Les enfants de Poutine

Sergei Loznitsa - 1

Sergei Loznitsa à la fin de la projection

Dernière ligne droite avant la conclusion de samedi avec des films comme s’il en pleuvait (un américain, un ukrainien, un allemand et le dernier français, celui d’Ozon) et le sentiment que malgré une sélection honorable ce 70e Festival ne sera pas un grand cru.

Good time,  Josh et Benny Sadie (USA)

Deux frères dont l’un est simple d’esprit font un hold up qui tourne mal. Nick l’attardé se fait arréter et Connie cherche à le faire évader. Dans les bas fonds de New York commence une nuit pleine de rebondissements.

Un peu dans l’esprit de l’After Hours de Scorsese, le héros (Robert Pattinson) accumule les bévues et ne se révèle pas beaucoup plus opérationnel que son frère idiot. Assez rythmé, le film est parfois drôle mais reste dans le format d’un film de genre un peu banal à voir au cinéma de la plage pendant les vacances.

Une femme douce (Krotkaya), Sergei Loznitsa (Ukraine)

Une femme reçoit le colis qu’elle a envoyé quelque temps plus tôt à son mari prisonnier. Inquiète, elle décide de se rendre à la prison dans une région très reculée de Russie afin d’obtenir des informations. Sur place, commence un long chemin de croix où elle sera bousculée, humiliée et menacée.

Krotkaya est la version hard du film Nelyubov présenté le premier jour du festival. Dans les deux cas, il s’agit de faire la radiographie de la Russie souffrant plus que jamais des miasmes du communisme tout en se vautrant dans un nationalisme des plus obtus. Le film de Loznitsa commence comme un long documentaire en camera cachée sur la bureaucratie post stalinienne toujours en place aux marches de l’Empire où se trouve cette prison. « La femme douce » en sera le témoin avant d’en être la victime. Puis le film bascule dans l’onirisme au cours d’une longue scène assez hallucinante (entre Fellini et David Lynch quant à la forme) où on comprend la complexité et l’enracinement de ce nationalisme russe qui justifie toutes les dérives autoritaires qui font des victimes leurs propres bourreaux, des vrais enfants de Poutine.

La Russie contemporaine ne peut sortir immaculée de ce festival : il faut qu’un (les deux ?) film russe soit distingué.

Aus dem nichts (In the fade), Fatih Aken (Allemagne)

Katia, Allemande de souche, épouse un Allemand d’origine kurde alors que celui-ci est encore en prison pour trafic de drogue. Quelques années plus tard, le couple vit une existence paisible entre activité commerciale et vie de famille. Mais son mari et son jeune garçon vont être victimes d’un attentat perpétré par l’extrême droite. Après le deuil et l’injustice, vient le temps de la vengeance.

Cinéaste d’origine germano-turque, Fatih Akin dépasse la simple dénonciation des crimes racistes en Allemagne pour nous offrir un film plein de péripéties avec une héroïne (Diane Kruger convaincante) qui, après avoir hésité entre confiance en la justice et vendetta personnelle, va opter pour une troisième voie qui surprend le spectateur.

Une petite remarque toutefois : le terrorisme d’extrême droite bien réel n’est peut être pas le plus dangereux actuellement pour nos démocraties. Aussi on peut s’étonner que le festival, qui s’honore régulièrement d’être le miroir du monde, n’ait présenté aucun film traitant du terrorisme islamique. Autocensure politiquement correcte ?

L’amant double, François Ozon (France)

Chloé, une jeune femme fragile, tombe amoureuse de son psychothérapeute, Paul. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble, mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.

François Ozon signe un film tout à fait inattendu avec des ruptures de ton étonnantes et un final surprenant (n’en parlez pas à ceux qui n’ont pas vu le film, évitez les bandes annonces). L’occasion de retrouver Jacqueline Bisset face aux magnifiques premiers rôles, Marina Vaech et Jeremy Renier.

Cannes - 1

Publié dans cinéma | Tagué | 1 commentaire

Sofia comme papa ?

