Travel anecdote (6-4e partie) : du rififi à Kalotina

Luc, Patrick, Dominique, Francine

(Première partie)

(Deuxième partie)

(Troisième partie)

La nuit fut longue, très longue. Le froid empêche tout assoupissement, l’exiguïté de la cellule exclut tout repos. Sans parler du désagrément des menottes, de l’obscurité et du bruit de pas potentiellement inquiétant du gardien quand il fait sa ronde.

Je m’angoisse pour le groupe, mais je relativise en me disant qu’on finira bien par sortir de ce mauvais pas. Du coup, je pense à tous ceux qui se sont retrouvés un jour dans une telle situation mais sans espoir véritable de s’en sortir.

Puis, le moment à la fois attendu et redouté arrive. On vient me chercher. Dans un bureau assez neutre, un officier m’interroge pendant une bonne heure dans un anglais balkanique approximatif qui me laisse toutefois comprendre que je risque quand même vingt ans de prison (il fait le geste deux fois avec ses deux mains, deux fois dix doigts, le compte est bon !) Je dois avouer que mon moral en prend un bon coup.

Après cette séquence, on me reconduit en cellule. De nouveau dans ma cage, je reste encore plusieurs heures sans nouvelles. Même pas de Christian qui ne me répond plus.

Quand on revient me chercher, j’ai l’impression que le climat et moins lourd. Et en effet, on m’annonce la bonne nouvelle : nous allons être libérés. Je fais l’expérience de la personnalisation des peines en régime communiste car on inflige à Christian, Dominique et moi, une amende dont le total correspond exactement à la somme que nous avions déclarée en arrivant à la frontière. Par-dessus le marché, nous sommes tous les trois interdits de séjour en Bulgarie pour cinq ans.

Après, tout va très vite. Je retrouve Christian puis le reste de la troupe. En fait, Luc, Francine et Dominique avaient été enfermés dans une cabine de surface pendant toute la nuit, ce qui leur avait permis notamment de suivre le ballet des officiels qui, en limousine noire, étaient venus de Sofia pendant la nuit pour régler ce grave problème frontalier.

Sans demander notre reste, nous filons vers la Yougoslavie qui a pour nous la suavité d’une terre promise. Quelques kilomètres plus loin, nous nous arrêtons dans la campagne pour souffler et récupérer. C’est là que nous prenons notre première photo d’après kalotina (voir ci-dessus).

Cette aventure aura toutefois l’avantage de me donner un atout dans ma vie militante. Nous sommes à la fin des années 1970. À cette époque, être militant de gauche vous amène à être régulièrement traité de « socialo-communiste » responsable des crimes de Staline. À chaque fois qu’un individu s’y risquait, je me plantais devant lui façon personnage d’Audiard pour lui dire : « Duc…, t’as déjà fait de la prison en pays communiste ? T’es interdit de séjour ? Non ? Eh bien, quand on sait pas, on caus’ pas ! »

Je dois dire que ça faisait son petit effet.

P.S. : Tout cela, bien sûr, n’a rien à voir avec la Bulgarie qui est un pays pour lequel j’ai beaucoup de tendresse. Après la chute du Mur de Berlin, nous sommes très souvent retournés au pays des Roses (même à… Kalotina) où nous comptons plusieurs amis. Et aujourd’hui, nombreux sont mes étudiants bulgares qui ne manquent pas de m’offrir, au printemps, une Martenitza.

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A propos Patrick Mottard

Conseiller général du 5e canton de Nice dans les Alpes-Maritimes depuis 1998. Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Parti Radical de Gauche
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10 commentaires pour Travel anecdote (6-4e partie) : du rififi à Kalotina

  1. La nuit n’avait quand même pas été de tout repos pour moi. Enfermée avec Francine et Luc dans une cabine en verre, je me sentais un peu bête et un brin responsable de tout ça. Ce sentiment se trouvait conforté par le garde chiourme qui, de l’autre côté de la porte n’arrêtait pas de me dire en riant « Toi, prison Sofia, ah ah ah ! ». On est venu me chercher à deux reprises pour m’interroger (sans doute dans le même bureau où Patrick avait été conduit) et l’on me fit comprendre que tout ça était de ma faute et que j’allais certainement être condamnée à une peine de prison. Comme nous en étions à notre quatrième ou cinquième séjour individuel en Bulgarie (avec tampons sur le passeport), on prétendit que j’étais sûrement une espionne (je suis certaine maintenant qu’ils ne devaient rien en croire mais sur le moment ça fait peur…).

    Il faisait froid dans notre cabine et le même garde qui s’amusait beaucoup à l’idée de m’envoyer faire de la prison avait suspendu son épais manteau devant notre nez après nous avoir dit qu’il n’était pas question d’aller prendre une couverture dans notre voiture (je crois me souvenir cependant qu’on nous avait autorisés à prendre un pull). Évidemment notre inquiétude était extrême pour Patrick et Christian qu’on avait vu disparaître en sous-sol alors que nous attendions dans le couloir de cette espèce de bunker. J’avais moi aussi un petit carnet plein de notes pas toujours positives (euphémisme) sur le voyage que nous venions de faire mais j’ai eu la chance d’être autorisée à aller aux toilettes et de faire disparaître toutes les pages…

    Quand on a vu débarquer les « officiels » au petit matin (costard, attaché-case…), je n’en menais pas large, persuadée que j’allais être embarquée à Sofia pour être jugée. Et puis, plus tard, ce fut la Libération !

  2. Valérie Expat From Nice dit :

    Une fois libérés, qu’as-tu dit ? « M….. ! On est libres ? »
    Ou pas ?

  3. Cynthia dit :

    quelle aventure !

  4. Emmanuel dit :

    Tout est bien qui finit bien !

  5. bernard gaignier dit :

    Je suis pas d’accord Manu. S’ils avaient été prisonniers pour longtemps on aurait pu faire plein de manifs de soutien.

  6. Cendrillon dit :

    C’est un peu plus qu’une anecdote du coup… Pour les filles ce n’était guère mieux…

    J’aime beaucoup la réplique façon personnage d’Audiard !

  7. Cendrillon dit :

    La réplique m’a inspiré quelques extraits cultes… comme Gabin (dans Archimède) and Co ! 😉

  8. Rita Gosti dit :

    Euh mn Père est allé en Roumanie en 68. En 70 il était en poste à Helsinki c’était truffé d’espions a participé à la fameuse conférence d’Helsinki et d’autres choses encore que je ne peux dire comme les Renseignements je l’ai su à la fin de sa vie.
    Ns sommes allés en Ursss à l’époque j’avais 13 ans choquée pr ce bloc. A Moscou et Leningrad à l’époque on était tellement encadrés aucun contacts avec ls russes….
    Ouiais la guerre froide quel truc !
    Mn père a pleuré lorsque le mur de Berlin est tombé.
    A Helsinki toutes ls Ambassades sous écoute remarque ça se fait encore….Je le sais,lol!
    Bien cte que la guerre froide soit terminée.
    Maintenant ns sommes confrontés à la mondialisation et le terrorrisme alimenté par le fanatisme religieux…
    Ca me fait peur cr ça naît en Occident et ça véhicule pr Internet.
    C’est encore plus délirant…

  9. Julie Seiller dit :

    j’adore la photo !!!!

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