Travel anecdote (1) : « So british »

Carte du Swaziland Mortifié par le succès de la séquence ludique d’un blog voisin (mais néanmoins ami), j’ai décidé, moi aussi, de profiter du week-end pour m’essayer à la légèreté. Le rendez-vous sera donc pris en principe chaque semaine pour une série où je raconterai une anecdote de voyage, je l’espère, plutôt amusante. Pourquoi de voyage ? Tout simplement – et chacun l’aura vérifié – parce que pendant un voyage, l’exotisme des situations, le bouleversement des timings, et le relâchement des codes, font qu’on se retrouve souvent dans des situations inattendues voire franchement cocasses.

Alors, pour commencer, « So british ».

La piste rouge est une sorte de saignée au milieu de la forêt verte. Au volant de la modeste Golf blanche de location, je conduis volontairement avec brusquerie, n’hésitant pas à provoquer des petits dérapages pour soulever de grands nuages de poussière. Du coup, régulièrement, je suis obligé d’actionner les essuie-glaces, ce que je fais avec un petit sourire de satisfaction. C’est que, depuis une semaine que je roule en Afrique du Sud, je suis frustré : la RSA du président Mandela a multiplié les grands travaux et, de Johannesburg à Pretoria, de Pretoria à Nelspruit, j’ai roulé sur de belles highways macadamisées de frais. J’étais donc très loin du raids africain à la Indiana Jones dont je rêvais.

Devant cette attitude un peu puérile, Dominique peste. D’abord, parce que ce type de conduite n’est pas très agréable pour le passager, mais surtout parce que son goût pour la propreté s’accommode mal de la carrosserie désormais couverte d’une épaisse couche de terre rouge. A chaque arrêt, elle fait le tour de la Golf pour constater les dégâts et se désepère du négligé de notre équipage.

Après deux heures de piste, nous arrivons comme prévu à la frontière du Swaziland , un petit royaume indépendant coincé entre la RSA et le Mozambique.

Le douanier qui examine nos passeports est un magnifique Swazi revêtu d’un impeccable uniforme d’une blancheur immaculée orné de quelques décorations. Sous le soleil de midi, l’effet est saisissant. Malheureusement, le fonctionnaire est un peu lent – ou très scrupuleux – et l’examen se prolonge un peu. Dominique, l’air de rien, sort de la voiture, se désespère une fois de plus devant la carrosserie souillée et a une idée géniale : elle se met à souffler vigoureusement sur le capot de la voiture pour lui faire retrouver sa couleur originale.

L’efficacité de la manœuvre se révéla redoutable : la poussière, très volatile, se retrouva propagée dans les airs… mais aussi, pour une part non négligeable sur le superbe uniforme de notre ami douanier. En une seconde, devant l’étendue des dégâts – le militaire s’était transformé en garde rouge – mon imagination s’enflamme. Je vois un régiment de soldats « swazilandais » s’emparer de nous pour nous jeter dans un cul de basse-fosse avant un procès public sur la grande place de Mbabane … et la grâce refusée de sa Majesté Mswati III.

Mais que croyez-vous qu’il arriva ? Rien.

Le douanier eut l’incroyable délicatesse de ne même pas sourciller et de finir l’examen des passeports comme si rien ne s’était passé. Je le revois encore, dans un impeccable garde-à-vous, s’éloigner dans mon rétroviseur.

Cet homme, à l’évidence, avait conservé un peu de mémoire coloniale en adoptant une attitude typiquement britannique… « So british ! »

Août 1994

A propos Patrick Mottard

Conseiller général du 5e canton de Nice dans les Alpes-Maritimes depuis 1998. Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Parti Radical de Gauche
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15 commentaires pour Travel anecdote (1) : « So british »

  1. Emmanuel dit :

    Et toi Patrick tu n’as pas été rouge de honte ?
    Tu n’a pas honte d’être jaloux du succès de Dominique ?

  2. Emmanuel dit :

    Ah damned j’ai oublié un s à tu as…

    • Anne dit :

      ça mérite d’être illustré façon BD !
      mais hélas je n’ai pas d’option « crayon » sur mon clavier 😉

  3. Dominique dit :

    Anne a raison. Moi je verrais bien ça dans le style Tintin…

  4. bernard gaignier dit :

    Très fier d’être capitaine

  5. Claude Raybaud dit :

    Alors que dans la Grande Vadrouille, ça tourne mal pour Bourvil lorsqu’il renverse un pot de peinture sur l’officier SS!

  6. alaind dit :

    « S’essayer à la légèreté » est une expression formidable. En écho à la légèreté, que pourrais-je délester comme anecdote?
    Un séjour où entre janvier et mai 1986 j’ai eu le plaisir de contempler :
    – Une éruption volcanique avec coulée de lave et agrandissement de l’ile de la Réunion sur 30 hectares,
    – Le passage de la comète de Halley ,
    – Plus ou moins simultanément le balayage de l’ile par deux « petits » cyclones, petits en vent, que 140 km/h, mais forts en eau,
    – Et le retour début mai 1986 avec escale forcée au Caire, l’avion « out » après passage en tempête de sable, le visa Égyptien sur ma carte d’identité Française ne me permettait pas de sortir de l’hôtel, mais grâce à la complicité Égyptienne de rencontre, visite de la mosquée et des ruelles du Caire en « clandestinité » à l’odeur de jasmin, imprévue et sympa, le Super DC8 remastérisé du Point a été abandonné à la casse du coin, enfin je l’espère…
    – Puis après qu’un Boeing 707 nous ai récupéré deux jours après, décollage du Caire pour … non pas Mulhouse mais Nice car un steward s’est senti soudain bleu pale, donc atterrissage imprévu à Nice,
    – Décollage de NIce et vote (oui vote… vive la démocratie…) des passagers pour atterrir à … Paris et non pas Mulhouse où bien entendu plus personne ne nous attendait ,
    – Et enfin atterrissage à Paris où les conversations diffuses évoquaient la catastrophe de Tchernobyl entre quelques brins de muguet ,
    – Ensuite, le TGV a faillit être stoppé car une valise sans propriétaire a été trouvée, mais bon, c’est le détail de la fin.

    Sinon, plein d’images de couleur créoles, de saveurs, de fleurs, de gens et de sourires, de poissons fluorescents, et le petit oiseau cardinal qui passait dans le jardin, l’émotion aussi de se savoir proie en cet océan sauvage, petit devant une énorme raie sortie de l’eau trouble ou un troupeau de dauphins aux ailerons suspects, petit devant la vague qui m’écrase avant de me propulser vers le sable noir de la plage. La plage, où je me retrouve, ébahi, mi nu, le poisson est perdu? Non il arrive avec mon guide qui lui, a pris la « bonne vague », mes palmes par contre ont disparu, il me reste en main le fusil avec le sando pendant et la flèche au sol, ébahi oui, mais en vie!

  7. Indispensable pour votre prochain voyage : une brosse Swiffer et une bombe de Fée du logis (ça t’en fera 2).

  8. Cléo dit :

    Oh Latérite Latérite! Qui pendant des années revêtit les vêtements originellement blancs de ma famille vivant plus de dix années au mali et qui, dans l’enfance, me rendait perplexe: pourquoi sont-ils toujours vêtus de rose- orangé? Je redemande de la légèreté!

  9. Ping : Travel anecdot (2) : le sécuritaire de Pretoria | Le blog de Patrick Mottard

  10. Ping : Teaser JWE | Le blog de Dominique Boy Mottard

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