IMG_1594

La spécificité de leurs études ciblées sur l’International, la culture et le tourisme fait que mes étudiants de LEA et d’InfoCom sont souvent engagés le temps du FIF pour recevoir et encadrer les festivaliers. C’est ainsi que cette année j’en ai déjà rencontré plus d’une douzaine tous plus magnifiques les un(e)s que les autres : costume sobre et classe pour les garçons, tenue style « Courrèges » bleu ciel du meilleur effet pour les filles. Une mention spéciale pour Solenn qui le soir doit en plus continuer à gratter son mémoire de M1 qu’elle présentera en juin devant un terrible jury (je serai de la fête !)

Côté cinéma, c’était le grand jour avec le dernier film de Sofia Coppola, la fille de Francis Ford, double palme d’or à Cannes. Il est vrai que j’ai toujours suivi la carrière de Sofia avec beaucoup d’intérêt car, en 1999, j’avais eu le privilège d’assister à la première de son premier (et remarquable) film Virgin suicides dans le cadre presque intime du Palais Croisette . J’étais au troisième rang derrière papa et à deux places de Faye Denaway, amie de la famille. Autre film de la journée, le Rodin de Doillon.

Les proies (The beguiled),  Sofia Coppola (USA)

Pendant la guerre de Sécession, en Virginie sudiste, les pensionnaires d’un internat de jeunes filles recueillent un soldat blessé du camp adverse. Alors qu’elles lui offrent refuge et pansent ses plaies, l’atmosphère se charge de tensions sexuelles et de dangereuses rivalités éclatent. Jusqu’à ce que des événements inattendus ne fassent voler en éclats interdits et tabous.

Sofia Coppola est une habituée du chaud et froid (Cf. justement Virgin suicides) ou plutôt du très chaud sous le tiède. Au début le film évolue dans une atmosphère type Les quatre filles du Docteur March, à la fin on n’est pas très loin de Massacre à la tronçonneuse (j’exagère ! … pas tant que ça finalement!). Entre le soldat peu recommandable et les oies blanches un brin perverses, on ne sait plus vraiment où se trouve la morale. Si le film est souvent drôle (je vous recommande la scène de la tarte aux pommes et celle des champignons), sa philosophie est profondément pessimiste. Avec à l’arrivée un film léger quant à sa forme mais profond quant à son propos.

Alors pourquoi pas Sofia après papa Francis Ford au palmarès de Cannes ?

Rodin, Jacques Doillon ( France)

En 1880, Rodin a 40 ans et partage sa vie entre Rose sa compagne de toujours et Camille Claudel son élève et sa maîtresse.

Le challenge était difficile à relever pour Doillon car le magnifique  Camille Claudel multi-césarisé avec Depardieu et Adjani a marqué l’histoire du cinéma français. A l’arrivée, si l’on ne peut pas parler d’un échec complet, on ne peut que constater que la comparaison est cruelle pour le film de Doillon. Si Vincent Lindon campe un Rodin massif, sensuel et inspiré, sa partenaire féminine (Izia Higelin) est assez pâle. Quant au film lui-même, il démarre très lentement un peu comme un téléfilm poussif avant de trouver enfin son rythme dans la deuxième partie avec une vraie réflexion sur les mystères de la création. En fait la question qu’on peut se poser est la suivante : était-il pertinent de faire un nouveau film sur ce sujet ?

IMG_1597

Publié dans cinéma | Tagué | 1 commentaire

Cannes : solidarité avec Manchester

C’est Thierry Fremaux le délégué général  lui même qui la voix chargée d’émotion a, sur la scène du Grand Auditorium Lumière, exprimé la solidarité du F.I.F. avec Manchester, nouvelle ville martyre. Une déclaration qui sera suivie quelques heures plus tard d’une minute de silence sur tout le périmètre du festival. Manchester, Cannes deux publics en quête de plaisirs partagés, de culture et de liberté : tout ce que les islamistes détestent.

Pour le reste… the show must go on, ce qui signifie pour nous trois nouveaux films d’horizons différents : un grec, un japonais, un iranien.

Mais comme chaque année Cannes c’est une fois encore le plaisir de déambuler avant et après les séances dans les couloirs mystérieux et les recoins improbables du Palais. Jouer ainsi les Belphégor diurnes dans les entrailles de ce magnifique bâtiment si injustement surnommé le « bunker » est un plaisir certainement un brin puéril mais intense. Les photos qui accompagnent ce billet donne une (toute) petite idée de celui-ci.

