Le dieu Taureau et la Grande déesse


Après la grotte du Lazaret (Voir Lucie au Lazaret), c’est autour du Mont Bego que le professeur Henry de Lumley a la gentillesse de nous inviter, avec Dominique, tout un week-end pour que nous puissions suivre, en tant que conseillers généraux des Alpes-Maritimes, l’état d’avancement des travaux de son équipe en ce qui concerne le décryptage des gravures de la Vallée des Merveilles.

Une visite du remarquable Musée des Merveilles de Tende la veille (un musée qui a une véritable dimension départementale, contrairement au coûteux musée des Arts asiatiques, héritage des errements passés… et de l’entêtement présent), et nous voilà, très tôt dimanche matin, avec le professeur, l’ami Emmanuel et quelques autres, à arpenter les contreforts du mont Bego.

Le professeur est un remarquable pédagogue. Sans jamais céder à la facilité de la vulgarisation, il a le talent de vous entraîner au cœur d’une vie de recherches et de connaissances. Quant à l’explication scientifique, il veille à ce qu’elle n’efface jamais l’essentiel, à savoir l’émotion qui s’empare de vous devant ces gravures énigmatiques et pourtant terriblement humaines.

Et la journée avançant, de corniformes en réticulés, le message récurrent des hommes du Bego s’impose à vous, plus de quatre mille ans après. Il s’agit de la reconstitution du couple divin primordial, le dieu Taureau fécondant la déesse Terre afin de satisfaire le besoin d’eau de cette terre méditerranéenne.

Le nombre et la richesse des gravures sont impressionnants, les lieux ont la beauté d’un paysage de premier matin du monde. Du coup, le classement de la Vallée en Monument historique apparaît quelque peu décalé… Il est évident que l’inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO revendiqué par l’équipe du professeur correspondrait mieux à l’importance du site. Un combat à mener…

Dans le même ordre d’idées, on peut regretter que Nice et sa région ne valorisent que très peu l’extraordinaire patrimoine préhistorique qui est le leur. Entre Le Lazaret, Terra Amata, les Merveilles et quelques autres lieux, il y aurait certainement matière à promouvoir, en liaison avec l’Université et le Musée d’Histoire Naturelle (dont je ne cesse de demander la réouverture au public en Conseil municipal), un «Nice-Préhisoire». Un Nice-Préhistoire qui pourrait faire écho au «Nice-Ville du Cinéma» (Voir Nicecittà) que nous appelons de nos vœux, pour participer au renouveau économique et culturel de la Cité. A la réhabilitation de son image aussi.

Samedi soir, entre Musée et Vallée, nous étions hébergés au Prieuré, un superbe hôtel de Tende, au personnel à la fois sympathique et très professionnel. Un hôtel qui, en quelques années, est devenu la référence de la région. Une précision toutefois : cet hôtel est un CAT géré par l’association APREH (Association Pour la Réadaptation et l’Epanouissement des Handicapés) de notre ami Antoine Valentino. Une réussite exemplaire qui, à quelques encablures du message de nos ancêtres du Bego, démontre qu’il faut toujours avoir foi en l’être humain.

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A propos Patrick Mottard

Conseiller général du 5e canton de Nice dans les Alpes-Maritimes depuis 1998. Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Parti Radical de Gauche
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8 commentaires pour Le dieu Taureau et la Grande déesse

  1. Cher P.M., Plutôt que reliques d’un arrachement au passé le Dieu Taureau et la Grande déesse méritent, comme tu l’avances, d’être placés au coeur d’un véritable projet d’avenir, celui d’un patrimoine local qui peut nous parler du monde, qui peut parler au monde.Tu trouveras en BU une thèse récente et fort intéressante concernant les gravures du Mont Bégo, c’est celle de Jérome Magaïl, docteur en anthropologie.bien à toi,Céline

  2. Hilde Hamel dit :

    La thèse de Jérôme doit être super intéressante et je dois la lire d’autant plus que je connais Jérôme et que nous en avons discuté. Il n’en reste pas moins que le côté mythique,légendes et écritures ne doit pas être gommé et est primordial car la conscience collective de l’homme est basée sur des mythes fondateurs de pouvoir, de puissance, de fertilité …et au Bego on est en plein dedans.Voir les gravures du Mont-Bego par plusieurs bouts de lorgnettes c’est cela qui est riche et porteur de projet culturel. Ainsi , en ce qui me concerne je les verrais aussi(les gravures du Bego) sous l’angle d’une médiation artistique (genre « concours » permanent à mettre en place pour la promotion et la meilleure connaissance de notre patrimoine à ciel ouvert) qui permettrait non seulement aux artistes ou « artistes en herbes » de s’intéresser profondément au graphisme spécifique de ce leg des anciens qui « pratiquaient » sur le Mont Bego (socle régional et Méditerranéen) mais de transposer à leur convenance leurs projections dans notre présent ou futur avec les supports de leur choix. L’artiste nous reconnecte bien souvent avec une identité profonde, de dimension « spiritualo-humaine » et nous permet « une bouffée d’air » car il est un vecteur de bien « des possibles ». Ici, la passerelle entre gravures symboliques anciennes (pré- écriture) d’initiés avec d’autres initiés que sont nos artistes contemporains (je pense à Bruno Mendonçat ou à Frédérique Nabaldian…des ateliers SPADA mais il y en a d’autres sur ce travail de « l’empreinte ») serait pour ma part du meilleur goût.Hilde Hamel-Saltani

  3. Clotilde dit :

    et bien et bien toutes ces idées, c’est enthousiasmant!Il y a quand même un niçois de souche qui participe à la promotion de Nice préhistoire, c’est Joann Sfar, avec sa BD la « Vallée des merveilles ». Le professeur Lumley trouverait cela peut-être pas très orthodoxe mais comme introduction et produit d’appel à votre grand projet… :)))Je plaisante, mais sinon cette BD est extra comme tous ses autres bouquins d’ailleurs. Pour en savoir plus, cliquez sur http://www.garz-place.net/ed/joannsfar/articles_elogieux/BODOI042006-1.htmlSinon, la vallée des merveilles, c’est magnifique oui. Quand j’y suis allée, le guide nous a parlé des multiples théories expliquant le fait que les hommes « préhistoriques » soient venus là (je le met entre guillements car ce n’est quand même pas si vieux). Mais quand on y est, quand on est assis là-haut, on comprend tout de suite.

  4. Anonymous dit :

    Heu… moi je me suis arrêté au 1er paragraphe : j’y ait appris que vous êtes aussi conseiller général (alors que je vous pensais uniquement conseiller municipal).Les différents partis ont des positions variés : quelle est votre position personnelle sur le cumul des mandats (notamment dans un contexte de desintéressement public grandissant vis-à-vis de la participaiton politique) ?

  5. Anonymous dit :

    J’ai oublié de signer :Adrian Belu, Nice

  6. Vous n’étiez même pas obligé de lire le premier paragraphe : il aurait suffi de jeter un œil sur l’intitulé du blog…Pour le reste, le fait d’avoir démissionné d’un mandat de conseiller régional par le passé et de ne pas me présenter aux prochaines législatives montre ce que je peux en penser.Après, je peux être pragmatique et comprendre que Noël Mamère, par exemple, puisse être député-maire.

  7. En soutenant le projet d’inscription du site au patrimoine mondial, la communauté scientifique internationale ne fait que son devoir ; dès qu’une personnalité politique obtiendra cette décision de l’UNESCO, elle entrera de son vivant dans la grande histoire.Philippe Lamarque

  8. Ping : Il faut sauver le Lazaret | Le blog de Patrick Mottard

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