Le grand 8

 

Joffrey Giovanetti et Didier Veschi

Joffrey Giovanetti et Didier Veschi

Après une journée très politique (rencontre avec la population de Gorbella à propos de l’avenir des terrains du stade du Ray, déjeuner-débat avec les candidats d’EELV aux Européennes), c’est avec plaisir que j’ai assisté à la deuxième soirée de 1er mai, place Maurice Thorez. Ce fut encore un succès avec une salle à nouveau comble (corollaire négatif : des candidats spectateurs ont été encore éconduits) et un public très réactif.

L’occasion aussi pour moi de faire un petit commentaire sur l’impeccable distribution : quatre femmes et quatre hommes, le grand 8 du Petit théâtre des affranchis.

Bernard Gaignier. À tout seigneur, tout honneur ! Sa mise en scène fluide et directe met en perspective un texte pas forcement aisé à traduire sur les planches. La dernière scène en particulier était très difficile à réaliser ; pourtant, pour les spécialistes du théâtre que j’ai rencontrés, le défi a été relevé haut la main. Sa composition de l’odieux Ange Dragucci est savoureuse. On le sait depuis longtemps, Bernard est un homme charmant, intègre et droit dans la « vraie vie » qui adore jouer les salopards au théâtre (à tout prendre, c’est mieux que l’inverse…).

Frédérique Grégoire-Concas

Frédérique Grégoire-Concas

Frédérique Grégoire-Concas. Son personnage de mère noble (enfin pas tout à fait !), ballottée entre sa fidélité au système et sa révolte naissante, demande beaucoup de subtilité pour l’actrice et beaucoup d’abnégation à la femme d’action qu’est Frédérique dans la cité. De l’avis général, elle est tout simplement remarquable. Suivez par exemple son jeu dans la dernière scène où elle passe par toute une série d’émotions contradictoires.

Didier Veschi. Il interpréte l’autre personnage « noble » de la pièce avec un sens de la nuance qui atténue le coté « iconesque » de ce Vaclav Havel de la Baie des Anges. Tour à tour sombre, sarcastique, raisonneur, il se lâche dans le dernier acte en chantant un court passage de « Nissa la rossa » avec une puissance qui décoiffe les spectateurs du premier rang. Didier, on t’aime aussi pour ça !

Joffrey Giovanetti. Son rôle est finalement assez court, mais en deux apparitions impressionnantes, Joffrey donne une telle densité à son personnage qu’on a le sentiment que l’histoire tourne autour de lui. Cela tombe bien c’est exactement ce que voulait l’auteur. Joffrey n’est pas seulement Yann Palacci mais probablement un peu Ian Palach.

Eva Siegle

Eva Siegle

Eva Siegle. Elle réussit une performance en transformant le monologue initial en un petit one woman show qui donne d’emblée un ton juste à la pièce. Occupant avec autorité l’espace, elle habite le texte en passant de l’émotion à la fantaisie avec une grande maestria.

Georges Cruzalebes

Georges Cruzalebes

Georges Cruzalebes. Dans le rôle de l’adjoint servile, il est tout simplement épatant. Il apporte entre autres cette touche de nissartitude qui crédibilise la pièce. Et, grâce à lui, les jeunes spectateurs apprennent chaque soir que « Gargarine » fut le premier homme dans l’espace.

Catherine Cocquempot

Catherine Cocquempot

Catherine Cocquempot. Celle qu’on a admirée il n’y a pas si longtemps dans « La cantatrice chauve » fait preuve d’une grande virtuosité puisqu’elle incarne l’un après l’autre deux personnages très différents : la volcanique Irina et la mystérieuse Anna. Avec la même justesse.

Huguette Veschi

Huguette Veschi

Huguette Veschi. Notre « cagole » du socialisme réel, notre Mado de l’Eau Vive tout en couleurs, fanfreluches et talent, nous rend accros aux bas nylon made in RDA.

Quelle fierté de voir son texte joué par un tel « grand 8 » !