Mise à mort du cerf sacré, Yorgos Lanthimos (Grèce)

Steven, un brillant chirurgien prend sous son aile le fils adolescent d’un patient décédé au cours d’une opération. Mais le garçon s’immisce progressivement au sein de la famille de son protecteur et devient de plus en plus inquiétant puis menaçant.

Le réalisateur de l’intrigant The lobster,  présenté à Cannes il y a deux ans, fait de la première demi-heure de son film un chef-d’oeuvre d’angoisse et d’humour noir. Hélas la suite est assez prévisible et un peu convenue. Et si le jeu et le visage de Barry Keoghan le jeune acteur qui joue Martin l’ado psychopathe risque de provoquer quelques cauchemars chez des spectateurs fragiles, la prestation des deux vedettes, Colin Farrell et Nicole Kidman, n’appelle pas de commentaires particuliers.

Hikari (Vers la lumière),  Naomi Kawase (Japon)

Misako est audiodescriptrice de films. Lors d’une projection, elle rencontre un célèbre photographe dont la vue se détériore irrémédiablement. Naissent alors, après une période d’observation assez rude, des sentiments forts entre un homme qui perd la lumière et une femme qui la poursuit.

Comme souvent dans les films japonais l’histoire est assez lente à se mettre en place. Mais une fois installée, l’émotion est au rendez-vous. Avec en prime une jolie réflexion sur le rôle de l’imagination dans le regard .

24 frames,  Abbas Kiarostami (Iran)

Ce film expérimental de la Palme d’or 1997 (pour Le goût de la cerise) est projeté dans le cadre des événements du 70e anniversaire du festival, donc hors compétition. Ce fut surtout l’occasion pour Thierry Frémaux de célébrer le cinéma iranien et à travers lui l’évolution positive du pays comme en témoignent les élections de dimanche dernier.

Bon c’est assez conceptuel… On part de photographies souvent en noir et blanc et le réalisateur nous fait partager ce qui se passe avant ou après. Etrange idée moi qui me suis toujours fichu de ce qui se passait avant ou après mon tableau préféré La pie de Monet.  Les photos étant essentiellement des forêts en hiver et des vagues qui se brisent sur le rivage, les acteurs des corbeaux ,des vaches et des rennes alors forcement on s’ennuie un peu. Mais c’est ça la magie de Cannes : on peut regarder des corbeaux pendant deux heures sans broncher ! Vive le cinéma !

Publié dans cinéma | Tagué | Laisser un commentaire

On a aimé le film de Florence

Cannes 1 - 1 (4)

Super dimanche de Festival avec deux très bons films qui nous ont chacun présenté un personnage d’artiste égocentrique, insupportable et finalement attachant. Dans le film américain, il s’agit d’un personnage de fiction, le plasticien Harold Meyerowitz ; dans le film français, il s’agit d’une personne vivante, le controversé cinéaste Jean-Luc Godard.

The Meyerowitz stories,  Noah Baumbach ( USA)

Harold (magnifiquement interprété par Dustin Hoffman) est un artiste plasticien passé de mode qui a des ennuis de santé. Ce sera l’occasion pour ses enfants, un garçon et une fille ainsi que leur demi-frère d’exacerber leurs conflits créés en grande partie par l’égoïsme forcené de ce père malgré tout aimé à défaut d’être aimant.

C’est drôle, parfois cruel mais toujours émouvant. Les bleus à l’âme des frères m’ont rappelé ceux d’un personnage de Un Dimanche à la campagne de Bertrand Tavernier, un de mes films cultes.

Toutefois, les spectateurs français n’auront pas l’occasion de voir ce beau film en salle car il a été financé par la plate forme Netflix qui veut en garder l’exclusivité. La direction du festival s’est donc fait piéger et dès l’an prochain les films de ce type ne seront plus sélectionnables à Cannes ce qui est bien sûr logique.

Le redoutable, Michel Hazanavicius (France)

En 1967, le cinéaste Jean-Luc Godard au sommet de sa gloire tourne un film militant La Chinoise avec Anne Wiazemsky (la petite-fille de François Mauriac) qu’il va d’ailleurs épouser. Mais le film est un échec et plonge Godard dans une crise artistique, politique et existentielle. Mai 68 va accentuer la crise et le réalisateur cinéaste star va devenir un artiste maoïste hors système aussi incompris qu’incompréhensible. En premier lieu pour Anne qui va le quitter et écrire le livre qu’ Hazanavicius a adapté pour réaliser ce Redoutable.

