Le marathon LEA du mercredi

amphi E311 - 1

Amphi 311 Extension 7 h 30

Pour d’obscures raisons liées au fonctionnement de la filière, je suis depuis de nombreuses années obligé de faire l’essentiel de mon service en LEA le mercredi. Ce qui bien sûr m’oblige à faire des horaires plutôt croquignolets. Ce premier semestre 2017-2018 n’échappe pas à la règle.

Ainsi, ce matin, j’ai entamé mon marathon par un TD devant une cinquantaine d’étudiants de L2 dans une salle du quatrième étage qui a le bon goût d’avoir ses baies vitrées qui donnent sur la courbe de la baie des Anges au soleil levant. Au programme : la subtilité des différences entre responsabilités civile, administrative et pénale.

A 10 heures, c’est l’apothéose car je me retrouve à « l’extension » dans le prestigieux amphi 311 (celui des philosophes), jaune et bleu, le plus beau de la fac. En deux heures, je peux expliquer aux 130 étudiants de la promotion L2-Droit (les meilleurs !) la terrible histoire de la petite Agnes Blanco qui a fondé le droit administratif (Tribunal des conflits 1873). J’enchaîne avec une petite colère due à la désinvolture des profs d’anglais (depuis tout jeune j’ai un problème avec eux) qui ont la goujaterie de déstabiliser nos emplois du temps comme tous les ans.

Suit une heure de pause où traditionnellement je retrouve au pub Carlone ma collègue de droit privé (qui m’a-t-on dit est la prestigieuse présidente du groupe radical au conseil municipal). Au menu, comme tous les mercredis, demi pizza-salade-pression.

Retour au bâtiment principal de la fac pour deux séances d’une heure devant deux groupes de 50 étudiants pour lancer les projets tuteurés de l’année. La salle est à côté de celle du matin et offre une vision moins latérale de la baie avec un soleil toujours aussi tentateur. Puis je poursuis avec un nouveau TD de deux heures et, après un chocolat-machine tiède, je retrouve la trentaine d’étudiants une heure pour les projets tuteurés réservés à ce groupe.

Enfin je descend d’un étage pour un cours de droit international d’une heure et demie avec les sympathiques Master 1 où nous évoquerons la crise de nerf des Nord-Coréens et de Trump tout en nous interrogeant sur le concept de Nation (la Corse est elle une nation ?).

Il est 19 h 30 et j’ai 10 heures et demie au compteur quand je rejoins le parvis déjà vide. La journée fut rude mais je ne me plains pas même si ce sera encore pire au deuxième semestre. C’est que l’extrême bienveillance des étudiants rend ma tâche certainement plus aisée que celles de mes collègues prof de collèges où de lycées. Il me restera toutefois  à lire en soirée le mémoire de M2 Infocom de Annie Flore Ibinga sur « Le traitement médiatique de la crise gabonaise  de 2016″…152 pages quand même  pour une soutenance …demain matin !

Carlone 19 h 30

 

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Le long dimanche de fiançailles des radicaux

déjeuner en commun - 1

Ce jour fut, selon l’heureuse expression du député rochelais Olivier Falorni -faisant allusion au film de Jeunet -, le long dimanche de fiançailles des radicaux. En effet, les journées d’été du Radicalisme et des Progressistes de Montpellier se sont achevées dans l’enthousiasme général et la promesse d’une réunification probable entre le PRG et le Parti radical « valoisien ». A un moment où les partis politiques français se divisent et se fragmentent, il faut apprécier cette nouvelle à sa juste mesure.

La délégation 06 a participé avec beaucoup d’énergie à cet événement. Dominique dans le cadre de la commission sur les libertés individuelles et les libertés publiques, moi-même en séance plénière, avons mis l’accent sur l’importance de la lutte contre le communautarisme et la nécessité d’inventer une laïcité à la hauteur des défis du monde contemporain. Lors de la réunion des présidents de fédérations avec nos deux responsables nationaux, Sylvia Pinel et Laurent Hénard, j’ai également insisté sur la nécessité parallèlement à la démarche de réunification d’opérer le rassemblement de TOUS les radicaux qui ont pu s’éloigner des « maisons mères »au moment des présidentielles.

Bref ce fut dans une ambiance très fraternelle qu’a été lancé la procédure de réunification qui permettra au radicalisme d’être à nouveau utile à la République en retrouvant son indépendance.

