Le ruban d’Isabelle


Dans la mesure où le jury présidé par Isabelle Huppert n’a pas adhéré à « la solution Almodovar » telle que je l’ai préconisée ici même, je ne pouvais rêver d’un meilleur palmarès pour ce Festival.

La Palme d’or au Ruban blanc (celui que l’on attache au bras des enfants turbulents pour leur rappeler leur obligation de pureté…) de Michael Haneke est un choix pertinent car je suis persuadé que ce très bon film deviendra avec le temps un film important.

Audiard et son Prophète sont un Grand prix évident. De même Christoph Waltz, le nazi doucereux et cruel de Tarentino, est un formidable prix du meilleur rôle masculin. Rien à dire non plus pour le prix de Charlotte Gainsbourg même si, pour les actrices, la concurrence était moins rude cette année. Une bonne idée d’offrir ex æquo le prix du jury à Andrea Arnold pour Fish tank et aux vampires de Park Chan-Wook.

Je suis par contre plus perplexe pour le prix du scénario et celui de la mise en scène, mais on ne va pas chipoter. Isabelle et ses compagnons ont bien travaillé.

En plus du palmarès et de la montée des marches avec Isabelle Adjani, plus que jamais impénétrable, nous avons eu droit à un hommage court mais intense à l’immense Alain Resnais. Quelle émotion de voir ainsi sur scène la silhouette fragile du vieil homme qui fut le réalisateur de cette fulgurance cinématographique qu’est Hiroshima mon amour !

Nous avons assisté ensuite au film de clôture, « Coco Chanel et Igor Stravinsky », une chronique bien classique de l’aventure amoureuse des deux susnommés. Le réalisateur, Jan Kounen, faisant partie du comité de lecture du Fond de soutien cinématographique du Conseil général 06, sa venue ici à Cannes me permet d’évoquer la présence très active de Pascal Gaymard et de sa collaboratrice Patricia Kayadjanian, les deux responsables de la petite cellule cinéma du département des Alpes-Maritimes. Leur stand, particulièrement fréquenté, fut l’occasion pour nous de faire plusieurs rencontres fructueuses. Comme quoi, l’élu n’est pas toujours très loin du festivalier…

Les photos de la remise des prix sur le blog de Dominique.

A l’année prochaine !
Cette dernière photo a été prise par Philippe Sanguinetti, un ancien étudiant devenu correspondant de la radio nationale… slovaque.
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A propos Patrick Mottard

Conseiller général du 5e canton de Nice dans les Alpes-Maritimes depuis 1998. Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Parti Radical de Gauche
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9 commentaires pour Le ruban d’Isabelle

  1. Anonymous dit :

    Je soupçonne un copinage dans l’air pour la Palme d’Or.. Sinon l’année prochaine, il va falloir me donner des tuyaux pour aller voir les films sélectionnés! 🙂

  2. Dominique dit :

    Moi j’aimerais bien avoir les commentaires de Jean sur les derniers films du festival et sur le palmarès !

  3. Jean Montoya dit :

    Le film d’Haneke n’a rien pour réjouir. Une rigueur tant dans la forme (un récit linéaire, des images strictes dans un cinémascope en noir et blanc) que dans le scénario de DAS WEISSE BAND. A première vue, on ne voit pas l’intérêt de raconter la vie des habitants d’un village d’Allemagne du nord avant la Grande Guerre. Et puis à la réflexion on se dit que cette sévérité des images pourrait bien traduire celle des personnages, et que cette exigence dans l’éducation pourrait annoncer la formation des futurs nazis. Et on rejoint là Tarantino avec ses « salopards », mais en moins réjouissant !…Y aurait-il donc une logique dans la programmation du Festival ?Non, aucune logique quand on sort de SOUDAIN LE VIDE de Gaspar Noé. Une bonne idée au départ, cette caméra subjective du début du film, où le personnage principal n’apparaît pas (sauf dans le miroir), et voit les choses à travers la caméra. Et puis quand il meurt, c’est son âme que la caméra remplace, une âme qui cherche à se réincarner dans l’esprit du « livre des morts », et là tout déraille, tout est possible, y compris les plans très colorés et psychédéliques dûs aux hallucinations provoquées par toutes les drogues, y compris les images pornographiques de la recherche d’un corps pour se réincarner. Ça va un peu, mais trop, c’est trop, et on est vite saturé de ces plans interminables allant jusqu’au ridicule. En coupant la moitié, à la rigueur…Et puis il y a eu aussi THE TIME THAT REMAINS, où l’on voit qu’en Palestine, le temps passe et rien ne change, à travers l’histoire de la famille d’Elia Suleiman. A la fois attendrissant par la douceur du récit et des personnages, et désespérant à l’idée que ce conflit dure depuis 60 ans (des siècles, selon le point de vue) et ne trouve pas de solution.