Ce film était d’emblée un peu particulier pour nous car il a été coproduit par Florence Gastaud une amie qui est aussi une ancienne étudiante. Mais, au-delà de l’amitié, c’est en spectateur comblé que nous avons quitté le Grand auditorium Lumière.

Le film est en effet réussi avec un Godard très drôle dans la première partie (il hésite entre Antoine Doisnel et Woody Allen) qui, petit à petit, s’enferme dans un ghetto maoïste complètement irréel où il se renie lui-même en tant qu’artiste tout en se coupant de son environnement. Jusqu’à perdre Anne.

Le redoutable est un film iconoclaste qui peut apparaître comme étant à charge. Pourtant, cette obstination de Godard à  mouiller ses habits de gloire dans les eaux tumultueuses de la Révolution maoïste finit par nous émouvoir.

Avec ce film qui suit les 0SS117, The artist et le méconnu The search,  Michel Hazanavicius prouve définitivement qu’il est (comme Jean-Jacques Annaud) un des cinéastes les plus éclectiques de ces dernières années.

Cannes 1 - 1 (3)

Publié dans cinéma | Tagué | 1 commentaire

Act Up débarque sur la Croisette

Cannes 1 - 1

Grand auditorium Lumière

Le festival prend son envol avec, en ce qui nous concerne, trois films très différents les uns des autres. Le premier nous vient de la Hongrie d’Orban, le deuxième de la France des années Sida et le troisième est un film suédois drôle (oxymore ?)

Jupiter’s moon,  Kornél Mundruczo (Hongrie)

Un jeune migrant syrien, Aryaan, se fait tirer dessus alors qu’il traverse la frontière. Sous le coup de sa blessure, il découvre qu’il a le pouvoir de léviter. Jeté dans un camp de réfugiés, il s’en échappe avec l’aide du sulfureux Dr Stern qui veut tirer profit de l’extraordinaire don du jeune homme.

Cannes 1 - 1 (2)Cette histoire fantastique nous démontre que même dans la société hongroise post soviétique (Europe où es-tu ?) fragilisée par l’arrivée massive de migrants et caporalisée par le sinistre Orban, il y a une petite place pour faire passer l’humanité avant tout. A travers l’évolution du personnage du Dr Stern, Mundruczo nous laisse même espérer que l’arrivée des migrants peut nous aider à rendre notre société meilleure. Alors pourquoi ne pas y croire un peu avec lui ?

120 battements par minute, Robin Castillo (France)

Dans les années 90, alors que le Sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up
multiplient les actions et luttent dans l’indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan, qui n’est pas malade, tombe amoureux de Sean qui le bouleverse par un activisme qui consume ses dernières forces.

Les deux premiers tiers de ce film assez long (2 h 20) ont la puissance d’un véritable documentaire sur les années Sida où le spectateur est plongé dans le monde des militants d’Act Up, ces activistes d’une cause minimisée quand elle n’était pas méprisée par la société. Le film de Robin Campillo (l’auteur du film  » Les revenants » qui a inspiré la très belle série) nous fait penser à quel point cette période si proche dans le temps est déjà si éloignée dans nos esprits.

La dernière partie est une histoire d’amour tragique qui nous bascule et nous bouscule sans ménagement dans l’intime, celui-là même qui nous fait comprendre la radicalité désespérée des militants d’Act Up.

Bouleversant.

The square, Ruben Östlund (Suède)

Cannes 1 - 1 (1)Christian est le conservateur d’un musée d’art contemporain. Il se veut humaniste et
prépare sa prochaine exposition intitulée « The square », autour d’une installation incitant les visiteurs à l’altruisme. Mais il est parfois difficile de vivre en accord avec ses valeurs.

Il aura fallu attendre le sixième film pour rire enfin à ce festival. Paradoxalement, c’est à Ruben Östlund, un compatriote de Bergman et des meubles Ikéa, que nous devons ce petit moment de bonheur. A travers les aventures de son directeur de musée, le réalisateur passe à la moulinette la société suédoise et son politiquement correct (« Ne fais pas ton suédois » dit un proche à Christian !)