Reste à mener à bien l’opération. Pour ma part, c’est bien sûr très rapidement que je vais réunir les militants du 06 puis les responsables départementaux PACA. Le temps est en effet compté car dans l’euphorie générale une date de mariage à déjà été envisagée : les 9 et 10 décembre à Paris ! Si les militants de toute la France sont d’accord bien sûr.

 

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La République a besoin du radicalisme

Au moment où les radicaux de gauche et les radicaux « valoisiens » vont échanger pendant deux jours à Montpellier sur le thème du rassemblement, il est pertinent de se poser la question de savoir si la République a besoin de ce radicalisme qui l’a portée sur les fonds baptismaux au  XXe siècle. Pour moi la réponse est sans ambiguïté : oui.

Si avec d’autres courants et formations politiques nous pouvons partager notre projet économique (fait d’équilibre entre les réformes structurelles et la justice sociale) ou notre projet européen fédéraliste et notre volonté d’avancer sur les questions sociétales (cannabis, euthanasie…), il n’en est pas de même sur ce qui a toujours été la colonne vertébrale du radicalisme : la laïcité.

Notre République est sur la voie du communautarisme et rend crédible un avenir à la Houellebecq. Une grande partie de la gauche danse une bossa nova incertaine entre angélisme et politiquement correct tout en flirtant dangereusement avec le relativisme culturel, et la droite, avec son discours électoraliste et tartarinesque, est en dessous de tout quand elle a la main notamment dans les collectivités locales où la tentation du clientélisme est forte. Quant au président Macron, le moins qu’on puisse dire est qu’il n’est pas un foudre de guerre sur ces questions et qu’une partie de son entourage ne peut qu’inquiéter à cet égard.

Dans un espace politique pourtant vital pour l’avenir de notre République mais déserté par tous, les radicaux ont la légitimité pour intervenir puissamment en ouvrant les perspectives nouvelles qu’attend la population. Encore faut-il sortir de l’incantation qui se résume parfois au tribunes de congrès à crier « laïcité ! laïcité ! laïcité ! » comme d’autres criaient en sautant comme des cabris – dixit le Général De Gaulle : « Europe! Europe ! Europe ! »

En effet, nous devons réinventer la laïcité : nous ne sommes plus dans la société relativement apaisée de l’avant 11 septembre. Dans nos rangs, nous avons suffisamment de chercheurs, de spécialistes, d’acteurs de terrain, de militants pour relever le défi : inventer la laïcité du XXe siècle, celle qui éradiquera l’intégrisme. Gageons qu’à partir de là, les radicaux seront écoutés et pourquoi pas suivis un peu partout en Europe, notamment dans les pays qui sont déjà tombés dans les rets du communautarisme.

En France, forte de ce nouvel élan, notre formation que je souhaite réunifiée – c’est même un préalable – pourra ainsi rassembler tous les radicaux qu’ils soient en deçà ou au-delà de la frontière macroniste mais aussi une partie des socialistes (on pense bien sûr à Valls et ses amis) et une grande partie de l’UDI et du MODEM.

Tout cela est possible à une condition qui nous a souvent fait défaut : avoir l’audace d’être nous-mêmes.

 

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Livry-Gargan : l’antisémitisme, toujours !

Dans la continuité de l’affaire Ilan Halimi et du gang des barbares, nouvelle agression d’une famille juive à Livry-Gargan dans la région parisienne :  vous êtes juifs, donc où est l’argent ? vous êtes juifs donc vous avez de l’argent ! 

Cet antisémitisme qui, comme nous le rappelle Marek Halter dans La mémoire d’Abraham, plonge ses racines dans la nuit des temps.

En guise d’illustration voilà quatre citations de personnages historiques pas connus pour leur antisémitisme… et pourtant !

Ceux d’Israël (…) duquel peuple je relis jamais l’histoire que je n’en aie trop grand dépit, quasi jusques à devenir inhumain, pour me réjouir de tant de maux qui leur advinrent. Etienne de La Boétie (1576).

On aurait dû raser leurs synagogues, détruire leurs maisons, leur ôter leurs livres de l’Ancien Testament, défendre aux rabbins d’enseigner, les obliger de gagner leur vie au moyen de travaux manuels pénibles. Martin Luther (1692)

Satan anime les juifs et je les vois avancer par son instinct. Bossuet (1696)

La nation juive n’est même pas civilisée. Les juifs , avec leurs moeurs mercantiles, ne sont ils pas la lèpre et la peste du corps social ? Charles Fourier (1841)

 

 

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Caravelle Ajaccio-Nice : enfin la lumière ?