Pour être tout à fait complet, je voudrais saluer à nouveau l’inventivité et la précision du travail en régie de Richard Martinez (d’autant plus que même si nous ne sommes pas dans un James Bond, il y a quand même quelques effets spéciaux…)

Fabienne Colson

Fabienne Colson

Toute ma gratitude à Fabienne Colson, la très concernée directrice du théâtre, qui présente tous les soirs le spectacle. Elle a eu le courage, quelques années après Henri Legendre le pionnier, de programmer du « Mottard » dans une salle niçoise ce qui n’est pas forcément évident.

Pour terminer, je porte à la connaissance des lecteurs de ce blog, le nom de la talenteuse photographe à qui nous devons les illustrations de ce billet et du précédent. Elle s’appelle Coline Ciais-Soulhat, c’est une de mes plus brillantes étudiantes de master InfoCom et vous pouvez visiter son blog « pro ».

A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
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16 commentaires pour Le grand 8

  1. bernard gaignier dit :

    Que peut dire le metteur en scène après une telle analyse de la pièce….
    Avec Patrick, c’est ma troisième aventure théâtrale. Fragments de Nice, Sur un air de cithare et maintenant Premier Mai…..
    Voilà je n’ai qu’un seul souhait…..qu’il y en ait d’autres. Patrick a une supériorité sur Molière (et sur Brecht….) c’est qu’il est vivant..donc plein de potentialités.
    Voilà, maintenant on vit pleinement cette aventure. Beau texte, équipe super, excellent accueil de Fabienne et du régisseur du théâtre Anthony sans oublier David.
    Et je quitte ce blog pour partir au théâtre….

  2. Le Mouton enragé dit :

    Ça, c’est une bonne idée: les auteurs, toujours les auteurs… Mais leurs pièces, qui les fait vivre?
    C’est l’occasion de caser un tout petit mot sur Bernard, par exemple.

    Bernard, la première fois que je l’ai vu, faisait Fragments de Nice. Je dis bien faisait, car il y faisait tout: personnages, narrateur, Promenade des Anglais, fac de droit, meubles de cuisine (ou de salon, je ne sais plus), chanteur, souffleur -moins facile qu’il n’y paraît de se souffler à soi-même- sirènes d’urgences, Mitterrand, Mottard…
    Tout.
    Pour décor un fond sombre, une chaise, et une petite loupiote qui l’éclairait à peine. Il faisait tout le spectacle à lui seul et c’était époustouflant de voir naître sous son jeu mille et un décors, mille et une voix, tout un monde de fragments de vie jaillis de sa seule présence.

    Après avoir vu 1er Mai… Je sais enfin qui il me rappelle. Il évoque ces acteurs de l’Actor’s Studio au jeu si physique, si intuitif, si imprégné de sensations que la parole n’est pour eux qu’une cerise sur le gâteau -mais quelle cerise encore, tant jusqu’à leur voix vibre d’un ressenti si communicatif.
    Des acteurs qu’on connaît surtout par leur filmographie quand ils sont et restent avant tout d’immenses acteurs de théâtre.
    Comme Bernard, qui ce soir de première a encore illuminé les planches de son généreux charisme: loin d’écraser les autres rôles comme tant d’acteurs à forte présence, il maîtrise aussi un art consommé de la retenue qui leur laisse toute leur place et ce n’est sans doute pas le moindre de ses mérites.
    Ce soir, il a réussi un autre exploit: faire en sorte que je ne souhaite plus en finir tout de suite avec Ange! C’est que, personnage méprisable et honni lors de ma lecture de la pièce, l’Ange de Bernard est devenu le méchant que j’adore détester.

    Bon, ce petit hommage était finalement un peu long… Mais après la vile mesquinerie exprimée par l’auteur quant au cachet de sa vedette, c’était bien le moins: j’aurais pu évoquer AUSSI le réalisateur -ah, cette dernière scène…^^

    PS: Bernard, c’est pas grave pour les godasses: l’été approche, tu n’auras qu’à acheter des tongs!

