNTON ABBEY (40 – 28)

2 – FRIENDS (37 – 6)

3 – LE PRISONNIER (33 – 2)

4 – TWIN PEAKS (31 – 4)

5 – PEAKY BLINDERS (30 – 24)

6 – BREAKING BAD (29 – 8)

DESPERATE HOUSEWIVES (29 – 37)

8 – SIX FEET UNDER (27 – 1 )

9 – LA SERVANTE ÉCARLATE (26 – 19)

10 – ALLY McBEAL (25 – 5)

11 – ROME (23 – 14)

12 – LE BUREAU DES LÉGENDES (22 – 16)

13 – LES TUDORS (21 – 31)

14 – LE VILLAGE FRANÇAIS (20 – 15)

15 – LES ENVAHISSEURS (19 – 33)

16 – THE WEST WING (18 – 3)

17 – BARON NOIR (16 – 34)

18 – SEX AND THE CITY (15 – 9)

19 – DALLAS (14 – 50)

BORGEN (14 – NC)

Notons que Borgen est la seule série de ce top 20 qui ne figurait pas dans mon classement. De même que BATTELSTAR (23e) et THE CROWN (24e) placés assez haut dans votre classement.

Par ailleurs, l’extrême diversité des goûts et des choix se manifeste par le fait que 11 séries ont été citées une seule fois mais comme choix no 1 : les deux espagnoles de Netflix, LA CASA DE PAPEL et LES DEMOISELLES DU TÉLÉPHONE, deux HBO récentes, TCHERNOBYL et RAISED BY WOLVES, des classiques comme VAMPIRES DIARIES, THE OFFICE, et SONS OF ANARCHY, mais aussi PENNY DREADFUL, MUM, V, et la japonaise ALICE IN BORDERLAND.

Après l’aventure 50 films et l’aventure 50 villes ainsi s’achève l’aventure 50 séries. Merci pour le partage.

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Mes 50 meilleures séries : ma première est six pieds sous terre

La série raconte le quotidien d’une famille, les Fisher, qui est à la tête d’une société de pompes funèbres à Los Angeles, Fisher & Sons, fondée par le père de famille Nathaniel Fisher. Comme souvent aux USA, l’entreprise est au sous-sol de la maison d’habitation et la famille vit entre l’atelier de préparation des cadavres et la salle d’exposition des corps dans une proximité perpétuelle avec la mort. Nathaniel disparait à la suite d’un accident et ses deux fils, Nathaniel Jr, qui a toujours dit ne jamais vouloir prendre la suite de son père, et David, homosexuel introverti, reprennent l’entreprise familiale dont ils viennent d’hériter ; Ruth, sa veuve, veut sortir de l’ombre et assumer son rôle de femme ; Claire, adolescente un brin gothique et benjamine de la famille, s’efforce de trouver sa voie.

Chaque épisode commence par une courte séquence expliquant la mort du cadavre qui sera traité par la maison Fisher pour la séquence, ce qui donne l’opportunité de plonger dans des univers très différents.

Dans le nid douillet et glauque de leur petit Funeral home famlilial, les Fisher sont toujours en pleine crise et au fil des épisodes on comprend bien que cet environnement si particulier finit par les déglinguer .

Nate, le veuf halluciné, Ruth, la mère immature, David, l’homo parano, et Claire, l’artiste macabre, assument tant bien que mal tant bien que mal leur concubinage avec la mort sale. Celle des sous-sols des morgues et des toilettes mortuaires. Dans ce cadre – on peut l’imaginer – les névroses vont bon train…

Mais, malgré tout, les Fisher résistent. Ils résistent au désespoir, ils résistent à la fatalité, ils résistent à l’absence. Cette résistance finit par révéler l’humanité profonde de leurs personnages, qui nous font comprendre que la mort est le prix à payer parce qu’elle est l’exact envers de la vie.

Six feet under est probablement l’exemple le plus flamboyant de ce genre à part qui se développe depuis quelques années dans l’univers artistique de l’audiovisuel : « la série télé formatée HBO », du nom de la chaîne à péage Home Box Office, spécialisée dans les séries télés haut de gamme. D’ailleurs ce n’est pas un hasard si 12 des productions de la chaine figurent dans mon top 50.

Mais toute sélection peut nourrir des regrets. A la réflexion j’aurais pu faire à la marge d’autres propositions.

Ainsi une autre série HBO : En analyse avec la magnifique performance d’acteur de Gabriel Byrne en psychanalyste. Ainsi la fascinante première saison de la série de Canal Plus Les revenants qui n’a pas tenu ses promesses. Ainsi Better call Saul la série dérivée de Breaking Bad que j’aurais dû traiter à part entière dans ce classement (et probablement dans le top 15). Mais dans l’ensemble, j’assume et j’attends avec impatience votre propre tiercé-séries avant dimanche 18 h.

