Hem, Scott et le mâcon blanc

Paris est une fête

Depuis mon entrée dans l’âge adulte, le mâcon blanc est un peu ma madeleine de Proust. Natif de la préfecture de Saône-et-Loire, ce vin produit sur une cinquantaine de kilomètres entre Tournus et Mâcon est pour moi un marqueur culturel doublé d’un bonheur gustatif.

Son cépage est d’ailleurs le chardonnay du nom d’une commune voisine du village berceau de ma famille maternelle.

Pour les spécialistes, ces vins blancs ont une robe or jaune paille. Les arômes sont dans les notes de rose blanche, d’acacia, de genêt, de chèvrefeuille, de fougère, de citronnelle… Plus iconoclaste, mon père prétendait que le Mâcon Lugny (ma grand-mère a longtemps été propriétaire de vignes) avait un goût de pierre à fusil… Mais s’il est parfois un peu sec, associé au fromage de chèvre par exemple, il reste particulièrement gouleyant. Et pour faire un clin d’œil au présent, je m’honore d’avoir fait découvrir à Joëlle, ma suppléante, le Mâcon Viré Clessé, le cru vedette du terroir, dont elle est devenue une inconditionnelle.

Mais ce vin profondément original a d’autres amateurs et pas des moindres.

Ainsi, dans Paris est une fête, Hemingway narre une expédition faite à Lyon avec Scott Fitzgerald pour récupérer la petite Renault de celui-ci qui était immobilisée à la suite d’une panne. Nous sommes dans les années 1920, en pleine « génération perdue » (voir, sur le blog de Dominique, la petite devinette qu’elle avait proposée aux amateurs du JWE). Hem et Scott, sur le chemin du retour, s’attardent entre Mâcon et Chalon-sur-Saône :

« Ce jour-là, la pluie nous arrêta peut-être dix fois (…)
Et Scott se montrait particulièrement heureux de tâter de ce mâcon à chacun de ses arrêts. À Mâcon, j’achetai quatre bouteilles supplémentaires d’excellent vin que je débouchai au fur et à mesure de nos besoins.
Je ne suis pas sûr que Scott eût jamais bu du vin au goulot auparavant et cela le rendait excité comme s’il avait traîné dans les bas-fonds ou comme l’est une fille qui nage pour la première fois sans maillot.
(…) et je n’aurais jamais pu penser qu’en partageant avec Scott quelques bouteilles de mâcon blanc, sec et très léger, cela déclencherait en lui un processus chimique qui le rendrait cinglé. »

Un vin qui vous rend cinglé au point d’écrire Tendre est la nuit, pas de doute, il faut le consommer sans modération !

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A propos Patrick Mottard

Conseiller général du 5e canton de Nice dans les Alpes-Maritimes depuis 1998. Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Parti Radical de Gauche
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15 commentaires pour Hem, Scott et le mâcon blanc

  1. Emmanuel dit :

    Et le dernier empereur de Chine Pu Yi fut hissé ! Bernard si tu m’entends !

  2. Serge Lefebvre dit :

    Excellente madeleine et belle association.

  3. Claudio dit :

    Rien que la lecture embrouille l’esprit. Car j’en suis à me demander ce qui me trouble… Après relecture, je crois que c’est l’idée d’imaginer l’excitation « d’une fille qui nage pour la première fois sans maillot ». Plus excitante que la fille cette imagination d’excitation. Ajoutons le vin là-dessus et nous sommes cuits.

  4. Joëlle Vacca dit :

    Le Mâcon Viré Clessé rend cinglé je confirme, ravie de me trouver, avec ma vieille Renault de surcroît, auprès de si prestigieux amateurs … Je vais relire Tendre la nuit, avec un verre de vin blanc !

  5. Cendrillon dit :

    Rafraî-iihchissant comme billet !
    haâ ! pardon ! j’ai le haâ ! hoquet !
    haâ…

  6. Valérie Expat From Nice dit :

    Le Viré Clessé n’a pas cessé c’est sûr de couler à flots….
    Je suis terriblement larguée sur ce coup-là, me contentant, comme tous ceux qui n’y connaissent pas grand chose, de me « désaltérer  » 🙂 au Pommard burgond. Pas tous les jours ni même tous les mois bien sur …

  7. tu es né à Mâcon??? ça alors!! bienvenue chez nous !!! enfin moi c »était plus au nord du département….dans la sidérurgie …

  8. Vin superbe d’une région magnifique!

  9. bernard gaignier dit :

    Manu je m’incline devant ce magnifique jeu de mots.
    Moi pour le moment je consomme sans trop de modération divers vins de Corse… et c’est pas mal non plus!!!!

  10. alaind dit :

    La pierre à fusil, je demande à connaître, mais disons alors la saveur du silex frotté?
    Ces excellents vins me font parfois perdre la localisation des éléments, c’est à dire, où se situent précisément, le fromage, la chèvre, l’huître, le coteau brûlé, l’iode, l’océan…

  11. Ping : Paris est une fête | Le blog de Patrick Mottard

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