  4. Jean dit :

    C’est un autre jean qui prend le clavier, le râleur des cantonales, mais qui ne peut s’empêcher de lire les blogs de deux conseillers généraux de Nice et d’apprécier de trouver chez des hommes et femmes politiques autre chose que de la politique justement, de la vie. Pour moi qui fais mes études loin de Nice, ça me permet de profiter « en direct » du festival et puis de la vie du sud aussi.Alors, simplement merci et continuez (tout) ce que vous faites !Jean

  5. Jean Montoya dit :

    Et voici le Palmarès tant attendu, surtout par nous qui avons vu 16 films sur les 20 en compétition. Un pronostic est toujours un souhait, car on espère retrouver ses propres choix dans les décisions du jury. J’ai aimé, pour leur expression cinématographique, les films de Lars Von Trier, Tarantino, Almodóvar. J’ai détesté, pour leur caractère de non-films, les « nuits d’ivresse printanière » du Chinois Lou Ye et surtout, on l’aura compris, « Kinatay » du Philippin Brillante Mendoza. C’est dire que je me suis lourdement trompé, ou bien que le jury avait d’autres critères qui me sont étrangers, et qui correspondent bien à l’esprit du Festival que j’ai dénoncé.Car aucun de mes films préférés n’a eu la Palme, ni même le Grand Prix, ni celui du jury. J’imagine la déception des trois grands réalisateurs.Quant à commenter le Palmarès, je ne m’y hasarderai pas car les décisions du jury sont sans appel…, mais quand même, le prix de la mise en scène et le prix du scénario me restent en travers de la gorge !On est tout de même tenté, comme d’autres l’ont dit, de voir plus que de la complicité entre la présidente du jury et le réalisateur avec lequel elle a tourné. Reconnaître une valeur pédagogique au « Ruban blanc », oui, et l’Académie ne s’y est pas trompée, qui lui a attribué le Prix Education Nationale. De là à lui accorder la Palme…Et l’on peut se demander pourquoi donner à Alain Resnais un Prix spécial pour l’ensemble de son œuvre, si ce n’est pour éviter de dire que le film présenté n’avait aucun intérêt…Un Grand Prix pour Audiard, je veux bien, les Prix d’interprétation, pourquoi pas, surtout pour Waltz (j’aurais bien vu l’actrice du film coréen « Thirst » à la place de Charlotte Gainsbourg).Au total, un Palmarès qui fait se demander si on connaît quelque chose au cinéma…

  6. pour Johan sur le post précédant:ce blog reste généraliste du coup des critiques plus fouillées relèveraient d’une autre logique…

  7. Johan dit :

    La cérémonie de clôture était archi froide à mon goût. Il n’y avait qu’à regarder les membres du jury. A part Shu Qi, visiblement dépassée, les autres membres avaient l’air triste d’avoir cédé aux caprices d’Isabelle Huppert. D’ailleurs, elle semblait n’avoir aucune émotion particulière. Mais une femme sans émotion ne signifie pas sans pensée. Et j’avoue être relativement d’accord avec ses récompenses. A l’exception de l’ex æquo pour le prix du jury. Comment peut-on remettre le même prix à un blockbuster coréen (Park Chan Wook nous avait habitué à mieux) et à un film d’auteur américain comme Fish Tank (de la réalisatrice anglaise qui a signé le magnifique documentaire « Milk » en 1997).Je me permettrais de nuancer votre propos sur le prix du scénario remis à Jian Zeng pour « Nuits d’ivresse printanière » de Lou Ye.En effet, je suis heureux qu’un jury récompense un travail si audacieux et soigné.Surtout que ce genre de travail est souvent muselé par l’Etat Chinois. (cf « Une jeunesse chinoise », « les filles du botaniste », Zhang Yimou etc.)

  8. Ouais, puis accessoirement y a une vie après le blogo… puis accessoirement, nos festivaliers, bah ils ont un taf… Ouh quelle étrangeté !! par les temps qui courent dans la région hin hin… Puis pour finir des blogo spécialisés dans la critique de films y en a pléthore sur le web… puis enfin pour finir le fini précédent, entre les posts de Péhèm, les coms de Doms et ceux de Jean Montoya, bah il y a quand même de la matière là… ‘fin bon, c’est mon avis, et je le partage…

  9. Rhoo du coup j’en ai oublié le principal… Moi qui pensais être super blasée par les prod cinématographiques, ça me rassure, y a encore plus blasé !!Suis pas vraiment certaine de la logique de programmation du festiv, mais bon, alleZ ne soyons pas mauvaise langue… Dans « Chronique d’une disparition » il mettait déjà en scène ses proches Suleiman… (si je confonds pas…) Un des rares réal avec Kaurismaki à savoir faire des plans longs que je ne trouve pas longs… Kinatay, suis persuadée qu’il a eu le prix que n’a pas eu Serbis l’an dernier…Ce que je trouve vraiment dommage c’est que la palme et le prix de la critique internationale aient récompensé le même film… c’est ballot… Pour Jean M, encore une fois, la question n’est pas vraiment quels sont les primés, mais les films eux mêmes… ce qu’ils nous offrent ou pas… Cannes c’est une vieille dame un peu aigrie, très traditionnelle et mega institutionnelle… la Madame de Fontenay du 7ème Art… alors… faut pas trop lui en demander…

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