La Dauphine jaune et noir

Edith et la Dauphine

Dans les années 60, l’achat d’une voiture était un événement considérable dans les familles françaises. La mienne fut mobilisée au moins trois fois pendant cette décennie pour l’acquisition d’un nouveau modèle. Avec le recul, j’en garde un souvenir ému.

Ainsi, pour remplacer la modeste 4 CV Renault à l’achat de laquelle je n’avais pas participé en raison de mon jeune âge, mes parents décidèrent de commander une Dauphine, la voiture populaire du moment. Hélas ! À l’époque, le constructeur ne proposait que trois ou quatre couleurs de carrosserie et les voitures se ressemblaient toutes, ce qui ne satisfaisait évidemment pas l’esthétique automobile de mon père et de ma mère. D’où l’idée, plutôt osée, de faire peindre le toit de notre voiture jaune pâle… en noir. Et c’est ainsi que nous eûmes la seule Dauphine jaune et noir du département (et peut-être de France !) Nous avions inventé les carrosseries bicolores qui sont aujourd’hui incontournables pour les minis urbaines (les Lancia, par exemple !)

Quelques années plus tard, la Dauphine se révélant trop exiguë pour mes parents qui voyageaient déjà beaucoup, il fut décidé d’acheter un modèle plus spacieux. Un débat s’engagea, y compris avec nos voisins et amis, pour départager deux stars de l’époque : la PL17 moteur Tigre et l’Aronde P60 Simca. Au final, ce fut l’Aronde qui fut choisie pour des raisons pratiques. Ironie de l’histoire : à la même époque, ma belle-famille –que je ne connaissais pas et pour cause – préféra la Panhard au design ravageur.

La P60 choisie était une Etoile, le modèle d’entrée de gamme sous-motorisé et à la carrosserie dénudée. Du coup, nous avions négocié avec le concessionnaire la pose d’une bande chromée le long de la caisse afin que la confusion soit possible avec les sophistiqués modèles haut de gamme Elysée et Monthléry. Pour que l’illusion soit parfaite, on demanda également des pneus à flanc blanc (une saloperie qui s’effaçait au moindre frottement contre une bordure de trottoir). Tous les amis – peut-être pour nous faire plaisir – répétaient à l’envi : « c’est dingue, votre Etoile on dirait vraiment une Elysée. Comme quoi, Paris vaut bien une messe et l’Elysée un petit mensonge.

René Opel RecordL’apothéose arriva avec l’achat de la troisième voiture. La situation matérielle de la famille s’étant améliorée, elle jeta son dévolu sur une superbe Opel Record. Certes, la voiture était teutonne ; mais Opel appartenant au groupe General Motors, elle cohabitait chez le concessionnaire avec les prestigieuses Chevrolet, Buick et autres Cadillac. La voiture étant par ailleurs assez cossue, le doute n’était pas possible : les Mottard roulaient en Américaine ! Mais le top du top, c’était quand même l’incroyable compteur de vitesse qui se colorait en vert, orange et rouge selon la vitesse. C’était magique ! Surtout quand je décrivais le processus dans la cour de récréation de mon collège…

Curieusement, cette fièvre automobile me quitta dans les années 70. Et ce n’est qu’en 1990 que je fis une rechute en tombant amoureux de mon Odette de Crécy, une Rover capricieuse et désinvolte qui m’en fit voir de toutes les couleurs (voir, sur ce blog, Latin Rover). Mais ceci est une autre histoire.

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A propos Patrick Mottard

Conseiller général du 5e canton de Nice dans les Alpes-Maritimes depuis 1998. Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Parti Radical de Gauche
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27 commentaires pour La Dauphine jaune et noir

  1. Louis-Paul dit :

    Un évènement considérable », c’est tout à fait cela. Je me souviens la 1ère fois que j’ai vu ma 4L (bleue!) toute rutilante bien que d’occasion dans le garage d’Orvault… »Nostalgie » dirait l’ami italien mais tant pis, ce sont de bons souvenirs.

  2. bernard gaignier dit :

    Encore un point commun…la première voiture de mes parents a été une aronde…..

  3. Emmanuel dit :

    Alors là les voitures ça mais Pat, mais c’est quoi une Odette de Crecy ?

