Dobrodošla, Hrvatska !

Drapeaux croate et européen

Bienvenue, Croatie !

L’adhésion de la Croatie à l’Union Européenne ce 1er juillet 2013 à 0 h méritait bien un billet sur ce blog (avec, pour le titre, la complicité de mon ancienne étudiante croato-5e canton Marina Verović).

N’en déplaise aux pisse-vinaigre europhobes de gauche comme de droite, ce rattachement à l’Europe d’une partie des Balkans est une nouvelle chance pour la paix. Comment ne pas penser cela ?

Je me souviens de cette visite de Vukovar, le Guernica de la Croatie, encore en ruines plusieurs années après la fin de la guerre contre la Serbie. J’ai encore en mémoire ces villages aux maisons éventrées de l’éphémère République de Knin dans la vallée de la Krka.

Mais cette bonne nouvelle a quand même un goût amer. Nous sommes en 2013 et c’est seulement la deuxième république de l’ex Yougoslavie après la Slovénie qui adhère aujourd’hui à l’UE. Bien sûr, la Bosnie, la Serbie, le Montenegro, le Kosovo et la Macédoine suivront. Mais combien de centaines de milliers de vies et de destins aurions-nous sauvés si, à la mort de Tito, l’Europe avait fait une généreuse (économiquement) et contraignante (politiquement) offre d’adhésion à la Yougoslavie encore unie ?

Trop d’Europe peut déstabiliser les nationalistes de tout poil, mais pas assez d’Europe tue : des guerres mondiales à la guerre civile des Balkans, c’est aussi simple que cela.

Quant à la Croatie, c’est un pays charmant que je vous encourage à visiter (beaucoup de Français l’ont déjà fait) : Rijeka, Zadar, Split l’antique, les lacs de Plitvice, le littoral aux eaux turquoises, sans oublier la majestueuse capitale Zagreb. Nous l’avons fait.

Et mon enthousiasme s’accompagne quand même d’un certain mérite : en effet, par deux fois, à vingt ans d’intervalle, j’ai été victime d’insolations survenues sur les remparts de Dubrovnik…

Sans rancune et Dobrodošla, Hrvatska !

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A propos Patrick Mottard

Conseiller général du 5e canton de Nice dans les Alpes-Maritimes depuis 1998. Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Parti Radical de Gauche
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6 commentaires pour Dobrodošla, Hrvatska !

  1. Sami dit :

    N en déplaise aux europhobes ! J adore … Je leur souhaite bonne chance aux nouveaux européens !

  2. Hristina dit :

    Bienvenue en Europe à tous les croites. Ce magnifique pays mérite amplement sa place en UE.

  3. Laurent Weppe dit :

    « Trop d’Europe peut déstabiliser les nationalistes de tout poil »

    Très franchement, les nationalistes n’ont pas besoin d’Europe pour être instables…

    Et puisqu’on parle de la Yougoslavie et de l’Europe, il y a ce texte (en anglais) écrit par Bora Zivkovic, qui vivait à Belgrade au moment du délitement de la Yougoslavie: je traduis les passages pertinents:

    «Quand Tit mouru en 1980, le « leader intrinsèque » disparu. Ce qu’il laissa derrière lui était un système de gouvernement conçu pour empêcher l’émergence d’un autre dictateur: une présidence collective de huit membres qui devait gouverner par consensus: Comme les huit imbéciles de cette présidence étaient incapables de se mettre d’accord sur quoi que ce soit, rien n’était jamais fait.
    […]
    La Banque Mondiale commença à demander le remboursement des vieilles dettes. En conséquence l’économie commença à sombrer. Avec l’économie naufragée […] alors que le reste du monde ne faisait plus de grands gestes d’amours à notre égards (et se faisaient même de plus en plus critiques), la sensation de « supériorité yougoslave » s’effondra. L’insécurité engendre un besoin d’appartenance à une groupe, mais le principal groupe auquel tout le monde appartenait devenait de plus en plus faible au fil des jours. Que faire? Où aller? À l’église, bien sûr. Tout à coup les églises étaient remplies de jeunes!
    […]
    Ils ne croyaient pas en Dieu ou dans la Bible ou dans quoi que ce soit de surnaturel. Ils n’allaient pas à l’église pour trouver Dieu, ils y allaient pour la sensation de communauté et de sécurité. Les églises le savaient et, plutôt que de pousser Dieu trop en avant (au risque de s’aliéner les petits nouveaux), ils mirent l’accent sur la communauté. Mais il y avait un truc: cette communauté était également une communauté ethnique.
    Les églises n’étaient pas distribuées de manière uniforme: tout à coup, ce n’était plus l’église catholique, mais l’église catholique croate, plus l’église orthodoxe, mais l’église orthodoxe <b<serbe, plus la mosquée, mais l’église bosniaque. Ce que ces églises apprirent aux jeunes fut le nationalisme: un suprémacisme local qui définit tous les autres comme de dangereux sous-hommes. Fraternité et Unité
    [la devise de l’ancienne fédération yougoslave] avaient disparues. Les partis nationalistes dirigées par des aspirats dictateurs (Milosevic, Tudjman, Izetbegovic) s’en rendirent vite compte et offrir leur appui aux églises.
    […]
    Les choses restèrent relativement stables pour plusieurs raisons […] le sentiment d’unité yougoslave était encore puissant dans les cités, en particulier dans les années 1989 et 1990 durant es réformes du premier ministre d’alors, Ante Markovic. En 1990, après une décennie de troubles économiques, tout le monde se sentait riche et optimiste, des centaines de nouvelles entreprises démarraient chaque année.
    Les leaders nationalistes des différentes républiques n’étaient pas heureux de voir ce « yougoslavisme » résurgent: ils s’étaient débrouillés pour se faire élire une année ou deux avant, mais se voyaient désormais perdre du terrain. Ce qu’ils firent fut de prendre l’argent fédéral en otage. Par exemple: l’argent que le gouvernement fédéral devaient envoyer aux paysans en échange de leur maïs devait passer par les républiques plutôt que d’aller directement aux fermiers. Les républiques étaient supposées gérer cet argent et payer les fermiers le prix déterminé au niveau fédéral. Mais Milosevic et consort mentirent aux paysans: leur disant que le gouvernement fédéral ne leur avait pas envoyé l’argent, ou ne l’avait pas envoyé à temps, ou n’en avait pas envoyé assez donc les prix devaient être baissés, etc… ce faisant accomplissant deux choses en même temps: saccager la réputation du gouvernement fédéral ET accumuler tout cet argent pour l’employer à d’autres fins, c’est à dire truquer les élections, renforcer l’armée et l’appareil sécuritaire, faire de la propagande, etc…
    […]
    Enfin, les deux Allemagnes se réunifièrent. Tout à coup, le Gouvernement allemand faisait face à l’énorme et coûteux projet de reconstruire l’Allemagne de l’Est, de la moderniser, de re-former et d’employer sa population, etc… Ils avaient besoin d’une nouvelle source de revenus pour un tel projet. Ce qui leur fut promis par les partis nationalistes de Slovénie et de Croatie. La loi yougoslave ne permettait pas à une companie étrangère de posséder plus de 50% d’une companie yougoslave. Les nouveaux nationalistes promirent à l’Allemagne qu’ils changeraient cela. Une fois l’accord passé, la SLovénie et la Croatie se déclarèrent indépendante et, bien évidemment, changèrent ces lois. L’allemagne reconnu leur indépendance immédiatement, ses firmes vinrent, achetèrent 51% de toutes les corporations rentables qu’elles purent trouver, utilisant les salaire locaux faibles pour faire des bénéfices qu’ils ramenèrent chez eux pour lancer des entreprises en Allemagne de l’Est. Parce que l’UE étaient en train d’être instaurée à cette époque, l’Allemagne obtint de plusieurs autres pays la reconnaissance de ces indépendances en échange de cocessions allemandes en faveur de l’unification de l’Europe.
    »

    Ce que je retire de ce récit, c’est que non seulement les manques de diplomatie commune et de solidarité entre états membres de l’UE (l’Allemagne s’est certes acoquinée avec des petits satrapes pour faire des affaires, mais on ne peut pas dire que ses partenaires -au premier lieu desquels la France et le Royaume-Uni- ont brillé par leur grande solidarité économique) ne datent pas d’hier, mais aussi que parmi les tares qui tuèrent la Yougoslavie se trouvaient deux fardeaux auxquels l’Union est loin d’être étrangère:

    •Un système politique baroque où des chancelleries nationales étaient en position de force par rapport au parlement commun.

    • Des apprentis dictateurs (tous issus de la classe dominante) qui encouragent le tribalisme ethnique et religieux pour pousser les plus fragiles à se taper les uns sur les autres plutôt qu’à se liguer contre l’inepte aristocratie de fait qui les dirige bien mal. Qui, par manque d’envergure n’eurent d’autre but dans la vie que d’être roi de leur talus et consacrèrent tous leurs efforts à dénigrer voir à saboter toute institution faisant obstacle à leurs mesquines ambitions et qui, derrière leur rhétorique de « la patrie avant tout » sont toujours les premiers à se faire les larbins des puissants qui vivent au delà de leurs frontières, démontrant une fois encore qu’un « souverainiste », c’est d’abord et avant tout quelqu’un qui préfère de loin être le grand seigneur d’une toute petite baronnie que le simple citoyen d’une Grande Puissance.

    Bien sûr, l’Union Européenne a quelques avantages sur la Yougoslavie: elle n’a jamais été dirigée par un dictateur adepte de l’après-moi-le-déluge, elle dispose de bien davantage de richesses que l’ancien dominion titiste et les partis nationalistes n’y ont pas -encore- assez d’influence pour en saboter les institutions de l’intérieur, toujours est-il que ce n’est certainement pas en étant pusilanime et contrit d’excuses face aux faux patriotes de service qu’on les met hors d’état de nuir.

  4. Emmanuel dit :

    Alors que certains parlent de sortir de l’UE d’autres y entrent. Alors bienvenue à la Croatie et à la survie du rêve européen que l’on a énormément de mal à poursuivre. Pourquoi ?
    Egoïsmes nationaux, manque de démocratie dans les prises de décision, dirigeants qui manquent de charisme et de persuasion, difficultés de créer un « sentiment européen »….
    En tous les cas le rêve a du plomb dans l’aile et il faudrait un sursaut salvateur pour redonner l’envie, l’envie d’avoir envie comme dirait l’autre.
    Merci à Laurent pour ses commentaires qui sont vraiment toujours de grande qualité.

  5. Emmanuel dit :

    À Nice aussi, on fête l’entrée de la Croatie dans l’UE. Étonnant, non ?

    damier croate

  6. Marina Verovic dit :

    Très beau billet Patrick … et merci de me citer ….j’en suis flattée ! Et pour l’insolation à Dubrovnik cela ne m’étonne même pas ….

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