Never forgotten Colombine ?

Colombine

CARNET DE VOYAGE N° 5

C’est à l’écart d’une immense base de loisirs, regroupant sur un gazon impeccable terrains de jeu et espaces sportifs pour jeunes WASP, que nous avons trouvé le Mémorial, enceinte circulaire en pierres ocres à demi enterrée. En son centre, treize blocs de marbre, sur lesquels sont inscrits des noms et de courtes biographies où il est question de destins brisés, de famille et de Dieu, forment un cercle. Sur le sol, une inscription «Never forgotten». Sobre, presque conceptuel dans sa simplicité, le lieu est propice au recueillement et à l’émotion.

Nous sommes à Littleton, banlieue plus qu’aisée de Denver, qui n’en revient toujours pas d’avoir découvert le 20 avril 1999 que deux de ses enfants, déterminés et sur-armés, avaient été capables de tuer pratiquement de sang-froid et sans raison apparente, douze de leurs camarades et un professeur. Ce drame est resté dans l’Histoire sous le nom de «Fusillade du lycée Colombine».

À l’époque, l’émotion fut intense et un mouvement en faveur de l’abolition de la vente libre des armes fut lancée. Le remarquable documentaire de Michael Moore (Bowling for Colombine) fit connaître la tragédie dans le monde entier. Elephant, de Gus Van Sant, traita également le même thème, tout en cherchant parallèlement à percer les mystères de l’adolescence.

Mais dans les faits, rien ne se passa. Pire que cela : depuis cette date, des dizaines de Colombine se sont produits. En août 2012, nous avons même côtoyé un de ces drames à Milwaukee dans le Wisconsin (voir sur ce blog «Sikh temple shooting»).

Malgré la volonté du gouvernement fédéral depuis 2008, une majorité d’Américains, bien aidés en cela par les groupes de pression et les politiciens démagogues, considèrent toujours que posséder des armes à feu est une liberté fondamentale. D’où le sentiment de malaise qui est le nôtre devant le Mémorial où l’essentiel des citations fait référence à la fatalité dans un pieu climat de résignation. Never forgotten, oui, mais pourquoi ?

Sans un véritable volontarisme politique, chacun sait que la tragédie se répètera à l’infini. Et l’accusation du jeune témoin figurant au fronton du monument «I didn’t have any anwers» restera de toute éternité où on la trouve actuellement : gravée dans le marbre.

Heureusement Denver vaut mieux que cette sinistre jurisprudence. C’est aussi la ville où Obama a reçu l’investiture démocrate pour l’élection de la victoire de 2008. Avoir modestement partagé cet événement à l’époque au Convention Center de la ville, nous remplit toujours d’un sentiment de fierté (voir sur le blog de Dominique, « Denver, CO, 08/24/2008« )

Obama, Colombine, deux faces de cette Amérique qui nous fascine tant. Probablement parce qu’elle anticipe nos rêves d’avenir les plus fous tout en déterrant nos terreurs de civilisation les plus enfouies.

A propos Patrick Mottard

Conseiller général du 5e canton de Nice dans les Alpes-Maritimes depuis 1998. Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Parti Radical de Gauche
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8 commentaires pour Never forgotten Colombine ?

  1. Patrick Walz dit :

    🍻dans un autre registre, Denver (et le Colorado) haut lieu de la bière…
    Des visites organisées de « brewery » sont légions…
    La qualité de l’eau dans cette région y serait pour beaucoup…🍻
    À la vôtre…

  2. Emmanuel dit :

    La puissante NRA empeche toute réforme sur le droit d’etre armé.

  3. Lara Dupree dit :

    Très et trop émouvant……

  4. Francisca Zita dit :

    bien triste et sombre parenthèse, ce carnet usa , quoique légèrement équilibré/relevé par Obama 2008. En entretemps on peut toujours espérer more « Progress » quant à cette soi-disant « liberté » d’accès aux armes à feu.

  5. Didier Grac dit :

    C’est la betise de l’etre humain! ! !

  6. Sophie Mancel dit :

    C’est surtout le coup de folie de jeunes parfois désespérés dans une société qu’ils ne comprennent pas. Ce phénomène pour l’instant américain peut facilement s’exporter en France si l’on continue à abandonner des enfants sur un parcours incompréhensible dans les écoles françaises.
    ·

  7. Philippe Ferrari dit :

    Sordide , mais salutaire

  8. Ping : Gus Van Sant à Paris | Le blog de Patrick Mottard

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