  4. Manu lis le billet « Latin Rover » et tu peux poser la question à Delphine …

  5. Henri Legendre dit :

    alors là tu pousses,remonter si loin

  6. Marie Dorbini dit :

    ma toute 1ere voiture !

  7. Christian Boure dit :

    La dauphine est comme le PS elle n’a jamais tenue la route.

  8. Thierry Tirbois dit :

    Patrick, tu devrais écrire plus sur ton enfance et les souvenirs d’alors, c’est romanesque et littéraire, très touchant, plein d’humour! Ah! la belle famille! Panhard….

  9. Claudio dit :

    Très joli billet. Chez nous, à la même époque, on regardait vos voitures come Jonasz regardait les bateaux… les palaces, les restaurants… Inaccessible. Nous avions une mobylette… pour 7. De quoi frimer, longtemps après avec la vie dure 😉

  10. Louis-Paul dit :

    Autobianchi A112 !!! C’est sûr qu’avec ma 4L, je fais pas le poids (sourire) mais quand je suis arrivé dans la région, elle était bien pratique pour les chemins un peu caillouteux que je fréquentais à l’époque (du côté des plages de Cap Camarat ou de l’arrière pays niçois). j’ai même fait mon déménagement Paris/Nice avec!

  11. Emmanuel dit :

    Merci Patrick j’ai trouvé ! Je l’avais oublié cette Odette là !

  12. Catherine Maurel dit :

    La voiture dans laquelle je suis entrée en collusion tête la première en vélo : un trauma cranien/une portière conducteur à changer! Souvenir de jeunesse

  13. Thierry Jean dit :

    Mes parents avaient la 4cv ferlec

  14. Henri Cottalorda dit :

    Il n’y a pas que Patrick qui avait une Dauphine, la mienne était bleue. J’ai eu même une Floride à toit noir en 1967 !!!

    Dauphine d'Henri

    Floride

  15. La PL17 (Tigre of course), d’un bleu superbe, fut la première voiture de mes parents. Toute la famille était descendue attendre mon père au parking pour le voir arriver : quelle fête ! Mais avant ça, mon grand-père avait eu une Dauphine dont je ne me souviens plus très bien la couleur (il me semble qu’elle était bordeaux, mais c’est loin…).

  16. Cendrillon dit :

    😉 Très belles photos, et belles voitures…

  17. alaind dit :

    C’est la journée souvenirs photos et je te remercie Patrick pour le parachutiste! J’ai en association d’idées, prenant sa source dans les 70’s la marque Opel et la famille Mottard, c’est incontournable dans mon subconscient. La Dauphine, par contre, est associée à un véhicule ne tenant pas la route, et certains chargeaient le coffre de moellons pour tenter de remédier à son « déséquilibre »… Moi, j’ai une Opel Kadett City en attachement, et en grande magie. Je brave le radotage, mais après 195000 km au compteur, et quelque temps après l’avoir larguée pour morte à un garagiste, j’ai halluciné sur sa vision, elle était là plantée fièrement en un improbable stationnement au dessus des escaliers du métro de l’hôtel de ville de Lyon. Un peintre en bâtiment en avait fait acquisition, retapée, et pendant plusieurs années, elle m’a narguée, de ci de là avec ses seaux de peinture dans le coffre, à me doubler, me narguant sur le périphérique! Fantastique véhicule que l’Opel Kadett!

  18. alaind dit :

    …. suite du message: Il y a aussi Skoda et sa Fabia qui vous ont ont copié l’idée du toit noir, vous devriez protester pour plagia de ce design !!

  19. véro dit :

    Je me souviens de quatre voitures seulement: l’américaine de mon père, ailerons tape à l’oeil vert printemps repeinte et retapée sur le terrain vague de la brocante de mes oncles dans la petite station balnéaire des vacances de monsieur Hulo ( la pente- aller descendue devenant côte- retour à remonter, le souvenir du son de son moteur, est devenu celui du son du passage du vent dans mes cheveux) La deuxième appartenant à mon grand-père maternel, une simca 1301 bleu ciel , m’aurait été destinée si j’avais passé le permis. Mais avec l’argent du permis, j’ai acheté des livres de philosophie. Aucun regret! La troisième appartenait au cousin germain de mon grand-père, le seul élu de la famille, une DS noire, évidemment pour un centriste… La quatrième était une Skoda appartenant à mon grand-père paternel, une tchèque à deux portes comme la promesse d’une destination future.

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