Un crash qui fait du buzz

Le crash du vol AH 5017 est une tragédie. Ses 118 victimes et leurs familles ont naturellement droit à notre compassion et si nécessaire à notre solidarité. Elles ont un droit absolu à connaître la vérité pour ne pas se trouver dans la situation des parents des victimes de la disparition de la caravelle Ajaccio-Nice.

Pour autant, cet accident – pour le moment les autres hypothèses ne semblent pas retenues – a depuis quelques jours un traitement médiatique surprenant : sujets de vingt minutes dans les JT avec intervention de « spécialistes » en banalité, reportages crapoteux pour soutirer des larmes aux proches des victimes, hypothèses farfelues immédiatement infirmées, images en boucle des lieux de l’accident, les fameux « envoyés spéciaux » en tenue « Paris-Dakar » qui nous expliquent qu’il fait chaud dans le désert…

Plus intrigant encore est le traitement politique de l’accident avec un François Hollande omniprésent (Fabius aussi mais il est plus dans son rôle). La question que je me pose est la suivante : est ce bien le rôle du Président de jouer ainsi l’enquêteur en chef ? À l’évidence non. Nous sommes donc dans une séquence de communication un peu à la Sarkozy. Je dois dire que l’épisode des drapeaux en berne me laisse perplexe… (si cette décision devait faire jurisprudence, on peut les replier définitivement).

Que ce soit pour des raisons économiques (les médias) ou politiques (le Président), on frise l’indécence. Et quand je dis on frise…

A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
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4 commentaires pour Un crash qui fait du buzz

  1. René Poésy dit :

    ce traitement médiatique et politique me mets à l’aise. J’ai aussi entendu à propos de l’accident en Ukraine, un « spécialiste » indiquer doctement que la crainte de tout pilote d’avion était une attaque par missile!! Nous n’en sommes (heureusement) pas là quand nous prenons chacun l’avion.

  2. Emmanuel dit :

    C’est ça la société du spectacle ! Mais que vient faire Buzz Aldrin dans cette histoire ? Et dire qu’hier on fêtait les 800 ans de la bataille de Bouvines et que personne n’en a parlé ! Forza Nibali, on fait la buse avec n’importe quoi aujourd’hui ! Bin quoi j’ai dit une bêtise ?

  3. Les mots ne sont pas les choses.
    Entièrement d’accord.
    Bien entendu, la presse exploite à fond l’événement qui lui fournit une matière qu’elle recuit à l’infini. Cela fait du temps d’image gratos.
    Quant à l’attitude de Hollande et cette histoire de deuil national ( à partir de combien de victimes ? En une fois ? En plusieurs fois ?), tout comme l’habitude qui s’est installée qui fait que dès qu’il y a un accident, un fait divers, etc, le ministre (et même le Premier) se déplace – on se demande à quoi servent les préfets – en prononçant des invocations péremptoires du genre : « Nous mettrons en œuvre tous les moyens, nous ferons en sorte que » etc etc. Parce que sans cela, les autorités de la République ne font pas leur boulot ?
    Tout cela amène la banalisation des choses et un relativisme général. Si c’est un malheur pour les victimes et leurs proches, en quoi être la victime d’un accident (et non d’un attentat – là, c la aurait été la France qui aurait été attaquée et le Chef de l’Etat aurait été dans son rôle) fait de vous un héros digne de l’attention nationale ?
    Mais si c’est de la com pour montrer que le gouvernement peut être partout et s’occuper de tout (c’est plus facile apparemment au dessus du désert que dans nos banlieues), et camoufler une réalité quotidienne d’impuissance et de navigation à vue, c’est infâme. En matière de prise de décision, Hollande en a fait plus en 3 jours qu’en 3 ans.
    La presse ne parle que de cela, ce qui met en arrière-plan la courbe du chômage, le déficit, etc.. etc. et permet de tenir jusqu’à la grande sieste collective du mois d’août.
    Et si c’est généré par du pathos qui le submerge et qu’il fait son deuil par de l’activisme tout azimut, c’est pathétique pour un chef d’Etat, qui n’a pas à avoir le rôle de ces psychologues (plus ou moins qualifiés d’ailleurs) qui accourent dans les célèbres « cellules psychologiques » mises en place après chaque malheur.
    Ce que l’on lui demande, c’est de l’action au quotidien et non de la compassion au gré de l’actualité qui est généralement tragique. Comme dit P. Mottard, on peut alors ranger les drapeaux car ce n’est pas fini. Quand les cinglés islamistes du Califat auto proclamé feront un attentat en France (ce n’est qu’une question de temps – pas atmosphérique mais la durée), on décrètera un deuil national permanent ?
    Oui, je le répète, c’est tragique et chacun n’a ni besoin de la presse, ni du président pour le savoir. mais on rappellera qu’il y a 60 morts par semaine par an sur les routes de France.
    Qu’au moment venu, dans une cérémonie, avec toute la solennité qui convient, le Président de la République, en tant que symbole de l’unité de la Nation, s’incline devant les victimes, oui. Qu’il se transforme en super préfet de plan ORSEC réglant les questions techniques, non, courant du four au moulin, donnant des informations (déjà données par la presse), et faisant une ou deux déclarations par jour qui relèvent d’ailleurs plutôt du sous-titrage que du discours opérationnel.
    Le message de motivation des administrations concernées est dans doute passé. Il est temps maintenant qu’il passe la main.
    Toutes proportion gardées, sortons du reality show politique permanent. Il est temps que les politiques, à tous les niveaux, se libèrent de cette obsession de l’audimat.

  4. Laurent Weppe dit :

    C’est parce qu’il y a eu la disparition du vol 370 de la Malaysia Airlines suivi du crash du vol 17 de la même Malaysia Airlines en Ukraine (2014 n’est vraiment pas l’année de la Malaisie): après une disparition mystérieuse sans épave retrouvée et un crime de guerre séparés d’à peine quatre mois, les médias ont pris l’habitude de traiter les catastrophes aériennes comme des scoops exigeant une couverture prioritaire: ça leur passera.

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