L’art contemporain, la charité spectacle, l’obsession du « buzz » sont moqués avec une cruauté jouissive. Et le moins qu’on puisse dire est que le bobo suédois, macho honteux et lâche quasiment assumé ne sort pas indemne de ce film surprenant.

L’occasion est belle aussi de retrouver dans un second rôle savoureux l’actrice américaine Elisabeth Moss que nous avons bien connu en secrétaire stratège dans la série « Made men ».

 

Publié dans cinéma | Tagué | Laisser un commentaire

Françoise Dupasquier

Kwarel117 Mary

Françoise Dupasquier nous a quittés. Bien connue de certains fidèles de ce blog, Françoise était l’épouse d’Alain, le complice de de nos escapades collectives en Bourgogne.

Cette belle personne était aussi une artiste sensible au talent marqué d’une profonde originalité.

En forme d’hommage, voici quelques unes de ses peintures sélectionnées par Alain.

Françoise, repose en paix dans cet univers de beauté, élégant et joyeux, qu’à travers tes oeuvres nous continuerons à partager avec toi.

Publié dans culture, Divers | Tagué | 4 commentaires

Les petits fugueurs ouvrent le Festival…

Cannes - 1

C’est sous l’affiche géante de la silhouette juvénile (et controversée) de Claudia Cardinale que le bunker a ouvert ses portes au 70e Festival de Cannes.

Au programme des deux premières journées, le film d’ouverture (HC) proposé pour assurer une belle première montée des marches, et deux films, un russe et un américain, qui nous racontent tous les deux l’histoire de petits fugueurs.

Les fantômes d’IsmaëlArnaud Desplechin (France)

A la veille du tournage de son nouveau film, la vie d’un cinéaste est chamboulée par la réapparition d’un amour disparu il y a vingt ans.

L’exemple même d’un certain cinéma français un peu intello, un peu mode, un peu chichiteux et terriblement bavard. On n’est pas vraiment captivé par le dilemme amoureux d’Ismaël (Mathieu Amalric qui fait du Amalric) qui doit choisir entre l’hystérique Carlotta (Marion Cotillard qui fait du Cotillard) et la sage Sylvia (Charlotte Gainsbourg qui domine la distribution avec retenue et classe). Une partie de la critique a adoré. Why not ? Mais ce sera sans moi.
Cannes - 2

Nelyubov (Faute d’amour), Andrey Zvyagintsev ( Russie)

Boris et Genia, un couple maudit, sont en train de divorcer. Aucun des deux ne veut prendre la responsabilité d’Aliocha leur fils de 12 ans. Désespéré celui-ci fugue et disparaît.

Zvyagintsev a apparemment bravé la censure pour nous  faire plonger au coeur de l’univers impitoyable et glauque de la Russie post soviétique. Une contrée où les mensonges de la propagande pro-Poutine servent d’excitant à une vie sociale d’une brutalité inouïe. On a coutume de dire que chaque être humain a sa part d’ombre et de lumière : chez Poutine, Nelyubov nous explique qu’on a coupé la lumière.

Wonderstruck, Todd Haynes (USA)

A cinquante ans d’intervalle (1927, 1977), deux enfants, Rose et Ben, atteints de surdités font une fugue pour retrouver, l’une une mère, l’autre un père, et entreprennent pour cela, à travers le temps, une quête à la symétrie fascinante en errant dans les quartiers de New York.

Le film est un peu long à démarrer mais petit à petit les deux histoires se rejoignent dans un télescopage émouvant. La double reconstitution de New York (on reconnait la magie des ambiances d’époque que sait si bien distiller le réalisateur de Carol) enchantera ceux qui comme moi sont amoureux de Big Apple.

Cannes - 3

Voir sur le blog de Dominique Boy-Mottard les premières scènes des deux derniers films.

Publié dans cinéma | Tagué | 3 commentaires

Gouvernement: les deux ministres et le curseur

Girardin

Avec Annick Girardin, nouvelle ministre de l’Outre-Mer

A l’annonce de la composition du gouvernement, j’ai évidemment un motif de satisfaction avec la présence de deux ministres radicaux de gauche : Annik Girardin (Outre-Mer) et Jacques Mézard (agriculture).

Pour le reste ce gouvernement est à la fois logique et intriguant.

