Le singulier Président de la 5e République

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Avoir programmé comme thème pour notre « Vendredi du PRG » de décembre Le Président de la 5e République : élément de stabilité ou obstacle à la démocratie, au lendemain du séisme provoqué par le renoncement de François Hollande, était assurément une belle anticipation.

Ce fut l’occasion pour moi de rappeler comment cette Constitution, née dans l’ambiguïté, est restée un objet juridique et surtout politique non identifié totalement atypique dans le monde démocratique avec son Président irresponsable doté de très importants pouvoirs. Un Président qui à l’évidence est plus un obstacle à la démocratie qu’un élément de stabilité.

patoch-1Sans oublier cette particularité, toujours d’actualité malgré le quinquennat, d’un régime politique qui change de nature en fonction du résultat des élections. En cas de correspondance entre majorité présidentielle et majorité parlementaire, on a un présidentialisme à la française avec un « hyper-Président » qui décide de tout, en cas de non correspondance, un parlementarisme dualiste trompeur qui est en fait la « bunkerisation » de deux camps au sommet de l’Etat.

Rayon de soleil dans l’eau froide d’une constitution décidemment bien mal foutue : la montée en puissance du Conseil Constitutionnel, seul véritable contre-pouvoir en cas d’hyper-Présidence.

patoch-2Quant à la 6e République fantasmée par beaucoup, elle consisterait à revenir au régime parlementaire classique (en gardant l’élection au SUD d’un Président cantonné à son rôle d’arbitre). En fait, ce retour en arrière qui serait un grand progrès exigerait un certain courage politique. A priori, il ne faudra pas compter sur les candidats à l’élection de 2017 pour avoir ce courage-là.

À moins que les résultats et une nouvelle situation politique nous obligent à faire une révolution institutionnelle à chaud. Ça tombe bien, cela aussi est une spécialité française…

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Eugène Whelan et les visiteurs d’Amherstburg

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Cette année-là (1988), nous avions prévu d’achever notre périple canadien dans le Sud-Ouest de l’Ontario, plus précisément à Amherstburg une petite ville située sur l’embouchure de la rivière Détroit et proche de la frontière américaine.

C’est que nous étions invité par une étudiante rencontrée quelques semaines plus tôt à Nice dans le contexte d’une des multiples campagnes électorales auxquelles il nous a été donné de participer (il me semble que c’étaient des législatives…).

A peine arrivés dans la confortable maison familiale, le maître de maison, un grand gaillard plutôt débonnaire se mit à poser de très nombreuses questions sur la vie politique française. Cathy, l’étudiante, nous avait prévenus : son père avait fait beaucoup de politique et était un passionné.

Après un plantureux repas (nous sommes dans une région agricole) et quelques dizaines de questions, on nous proposa la chambre d’amis tout en précisant que cette pièce avait vu défiler de nombreux visiteurs étrangers. La chambre décorée en style ruralo-rococo était très spacieuse. Sur les murs de nombreux portraits en noir et blanc. Dans cette galerie d’inconnus certains visages nous semblent plus familiers. Sans plus.

Mais depuis Montréal la route avait été longue (plus de 900 kilomètres) et nous nous endormîmes sans approfondir les quelques mystères qui avaient plané sur cette singulière soirée.

Ceux-ci furent percés le lendemain dès le breakfast quand le père de Cathy m’offrit sa propre biographie dédicacée. Notre hôte n’était autre qu’Eugène Whelan, le ministre fédéral de l’agriculture de Pierre-Eliott Trudeau de 1972 à 1984. Un ministre haut en couleur qui était devenu une légende au Canada avec son franc parlé et son fameux Stetson vert qu’il portait en toute occasion.

Quant aux portraits de la chambre, nous eûmes des précisions au moins pour deux d’entre eux : le premier était celui d’un certain Mikaïl Gorbatchev alors jeune ministre de l’agriculture de l’URSS, le second celui de Karol Wojtila qui n’était pas encore Jean-Paul II mais archevêque de Cracovie. Les deux avaient été invités à Amherstburg et avaient eu les honneurs de la chambre des invités étrangers.

Autant dire que, les trois nuits suivantes, le sommeil fut difficile à trouver. Et nous ne savions pas encore que les politiques conjuguées des deux illustres visiteurs aboutiraient un an et deux mois plus tard… à la chute du mur de Berlin.

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Paris est (toujours) une fête

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Même au cours d’un séjour express, comme c’était le cas ce week-end pour la Convention nationale du PRG, se balader dans Paris permet toujours, ne serait-ce qu’en quelques heures, de découvrir de nouveaux horizons ou de respirer de nouvelles ambiances.

