Les nouveaux « nouveaux monstres » sont argentins

CANNES 2014 n° 2

Traditionnellement dès le vendredi et le samedi de la première semaine, le Festival trouve sa vitesse de croisière. C’est encore le cas cette année avec les quatre films de la compétition officielle que nous avons eu l’occasion de voir même s’ils étaient de qualité inégale.

Mais cette année, la cerise sur le gâteau de ce début de festival fut incontestablement l’article (d’une demi-page) dans le journal Le Monde de noter amie… et ancienne étudiante Florence Gastaud intitulé « Inventons de nouvelles règles pour diffuser nos films ». Madame la Déléguée Générale de l’ARP y plaide pour une réforme des règles hexagonales de diffusion des films afin d’éviter une libéralisation sauvage provoquée par la mondialisation et les NTIC. Comment ne pas être d’accord avec elle ?

Winter sleep, Nuri Bilge Ceylan (Turquie)

Aydin, un intellectuel, comédien en retraite, tient un petit hôtel en Anatolie avec sa jeune épouse Nihal dont il s’est éloigné sentimentalement et une sœur récemment divorcée. C’est l’hiver, la neige ne tarde pas à recouvrir le paysage et l’hôtel devient le théâtre de leurs déchirements.

Le fait générateur de la crise est dû à Aydin, prompt à propager de grandes idées humanistes quand il s’agit de parler de l’Humanité en général mais incapable d’empathie ou même tout simplement d’intérêt pour son prochain, celui qui vit à coté de lui. C’est bien pour cela que sa femme rejette une relation où elle se sent manipulée et méprisée. Aydin arrivera in extremis à éviter la séparation mais au prix du mutuel constat de la mort définitive de leur amour.

Avec ce film, Ceylan devient un peu l’Antonioni turc. Cette incommunicabilité version anatolienne est certes plus bavarde que celle du réalisateur italien, mais sa conséquence est la même. Puisqu’on ne peut plus s’aimer, on se contentera de se réchauffer… Au cœur de l’hiver, en Turquie centrale ce n’est déjà pas si mal. Le premier grand film du festival, pas seulement par sa longueur (3 h 16 de projection).

Captives, Atom Egoyan (Canada)

Huit ans après sa disparition, quelques indices semblent indiquer que Cassandra, une jeune adolescente, est toujours en vie. Une enquête est donc diligentée par une unité spéciale de la police de l’Ontario pour la retrouver.

Mais où est donc le cinéaste prometteur des années 1990 qui nous faisait vibrer avec The adjuster, Calendar ou Exotica ? Certainement pas derrière ce film à l’intrigue mollassonne dont le scénario n’arriverait même pas à nourrir un épisode de série TV policière…

Saint Laurent, Bertrand Bonello (France)

Ce nouveau biopic du célèbre couturier n’a pas été autorisé par son compagnon Pierre Bergé et sa famille. Cela ne le rend pas meilleur pour autant. Pour un film de 2 h 30 – c’est la tendance de cette année : déjà trois (trop) longs films –, seules les deux premières minutes (prometteuses et donc mensongères) nous font deviner les faiblesses et les fêlures du créateur. C’est peu (voir le blog de Dominique pour la première scène). Même si, au détour d’une séquence, nous avons eu le plaisir de retrouver l’atmosphère du jardin Majorelle à Marrakech où nous étions il y a à peine un an (voir sur ce blog « Fragments de Maroc », 5 mai 2013).

Relatos Salvajes, Damián Szifrón (Argentine)

Dans ce film à sketches, des individus tout à fait normaux pètent les plombs à la suite d’un événement désagréable mais relativement anodin (un échec à un concours, un doigt d’honneur, enlèvement de véhicule, une infidélité, un accident de voiture…) Ils deviennent, à l’instar des personnages de Dino Risi, des monstres (que rappelle d’ailleurs le titre français « Les nouveaux sauvages »). Le tout dans une atmosphère proche de celle d’Almodovar, par ailleurs producteur de Relatos salvajes.

C’est incroyablement inventif, cruel et drôle. On rit du générique à la dernière séquence du sketch final (un mariage juif passablement déjanté).

Pour le moment, et de loin, la plus belle surprise de la sélection.

A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
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7 commentaires pour Les nouveaux « nouveaux monstres » sont argentins

  1. Laurent Weppe dit :

    Dans ce film à sketches, des individus tout à fait normaux pètent les plombs à la suite d’un événement désagréable mais relativement anodin (un échec à un concours

    Déjà que j’en fait des cauchemars la nuit…

  2. Emmanuel dit :

    Un Antonioni Turc alors là vraiment je commence à comprendre, mais de nouveaux monstres argentins, alors là Dino doit se retourner dans sa tombe !

  3. Emmanuel dit :

    Consternant, le cinéma français qui se trouve comme sujet d’intérêt YSL….La mode comme objet de culture….Guy Debord revient et montre nous tous les travers de cette société du spectacle !

  4. Lara Dupree dit :

    Merci, Patrick pour ce partage….pour moi, le film argentin, salvagis relatos, a provoqué mon intérêt, on peux voir comment un petit évent peut changer l’existence de bcp de gents , ex la cause de la 2 ème guerre mondiale, …..le film turc, winter sleep peut être aussi vaut la peine, mis je le trouve trop long….encore merci

  5. Ping : Turkish délices au clap final | Le blog de Patrick Mottard

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