  3. Emmanuel dit :

    La parité au théatre aussi ?

    • Valérie Expat From Nice dit :

      Bon, hier, on a eu les stals….Heu… Qu’est-ce qu’il reste encore ? Les trots ? Mais qu’on se le dise : on ne bâillonnera pas les Motts !

  4. La troisième soirée a encore été jouée à guichets fermés… Gros succès avec en prime deux militantes staliniennes d’âge respectable venues faire de l’agitprop avec sifflets et interventions intempestives… deux jours après les tracteurs du front de gauche! Si on voulait faire un jeu de mots façon Canard Enchaîné, pour ceux qui ont vu la pièce, on dirait que ce n’est pas la bataille d’Hernani mais la bataille… d’Armani !

  5. Françoise Dos Santos dit :

    oh chaises et table, nous avions les mêmes lorsque j’étais enfant (……….) et mes parents en vendaient dans notre magasin ! sacré formica !!!

  6. Delphine dit :

    Formicable donc ! PM et Bernard arrivent à faire croire que Nice a été communiste ! Et moi qui n’ y ai vu qu’ une occasion de me marrer… Je suis sans doute passée à côté…

  7. Coline dit :

    Si j’avais su lorsque j’étais en 6ème au Collège Vernier, à la cérémonie de remise des prix il y a 13 ans de cela, que ce Monsieur Mottard qui m’offrait mon cadeau serait un jour reconnaissant pour mes photos, je n’y aurais jamais cru.
    Merci pour tout !

  8. Richard dit :

    Salut les artistes. L’épisode des 2 militantes staliniennes m’a un peu déstabilisé. Surtout que je croyais que c’était les mamies qui la veille avait appelé le théâtre pour affirmer que le communisme ne passerait jamais à Nice. Du coup je ne comprenais pas pourquoi elles accompagnaient de leurs applaudissements le chant des partisans. Bref, de mon perchoir je m’attendais à tout.
    A la fin de la pièce un spectateur est même venu nous féliciter pour la précision de la mise en scène puisqu’il croyait que les deux mamies faisaient partie de la troupe.
    Bref, merci PM pour tes compliments. Mais c’est avec beaucoup de plaisir que j’appuie sur le bon bouton au bon moment. Merci à Bernard pour me faire confiance, et de me faire participer à cette nouvelle aventure. C’est vrai que l’ambiance est très sympa. Et comme disait le mouton enragé en commentaire de ton précédent article, on partage des moments pendant lesquels on se sent bien.
    Allez je me prépare pour la quatrième.

  9. De retour de la quatrième représentation avec « les furtifs du dimanche »: beau public, acteurs au top avec en prime la présence d’Henri Legendre…carton plein pour la semaine …vivement jeudi !

  10. bernard gaignier dit :

    bon ben moi là…….j’ai plus rien, à dire. Mouton faut arrêter parce que même les tongs j’arrive plus à les mettre. Richard…..attends c’est toute l’équipe qui te remercie. C’est un privilège de t’avoir avec nous…..
    Bon j’arrête….trop d’émotions….alors à jeudi pour le suite!!!!!!!

  11. bernard gaignier dit :

    la suite….
    Au fait sur le formica….moi la table de mon enfance…elle était rouge. ce qui n’avait rien à voir avec la politique, car mes parents étaient des gaullistes inconditionnels. Dephine m’ayant volé le formicable, je suis même en panne de jeu de mots…..

  12. Richard dit :

    Compte rendu de mon perchoir:
    Sur une salle pleine, si j’ enlève Henri Legendre, Claudio et quelques époux accompagnateurs, rein que des femmes, de tous âges. Je me croyais à un concert de Patrick Bruel. Mais lesquels des deux sont-elles venues applaudir, l’auteur ou le metteur en scène ?

  13. Henri Legendre dit :

    bravo pour tout !

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