– Logique, car un président élu sur la base d’un discours ni droite ni gauche tout en étant favorable à la présence de la société civile ne peut que nommer un gouvernement avec des gens de droite, de gauche et de la société civile.

– Intriguant, car l’extrême diversité de ces membres laisse un peu perplexe et conduit à se poser la question de savoir où se trouvera le curseur sur les principaux dossiers économiques, sociaux et sociétaux.

J’en veux pour preuve deux thèmes (entre autres).

– Le nucléaire : on peut se demander où se situera le curseur entre Hulot, les écolos du gouvernement et les tenants du (presque) tout nucléaire.

– La laïcité : là aussi on pourra se demander quelle sera la ligne qui l’emportera entre les tenants d’une laïcité réelle comme Annik Girardin qui a fait un travail remarquable en la matière comme ministre de la fonction publique et les communautaristes revendiqués.

Raison de plus pour être très attentif aux résultats des législatives qui vont bien sur influencer fortement le curseur en question. Dans cette optique, je soutiendrai donc, au-delà des candidats du PRG mon parti, les socialistes qui se revendiquent de la gauche de gouvernement et les macronistes de gauche à la condition expresse qu’ils fassent de la laïcité républicaine une priorité.

Publié dans politique nationale | 7 commentaires

Sur un air de cithare 2, c’est parti…

Les enfants du paradis - 1

C’est devenu une tradition : mes pièces de théâtre sont régulièrement publiées dans la collection « Les enfants du paradis » des éditeurs Valérie D’Amodio et Eric Louis. Une nouvelle fois, c’est au café Nissa de la rue Gioffredo qu’ils m’ont présenté les premiers exemplaires de  » Sur un air de cithare 2″, tiré d’ une première version mise en scène par Henri Legendre il y a une dizaine d’années et réécrite par mes soins cette année pour le théâtre de l’Eau Vive et Fabienne Colson (il y est question de l’Europe et celle-ci a changé en dix ans !)

Feuilleter un nouveau livre est un moment émouvant et celui-ci, avec la très belle couverture de Laure Gauffridy, n’a pas dérogé à la règle. Et c’est bien pour prolonger cet état de grâce que, dans la soirée, je n’ai pas résisté au plaisir d’aller présenter l’ouvrage à la joyeuse troupe de L’Eau Vive qui était en train de répéter, sous la houlette de Fabienne Colson, le spectacle prévu pour les 7, 8, 9, 10 et 11 juin.

En attendant deux dates pour vos agendas :

Samedi 27 mai de 15 à 17 h, séance de dédicaces à la librairie Masséna en présence de comédiens.

Vendredi, samedi et dimanche 2, 3 et 4 juin : dédicaces encore et toujours,  mais cette fois, au Festival du livre de Nice.

Qu’on se le dise !

Eau vive - 1

Publié dans littérature-théâtre | Tagué , , | Laisser un commentaire

Ricardo Martinez le chilien

Dans la petite République de la permanence du 10, avenue Cyrille Besset, Richard Martinez a toujours eu un rôle à part.

Politiquement, il a souvent été le chef d’orchestre de la communication et de l’organisation matérielle de nos campagnes électorales. Théâtralement, il était le régisseur imaginatif et talentueux des spectacles du Petit Théâtre des Affranchis (il y a un mois encore avec la régie assez complexe de « Travel anecdotes »).

Avec le soutien sans faille et sous le regard parfois tendrement ironique de son épouse Véronique, il a été l’homme ressource de notre groupe atypique toutes ces dernières années.

« Hélas ! » l’Education Nationale reconnaissant enfin les mérites de ce passionné de pédagogie, a décidé de lui confier une importante mission : créer une école française de toute pièce… au Chili ! Précisément, ce Chili si symbolique pour les hommes de gauche de ma génération (mon engagement s’est cristallisé la nuit de la prise de la Moneda).

C’est dire si Richard (… et Véronique, difficile de les séparer ces deux-là!) va nous manquer.

Aussi, depuis quelques semaines, les petites fêtes se succèdent pour souhaiter bon vent aux deux aventuriers. Hier c’était au « Patoch’s family » où, dans une ambiance chargée d’émotion, un jumelage Santiago-Cyrille Besset été évoqué…

         

Publié dans Gauche Autrement, Uncategorized | Tagué | 21 commentaires