Ainsi, ces deux jours, j’ai découvert la joyeuse rue Crémieux dans le 12e arrondissement qui est considérée comme la plus… colorée de Paris. En un raid éclair effectué pourtant de nuit, j’ai pu vérifier que ce qualificatif n’était pas usurpé et que les multiples façades de toutes couleurs à la lumière des réverbères donnaient à l’ensemble, en ce début d’hiver, une atmosphère à la fois intimiste et mystérieuse.

Dimanche matin, ce fut dès l’aube le lent lever de soleil sur les quais de la Seine entre Bercy le ministère et la très grande bibliothèque François Mitterrand. En contrebas le fleuve silencieux s’écoulait entre ces symboles de ville-capitale tout en attendant la caresse un peu rude du premier rayon.

Enfin, ce fut, avec une conseillère municipale niçoise, le tour du lac Daumesnil dans le bois de Vincennes à la recherche des fantômes de Bobet et Anquetil enchaînant les 55 tours de lac lors de « La roue d’or » organisée chaque automne jadis. Un petit détour aussi par la Rotonde et la grotte de l’île de Reuilly et par l’incroyable ambiance africaine de la place de la Porte Dorée avec ses palmiers.

Oui, Paris même en coup de vent est (toujours) une fête ! Ernest avait raison.

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Sylvia Pinel avant Fillon

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Si François Fillon est désormais candidat officiel à l’élection présidentielle (au titre du parti « Les Républicains » (car Dupont-Aignan et Bayrou seront peut-être dans la course), il n’était pas le premier candidat du week-end car, dès samedi, Sylvia Pinel a été investie par la Convention Nationale du PRG.

Convention très dense car il s’agissait, après avoir débattu de l’avant-projet en matinée, d’arrêter une stratégie présidentielle. Une partie importante des délégués, dont mon ami le député Joël Giraud, ont appuyé la candidature d’Emmanuel Macron, estimant que celui-ci représentant le centre gauche, il était capable d’éviter un deuxième tour Fillon/Le Pen. La majorité des délégués était quant à elle favorable à une candidature PRG naturellement incarnee par sa présidente Sylvia Pinel.

Par contre, pour certains, dont Roger-Gérard Schwartzenberg, le président du groupe PRG à l’Assemblée Nationale, et la Fédération des Alpes-Maritimes (une majorité de militants s’était prononcé en ce sens), cette candidature devait passer par les primaires organisées par le PS afin d’éviter une trop grande dispersion. Cette démarche n’a pas été retenue par la majorité des délégués qui craignaient la logique de la primaire : une fois inscrit dans le processus, on est obligé de soutenir dès le premier tour de l’élection, le vainqueur de la primaire. En l’état actuel des choses, beaucoup ne voulaient pas prendre le risque d’être obligés de soutenir Montebourg (ou – accident industriel – Hamon) alors même qu’il y aurait d’autres candidats plus proches de nos valeurs radicales dans ce premier tour.

C’est ainsi que Sylvia Pinel a été investie par la Convention sur la base d’une candidature directe. Cela dit, il y a encore beaucoup d’inconnues (Hollande ou pas Hollande, Valls ou pas Valls, Taubira ou pas Taubira, percée électorale ou non de Macron, etc.) et rien ne me semble gravé dans le marbre.

patrick-mottard

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Primaire de la droite : Thatcher contre Chirac

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Quelques réflexions à chaud après le débat :

– Une fois n’est pas coutume mais on peut féliciter les journalistes Alexandra Bensaid, Gilles Bouleau et David Pujadas pour le cadrage du débat, la pertinence de leurs questions et parfois même – ce qui est rare à la télévision française – l’utilisation d’un minimum de droit de suite.

– Les deux finalistes de la primaire de la droite sont… de droite. Leurs propositions sur les retraites, le temps de travail, la sécurité sociale, la fiscalité et la fonction publique sont 10 fois plus clivantes que les réformes du gouvernement actuel y compris celles qui ont provoquées de nombreuses manifestations. Il faudra s’en souvenir au moment des choix ultimes.

– Sur la baisse des effectifs de la fonction publique, on était bien dans l’idéologie car aucun des deux n’a vraiment expliqué quels secteurs seraient concernés (Fillon avec sa baisse de 500 000 fonctionnaires étant en pole-non position sur la question).

– Il est évident que le programme de Fillon est deux fois plus radical que celui de Juppé. Economiquement, le premier par son libéralisme est thatcherien, le second, par son pragmatisme est chiraquien (avec ce soir, par moments, une sorte de mimétisme physique).