Caravelle Ajaccio-Nice - 1
Ce matin avec les familles de victimes, quelques élus et l’ancien maire de Nice Jacques Peyrat, j’ai participé à la 49e commémoration de la catastrophe de la Caravelle Ajaccio-Nice qui s’est abimée en mer au large de Nice le 11 septembre 1968.

Le rendez-vous de cette année devant l’émouvant petit monument de Carras était particulièrement important pour les familles (souvent corses) des 95 victimes car pour la première fois depuis 68 il y a des chances que la lumière soit enfin faite sur ce drame.

A l’époque, après une enquête rapide, il avait été conclu à un accident provoqué par un incendie dans la cabine de l’avion. Mais dès le début les familles évoquent un tir de missile accidentel au cours de manoeuvres militaires. Or un juge est sur le point de demander enfin la levée du secret-défense sur cette affaire.

C’est le moins que l’on doit aux victimes et aux familles de ce drame qui est intervenu un 11 septembre comme à New York et à quelques kilomètres du massacre du 14 juillet sur la promenade. Des chagrins et des colères qui ne s’effacent pas mais qui s’additionnent. Il suffisait d’être présent ce matin pour s’en rendre compte.

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Christian Depardieu, Marcel Alocco

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Marcel Alocco

Christian Depardieu fait de la résistance en maintenant dans l’actualité contre vents et marées (normal c’est un bon marin…) sa superbe galerie de la rue du docteur Guidoni, une des quatre galeries niçoises (là où dans une ville comme Cologne, par exemple, on en compte 200 !).

L’exposition du jour, dont je ne voulais à aucun pris manquer le vernissage, est une retrospective de Marcel Alocco 1956-1976. Et c’est ainsi que, de patchworks en oeuvres libres et diverses, un délicieux parfum de nostalgie planait sur la galerie. Et bien sûr dans la tradition des vernissages du lieu, l’artiste était présent accessible et disponible.

Avec Alocco vous avez compris que la première expo de l’année chez Depardieu c’est du lourd, du très lourd…

 

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Quoi de neuf à Nice ? Irina Brook !

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Ce matin, Irina Brook, qui vient d’être heureusement reconduite pour trois ans à la tête du Théâtre National de Nice, présentait sa nouvelle saison devant les principaux acteurs du théâtre niçois et la presse (ce fut pour moi l’occasion de constater non sans fierté que la « totalité » du groupe radical et divers gauche – à savoir Dominique et Marc – avait préféré cette présentation au show estrosien sur les mérites de la Métropole).

Avec une humilité et une vraie pédagogie, qualités souvent absentes chez ses collègues, Irina nous a fait partager sa passion du théâtre, remède fragile mais réel dans un monde qui va mal. Elle nous a dit sa volonté de servir en développant des projets de médiation visant à gagner de nouveaux publics (théâtre à l’école – 5000 élèves concernés l’an dernier -, théâtre dans l’entreprise). Elle nous a d’ailleurs présenté deux nouveaux projets un peu fous pour cette année : introduire Shakespeare dans le milieu du… football (Bernard tu tousses ?), faire d’une classe de l’Ariane la médiatrice du théâtre dans le quartier.

En ne parlant pratiquement pas du programme des spectacles (après tout chacun sait lire), Irina nous a fait partager sa vision généreuse d’un théâtre populaire, qui, comme nous le rappelle la quatrième de couverture du programme, est « un service public comme l’eau, le gaz et l’électricité ».

Merci Irina.

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Les amis de la Grande Catherine

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Un beau samedi théâtral à l’initiative de la très dynamique association des « Amis du Théâtre » avec une représentation à l’auditorium de la bibliothèque Nucera et une réunion de rentrée dans la foulée au « Cassini 3 ».

Bons baisers de Catherine de Russie, écrit par l’ami Jean-Pierre Fouchy qui décidément aime beaucoup reines et tsarines : il s’agissait d’une lecture théâtralisée, à la fois ludique et pédagogique interprétée par l’auteur en maître des cérémonies, par Bernard Carré en observateur patelin faussement naïf et par Christine Baccot de la « compagnie Frivol » qui campait une Catherine à la fois exaspérante et séduisante et même parfois émouvante.