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2021

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Mes 50 séries préférées : ma deuxième est numéro 6

2 – LE PRISONNIER (Patrick McGoohan et George Markstein – ITV – 1 saison 17 épisodes de 52 mn – Royaume-Uni)


Pour la plupart, les séries TV des années cinquante, soixante et soixante-dix, ancêtres de nos modernes HBO (Chapeau melon et bottes de cuirAmicalement vôtreMission impossible, par exemple), ont plutôt mal vieilli. Une exception toutefois avec Le prisonnier, diffusé en 1967 sur la BBC : une série tellement avant-gardiste que le chef-d’oeuvre de Patrick Mc Goohan fut interrompu par la chaîne après le dix-septième épisode pour cause d’incompréhension du grand public (déjà l’audimat !). Pourtant cette métaphore flamboyante est bien l’œuvre « télévisionnaire » annoncé par la publicité de l’époque.

« Numéro 6 » (Mc Goohan himself) est un agent secret démissionnaire et vaguement britannique… mais de cela on n’est pas très sûr. Depuis cette rupture que le générique nous suggère orageuse, il est retenu dans un étrange village peuplé de personnages à la politesse mécanique – « Bonjour chez vous ! » –, aux vêtements ridicules, et amateurs de loisirs collectifs gnangnan : une sorte de Club Méd pour rentiers lobotomisés. En fait, cette mise en scène aurait pour but de lui faire avouer quelques mystérieux secrets.

C’est qu’on ne peut pas échapper à ce lieu aseptisé. Si l’envie vous saisit de prendre la poudre d’escampette, une mystérieuse structure molle en forme de ballon blanc vous aspire et vous ramène à la fois à la raison et… à la maison numérotée qui vous est attribuée.

Mais, indomptable, Numéro 6 fait de la résistance en s’attaquant à un Numéro 2 multiforme qui change d’identité à chaque épisode. Le numéro 1 quant à lui ne se dévoilera qu’au dernier épisode… mais chut !

Politique, religion, médias, éducation, l’opium du peuple a toutes les formes dans cette société oppressive qui transforme ses sujets en morts-vivants souriants. Et comme Numéro 6 veut résoudre l’énigme métaphysique du village en gardant ses secrets tout en revendiquant son individualité, il sera impitoyablement réprimé.

Mais jamais il n’abdique son humanité comme le prouve le « cultissime » dialogue que les fans de la série connaissent par cœur :

– Où suis-je ?
– Au village.
– Qu’est ce que voulez ?
– Des renseignements.
– Dans quel camp êtes-vous ?
– Vous le saurez en temps utile… nous voulons des renseignements… des renseignements… des renseignements…
– Vous n’en aurez pas !
– De gré ou de force vous parlerez.
– Qui êtes-vous ?
– Je suis le nouveau Numéro 2.
– Qui est le Numéro 1 ?
– Vous êtes le Numéro 6.
– JE NE SUIS PAS UN NUMÉRO, JE SUIS UN HOMME LIBRE !

Portmeirion, au nord-ouest du Pays de Galles, est un lieu de pèlerinage pour les inconditionnels (comment ne pas l’être ?) de la série. En 2018, c’est avec une certaine excitation que nous avons sacrifié à ce Compostelle à la gloire de Patrick McGoohan.

En effet, Le Prisonnier a été tourné en décors réels dans le village de Portmeirion, véritable délire architectural de l’artiste gallois Sir Clough Williams Ellis.

Quel bonheur de se promener dans ce village aux couleurs vives et au style ô combien éclectique en imaginant le fameux numéro 6 élaborant un énième stratagème pour échapper  aux sortilèges de la mystérieuse organisation qui veut lui soutirer les fameux renseignements dont il serait détenteur. A aucun moment, on n’éprouve la déception qui est souvent au rendez-vous quand vous visitez des studios de cinéma (Old Tuckson par exemple pour la plupart des westerns américains). C’est qu’ici les décors sont authentiques et ont nourri le scénario de la série. Sans oublier la beauté du site géographique dans l’estuaire de Traethbach sur la baie de Tremadog qui se transforme d’heure en heure sous l’effet des marées. Il me semble bien y avoir aperçu la facétieuse boule blanche qui inlassablement ramène le prisonnier après ses multiples tentatives d’évasion.

Tout est bien là : les façades rococos, le campanile, l’échiquier géant, le bassin fleuri autour duquel les habitants du village tournaient en procession, l’hôpital (même si maintenant c’est un hôtel : il faut bien vivre !), le faux bateau, le petit bois aux secrets…

Alors Bonjours chez vous ?

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