– Sur les questions de société, Fillon revendique le recyclage politique de la droite conservatrice quand Juppé affirme vouloir rassembler.

– A l’international, les deux font des propositions qui s’inspirent de la politique du gouvernement actuel, peut-être parce qu’il n’y a pas d’autre possibilité (notamment sur la Syrie où un accord avec Poutine est inéluctable).

– De qui faut il souhaiter la victoire si on est un homme de gauche : sur les valeurs, Juppé incontestablement. Mais si on est un poil stratège… Bon, de toute façon, on sera spectateurs !

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Sarko K.O. : pas vraiment une mauvaise nouvelle.

Soyons clair : je ne voterai jamais au 1er tour de la Présidentielle pour François Fillon ou Alain Juppé. Pour autant, le résultat de la primaire de droite n’est pas négatif à mes yeux de démocrate.

En effet, il n’y a pas de pire ennemi de la démocratie que le populisme. Ce populisme qui a triomphé en Angleterre avec le Brexit. Ce même populisme qui a triomphé aux USA avec Trump.

En France, il est incarné bien sûr par le Front National mais aussi depuis de nombreuses années par Nicolas Sarkozy qui a fortement dégradé le débat politique en France tout en abaissant la fonction présidentielle.

Son élimination par son propre camp est donc une bonne nouvelle pour la République.

Reste à mener la mère des batailles contre le Front National. Mais cela est une autre histoire dans laquelle la gauche aura son mot à dire. Et le programme social du candidat arrivé en tête de la primaire de la droite risque de transformer ce souhait en impérative nécessité.

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Estrosi, la République et le PRG

Photo 2014

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« Si Saint Louis rendait la justice sous un chêne, le Garde des Sceaux la rend comme un gland ».

Cette phrase n’a pas été prononcée autour du zinc du Café des Platanes mais par Christian Estrosi à la tribune de la Métropole qu’il préside à l’encontre d’un Garde des Sceaux dont chacun s’accorde à dire qu’il fait plutôt bien son travail (mais là n’est pas la question…).

Si le but est d’abaisser la République et d’encourager les populismes imbéciles, on peut dire que le Président de la Métropole a fait carton plein. Attitude d’autant plus indigne qu’il y a quelques mois à peine le même personnage faisait appel aux valeurs de cette même République pour que la gauche vote pour lui au deuxième tour d’une élection régionale qu’il aurait perdue sans elle.

Par contre, quelle fierté pour le Président PACA du PRG que de constater que c’est l’unique représentante des radicaux dans cette assemblée (très majoritairement à droite mais où siègent par exemple quelques maires de gauche) qui a réagi en séance à une telle indignité. Elle l’a fait sans emphase mais avec la sévérité qu’il convenait.

Quant au fond de l’affaire, l’implantation de la nouvelle prison de Nice, il révèle une fois de plus que Christian Estrosi a du mal à ne pas franchir la ligne rouge quand il sait qu’il a tort sur un dossier.

On avait pu le constater par son attitude sur le dosssier El Nour, cette mosquée financée par l’Arabie Saoudite finalement inaugurée à cause de ses nombreuses incohérences. On peut le vérifier ici sur le dossier de la prison qu’il n’a pas osé régler ces dernières années et qui lui revient comme un boomerang en pleine figure.

Ce n’est pas une raison pour faire du Trump ou du Le Pen Jean-Marie…

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Juppé et la Coupe de France

Il faut reconnaître que le dernier débat de la Droite fut d’assez bonne tenue. Mais il fut parfois un peu ennuyeux tant les sept protagonistes disaient à peu près la même chose. Sur le fond, cela donne des propositions… de droite sur le plan interne et la volonté de poursuivre l’action du gouvernement actuel en politique étrangère (avec toutefois un rapprochement pragmatique plus affirmé avec Poutine – position que je partage même si elle ne m’enthousiaste pas vraiment).

Du coup, la forme est devenue le seul véritable enjeu d’un faux débat. Hier soir, on distinguait très nettement deux catégories : le trio de tête et les autres. Parmi ces derniers si Coppé et Le Maire furent transparents, NKM (sur le périmètre de la fonction publique) et Poisson (sur le numérique) n’ont pas démérité.

Chez les cadors, Sarkozy a plutôt bien géré son débat même si, la nature revenant au galop, il a donné l’impression qu’il pensait être toujours (ou déjà) Président, convoquant l’Europe et licenciant Pujadas d’un regard assassin.