Après le spectacle, nombreux furent les spectateurs qui se retrouvèrent dans le bar de la rue Cassini où l’association des « Amis du Théâtre », sous la houlette du président André Leber et de l’indispensable Isabelle Baud, a tenu sa réunion de rentrée en présence de l’incontournable Jean-Luc Gagliolo. Ce fut l’occasion pour les compagnies et les auteurs de présenter leurs projets. Pour ma part j’eus l’opportunité de rappeler, pour juin, une nouvelle version de Fragments de Nice avec Bernard Gaignier et Sabine Venaruzzo ( gros succès à Avignon cet été), la comédienne chanteuse d’Une petite voix m’a dit, et pour la rentrée 2018, Antoine et Maria, une pièce d’amour historique que je viens d’achever.

Une belle journée. Merci les « Amis »…

 

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Le radicalisme : une vieille idée neuve

chez patoch - 1

Première réunion dans une ambiance ô combien décontractée du bureau 06 du PRG ce vendredi. En présence de Jean-Christophe Picard, le président national d’Anticor, qui nous a fait un petit bilan de la loi sur la moralisation de la politique (fifti-fifti, moitié positive, moitié décevante) .

Mais il s’agissait avant tout d’évoquer le rendez-vous des journées de réflexion de Montpellier dans deux semaines. Pendant trois jours, militants et responsables PRG et radicaux Valoisiens (les radicaux de « droite ») vont débattre sur le thème de la fusion des deux formations et de la réunification de la famille radicale.

Il est en effet indéniable que le radicalisme, cette vieille idée neuve, a un espace politique à l’heure actuelle notamment sur la question de la laïcité (ou plutôt de la laïcité en question…) et de la résistance au communautarisme. Quant au positionnement économique et social radical, il est plus que jamais d’actualité avec son progressisme réaliste, pour  un monde meilleur qui ne soit pas le meilleur des mondes.

Mais si chacun voit bien les avantages d’une réunification (peut-être confortée par une nouvelle loi électorale qui aurait une dose de proportionnelle), les obstacles restent nombreux surtout au niveau local. La délégation des Alpes-Maritimes (6 membres) sera donc particulièrement active et vigilante à Montpellier car comme chacun sait ce foutu diable a la très mauvaise habitude de se réfugier dans les détails. Wait and see…

Nice Matin 10:09:2017

Nice Matin 10/09/2017

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Les pages que j’aurais aimé écrire… (15)

Leila Slimani - 1

Prix Goncourt 2016, Leïla Slimani est très engagée contre l’Islamisme et son compagnon de route, le politiquement correct. Cette courte nouvelle qui porte le nom du recueil dont elle est extraite – « Le diable est dans les détails » (Edition L’aube) – en est une bonne et belle illustration.

En vieillissant, Amine Moussa est devenu peureux. Lui, le professeur d’université, aimé et respecté de tous, est sujet aux angoisses et à l’insomnie. Cela fait rire sa femme. Atika se moque de sa paranoïa. Elle le soupçonne de mal vivre l’approche de la soixantaine. Elle ne le comprend pas.

Dans la rue, Amine sursaute sans raison. Il s’est mis à parler tout seul. Il est mal partout. Chez lui, où il ne peut plus supporter la présence de la femme de ménage. Il déteste cette vieille fille , son regard torve, sa bouche amère. Elle raconte fièrement que son frère est parti pour Damas, qu’il leur envoie de l’argent gagné au combat. Beaucoup d’argent. Elle remercie Dieu, les paumes levées vers le ciel, d’avoir guidé son frère dans la voie du djihad. Il y a une semaine, elle a prévenu Amine : « Monsieur, je ne peux plus vous servir si vous buvez de l’alcool. Si je touche une bouteille, Dieu m’interdira l’entrée du paradis. » Il a eu envie de lui demander dans quel texte elle était allée chercher une bêtise pareille, mais il n’a pas osé. Un soir, il l’a surprise en train de brûler une allumette sous les yeux de leur fille. « Tu vois, tes parents et toi, vous allez brûler dans les flammes de l’enfer comme tous les mécréants qui méprisent les enseignements de l’islam. » Quand il s’en est plaint, Atika a haussé les épaules : « Oh, mais arrête avec ça. Elle est un peu illuminée, c’est tout. Je ne sais pas pourquoi tu donnes tant d’importance à ces détails. Tu exagères. »

C’est l’âge sans doute qui nourrit son inquiétude. Mais il ne peut s’empêcher de les voir, ces détails qui pourrissent le quotidien, qui alimentent son malaise et l’emplissent de peur et de honte. Après le diner, il ramasse les cadavres de bouteilles d’alcool, les cache dans des sacs poubelles et il roule deux kilomètres avant de les jeter à la benne. C’est qu’il craint une dénonciation du gardien de sa rue, ce rouquin qui s’est laissé pousser la barbe et qui traite de putes et de chiennes les élèves du lycée privé. « On devrait les marier de gré ou de force, n’est ce pas , professeur ? » Amine ne répond pas. Amine ne dit rien.

