Timbuktu

CANNES 2014 n°1

Timbuktu

C’est parti pour le 67e festival de Cannes.

L’avantage de la montée des marches et de la cérémonie d’ouverture est qu’on a le privilège de voir les stars de l’écran « en vrai » ce qui réserve parfois quelques surprises quant à leur apparence physique. Ainsi, à côté de la très grande Nicole Kidman, le sympathique Richard Anconina semblait sortir d’une maison du boulevard Carabacel que connaît bien un certain Ange Dragucci…

Cela dit, après les trois premiers films, nous nous retrouvons avec un début de festival plutôt conforme à la tradition cannoise, c’est-à-dire éclectique.

Grace de Monaco, Olivier Dahan (France, hors compétition)

Tout a été dit sur ce film qui, paraît-il, a fort déplu à la famille princière monégasque. On se demande bien pourquoi. Il s’agit d’un épisode de la vie de Grace de Monaco au moment précis où la dame se pose des questions sur l’avenir de son couple avec Rainier et où la principauté voit son statut fiscal remis en cause par le Général De Gaulle.

La première partie, qui voit la princesse hésiter entre son destin d’actrice et celui de prisonnière du palais, est plutôt réussie. La suite, qui est censée expliquer comment Grace arrive toute seule comme une grande à isoler De Gaulle du reste de l’Europe pour sauver l’exception fiscale monégasque et Aristote Onassis, laisse plutôt perplexe.

En fait, ce sont surtout les héritiers du général De Gaulle, présenté dans le film comme une vieille ganache avec un cœur d’artichaut, qui seraient fondés à protester.

Mr Turner, Mike Leigh (Grande-Bretagne)

Le film relate les dernières années de la vie du peintre anglais Turner. Dès le début de ce long film (2 heures 30), on comprend qu’il n’appartient pas à la catégorie de ces magnifiques films sur la création picturale que furent le Van Gogh de Pialat ou La Belle Noiseuse de Rivette, présentés à Cannes il y a quelques années.

Mais on suit sans déplaisir les tribulations de cet ours mal léché bipolaire aux borborygmes porcins, joué par un grand Timothy Spall qui peut d’ores et déjà être inscrit à la liste des prétendants pour le prix d’interprétation masculine.

Timbuktu, Abderrahmane Sissako (Mauritanie)

Le premier coup de poing d’un festival que l’on dit très politique.

Quelques jours dans la vie des habitants de Tombouctou sous l’occupation des islamistes radicaux. Quelques scènes de barbarie ultra-violentes mais surtout une atmosphère lourde, très lourde, sur une ville où les djihadistes ne sont pas des fanatiques exaltés mais de véritables fonctionnaires de la Charia.

Avec une scène d’une incroyable beauté relevée par les festivaliers rencontrés cet après-midi : comme, entre autres, le football est interdit par les islamistes, les jeunes jouent discrètement un match… sans ballon, un peu comme les joueurs de tennis d’Antonioni dans Blow up.

À un moment où le ministre Benoît Hamon marque des signes de faiblesse, Timbuktu est plus qu’un grand film. C’est un film utile.

Patrick et Dominique

Publicités

A propos Patrick Mottard

Conseiller général du 5e canton de Nice dans les Alpes-Maritimes depuis 1998. Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Parti Radical de Gauche
Cet article, publié dans cinéma, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

8 commentaires pour Timbuktu

  1. Lara Dupree dit :

    Merci pour partager l’ambiance ainsi que les films du festival de Cannes qui me semble assez intéressants a regarder et surtout réfléchir …..

  2. Laurent Weppe dit :

    En fait, ce sont surtout les héritiers du général De Gaulle, présenté dans le film comme une vieille ganache avec un cœur d’artichaut, qui seraient fondés à protester.

    Ils n’ont pas le temps, voyons! Ils sont bien trop occupés à dilapider le peu d’héritage qui leur reste.

  3. Emmanuel dit :

    Ah on voit que Michelangelo te manque, normal après un film aussi peu motivant que celui sur la vie de Grasse de Monaco…

  4. Pénélope dit :

    Assidue et fan de vos chroniques sur le festival je savoure avec autant de plaisir vos chroniques
    merci pour ce rendez vous annuel…

  5. Dgé of falicon dit :

    La grâce des dieux m’a permis d’être présent pour cette 2ème journée à Cannes. Le soleil m’ayant tapé sur le ciboulot, un instant je me suis pris pour le chroniqueur PM.
    Mr Turner, Mike Leigh (Grande-Bretagne)
    Interprété avec beaucoup de tact, grrrrrrr, Timothy Spall joue à la perfection ce peintre dans les dernières années de la vie de Turner. Coup de chapeau particulier pour la lumière, telle celle que nous retrouvons dans ses merveilleuses marines.

    Timbuktu, Abderrahmane Sissako (Mauritanie)
    Film très fort, qui m’a réellement remué. Ce film est une déclaration d’amour à l’Afrique et au courage des femmes. Il filme des djihadistes paumés? mais inquiétants. La musique doit être condamnée mais que faire si celle-ci est à la gloire d’Allah… C’est une lueur d’espoir face au fanatisme religieux, tel ce plaidoyer de l’Iman qui essaye de faire entendre la voie de la raison et du Coran, sans succès dans un premier temps. Ou bien, cette scène surréaliste où, le football étant interdit, des gamins jouent avec un ballon invisible. Avec une certaine pudeur, un zeste d’humour et des images dures, très dures, Abderrahmane Sissako remplace la Kalachnikov par une caméra, et met en opposition, deux islam. C’est aussi, au-delà de l’islam, le combat de l’amour et de la tolérance contre l’obscurantisme de la religion.
    Plus de 15 mn d’ovations qui me semblent méritées et pourquoi pas la palme d’or!

    Escusez mon impertinance, n’est pas PM qui veut!

  6. patou dit :

    vous êtes trop beaux !!!!!! magnifique

  7. Le Mouton Enragé dit :

    Joli smoking… et choix de cavalière nettement mieux inspiré que celui du pauvre diable ayant écopé de la Kidman, juste bonne à transformer en nain un honnête homme du sud de taille standard.
    « L’homme qui accompagne Mme Mottard » à Cannes restera donc aussi dans les annales comme celui qui aura qualifié De Gaulle de vieille ganache au coeur d’artichaut et des djihadistes de fonctionnaires de la Charia…
    Rien que pour ces fleurons d’inventivité et même si je détestais le cinéma, je continuerais à lire ces chroniques! Bis! Bis!

  8. amadou dit :

    Quels artistes!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s