Fillon a été un ton en dessous de ses prestations précédentes car, paradoxalement, lui, le candidat « du sang, de la sueur et des larmes », fut accusé – à juste titre – de démagogie.

Reste Juppé qui dégageait une certaine sérénité en ne disant pas grand-chose sur le fond.
Il était un peu dans la position d’un club de L1 qui mène 1 à 0 en deuxième mi-temps d’un match de Coupe de France contre un club amateur : certes la tendance est bonne mais attention à l’égalisation surprise et à l’éprouvante épreuve des penalties qui s’en suivrait.

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Les femmes savantes s’affranchissent

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Ce samedi, j’ai assisté au théâtre Francis Gag à un étonnant Karenine Anna produit par l’association Fox’Art. Pendant deux heures, nous avons été transportés dans l’atmosphère si particulière de la Russie prérévolutionnaire par cinq comédiens incarnant l’œuvre monumentale de Tolstoï, à la fois avec sobriété et brio, dans un décor minimaliste. Ce fut l’occasion pour moi de juger l’excellent travail d’Elonor Ferry, la comédienne, et de Solenn Gaune en tandem avec Mégane Ferracane, les communicantes. Toutes les trois ont été mes étudiantes il y a peu.

Ce dimanche c’est à la Générale du spectacle de mes amis du Petit théâtre des Affranchis Les femmes savantes au Théâtre de l’Eau vive que je me suis régalé.

« Moderniser » ou « dépoussiérer » Molière n’est pas chose aisée. C’est pour cela que la réussite de Didier Veschi, le metteur en scène, est à saluer. Avec lui, Les femmes savantes sont jouées en costumes contemporains et de nombreuses trouvailles de mise en scène mettent en éveil la curiosité du spectateur de 2016 (la chanson de Renaud Les bobos, l’allusion à la faillite d’une grande banque, référence cinématographique avec le personnage d’Ariste joué façon Marlon Brando dans Le parrain par un Philippe Testori hilarant, et le valet, incarnation saisissante du Léon de Besson – pour son premier rôle Philippe Sireix a beaucoup de présence).

Bien sûr, au-delà de cet audacieux parti pris, la pièce de Molière reste la pièce de Molière avec son superbe texte, ses personnages iconiques et… ses ambiguïtés politico-sociales ! (les femmes à la cuisine et le monde tournera rond !)

En plus de cette mise en scène jubilatoire mais parfaitement dosée, c’est aussi à la qualité de l’interprétation – la marque de fabrique des Affranchis – que l’on doit la réussite de la pièce.

Bernard Gaignier renouvelant sa performance du Malade Imaginaire incarne un Chrysale très humain malgré/à cause de son incroyable lâcheté domestique.

Frédérique Grégoire avec sa Philaminte invente un nouveau style : celui de la pimbêche classieuse !

Zoé Concas (Henriette), comme dans Marivaux, arrive à donner une gouaille très XXIe siècle à un personnage classique sans que ce mariage relève du procédé.

Lucile Fremout (Armande) rend attachante cette sœur aînée tellement frustrée (un rôle de composition assurément !)

Huguette Veschi en Belise donne de la folie à son personnage d’érotomane aveugle.

Guillaume Severac (Clitandre) recueille une fois de plus toute mon admiration car se farcir les rôles de jeunes premiers dans Molière ce n’est pas un cadeau ! Il s’en tire une fois de plus avec élégance.

Lionnel Bouttau quant à lui, est un Trissotin d’anthologie. Il transforme l’escroc mondain en gourou limite psychopathe (il est tellement inquiétant que sa victime Henriette se met à parler… allemand ! très jolie scène !) Une révélation !

Elliot Trotereau a hérité d’un double rôle. Il est à la fois Vadius l’intello efféminé et… le notaire. Il s’en tire très bien et mérite donc un double cachet.

Arielle Santonci joue Martine un des avatars de la servante de Molière. Pour sa première prestation de comédienne, elle joue le rôle d’une manière très personnelle. La donneuse de leçon un peu vulgaire fait place à une femme-témoin effarée par les turpitudes du monde. Prometteur.

Bon, vous avez compris Les femmes savantes de Molière et de Didier Veschi C’EST À NE PAS MANQUER !

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La position du PRG 06 sur les primaires de la droite

À gauche, les primaires de la droite entretiennent parfois de bien étranges discours. La position du PRG 06 exprimée par Dominique Boy-Mottard décevra peut-être gazetiers et commentateurs, mais elle a le mérite d’être logique et de ne pas rajouter de la confusion à la confusion du débat politique national.

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What else ?

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