Il se tait quand il s’assoit à côté d’un chauffeur de taxi qui écoute les cassettes d’un prédicateur saoudien. Il l’entend cracher sa haine des juifs et des infidèles et applaudir à la fatwa qui autorise à assassiner tous ceux qui renoncent à l’islam. Amine ne veut pas d’histoires. Il paye sa note et il s’en va.

Atika dit qu’il dramatise. Qu’il y a des fous partout, que ça ne veut rien dire. Certes, elle était furieuse quand la maîtresse a giflé Mina, leur fille, parce qu’elle avait osé remettre en cause un verset du Coran. « J’ai seulement dit qu’une araignée ne pouvait pas tisser en une heure une toile assez grande pour protéger la grotte dans laquelle s’était réfugié le Prophète. »

Il n’a plus été question de détails quand une « brigade de promotion de la vertu et de prévention du vice » s’est constituée dans le quartier. « Qu’est-ce que tu dis de ça ? » hurlait Amine en agitant sous le nez de sa femme une coupure de journal. Ces fous de Dieu, armés de couteaux et de bâtons, s’en sont pris à un groupe de jeunes qu’ils ont battus à mort. Parce qu’ils sortaient le soir, parce qu’ils ne priaient pas ou qu’ils buvaient de l’alcool. Personne ne sait vraiment.

Amine a changé. Il est devenu sombre. Les voiles l’obsèdent, ces remparts de nylon noir qui ont envahi les amphithéâtres où il enseigne, la plage où il conduit sa fille, les cinémas où l’on coupe les scènes de baisers les plus tendres. Il a envie de faire taire ceux qui se sont mis à invoquer Dieu, le diable, la charia et l’honneur sacré des femmes de ce pays.

Il ne veut pas verser, comme son vieux collègue Hamid, dans la nostalgie béate. Il se refuse à idéaliser son enfance, à raconter la coexistence paisible avec les voisins juifs, les minijupes des filles et les idéaux marxistes sur les bancs de la fac. Il ne dira pas qu’il n’entendait, à l’époque, jamais parler de religion. Que son père priait sans doute mais avec tant de discrétion qu’il ne se souvient plus de l’avoir déjà vu à genoux.

Atika est si douce. Elle arrive parfois à le rassurer, à lui ouvrir les yeux sur la beauté qui les entoure. Elle aime l’ambiance festive des derniers jours du ramadan. Et c’est pour lui faire plaisir qu’il fait un détour, ce soir, par le quartier El-Manar. Il s’arrête à la boulangerie Nour pour acheter les crêpes farcies dont elle raffole et des sucreries pour Mina.

Les gens font la queue jusque dans la rue. On se bouscule. On s’impatiente. Une femme se poste derrière Amine. Il la voit arriver, son joli visage encadré d’un voile mauve. Elle le regarde avec insistance. Elle piétine. S’approche de lui au point de lui marcher sur les pieds. « C’est peut être une étudiante », pense-t-il. Une jeune femme qui a assisté à ses cours mais dont il ne se souvient plus. À présent, il peut presque sentir ses seins contre son dos, son souffle chaud dans son cou. Il doit se faire des idées. Une femme si belle, si jeune, ne peut s’intéresser à lui. Elle sort de la file. Elle lui fait face désormais, approche son visage du sien. Il s’apprête à l’aborder quand elle se met à hurler, en le montrant du doigt : « Il a fumé ! Lui, là, il a fumé ! Il a rompu le jeûne, il sent la cigarette. » Les clients s’agitent. Derrière la caisse, la boulangère appelle au calme. Amine hausse les épaules dans un geste d’impuissance. Il marche à reculons. Des hommes s’approchent de lui. On l’insulte, on prend Dieu à témoin. Quelqu’un tire sur sa veste. Il court.

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