Les deux erreurs d’Arnaud Montebourg

Nice, meeting pour l'élection présidentielle, 28 mars 2012

Nice, meeting pour l’élection présidentielle, 28 mars 2012

Au-delà de la question de fond sur la pertinence de l’actuelle politique économique du gouvernement, Arnaud Montebourg – pour lequel j’ai d’ailleurs la plus grande sympathie personnelle – a commis deux erreurs majeures.

La première est d’avoir confondu la gouvernance de la France avec celle du Parti socialiste. Au PS, il est fréquent d’appartenir à une majorité et à une direction dont on critique ouvertement les orientations. Cela est dû à la suicidaire logique des courants : à la direction du parti, on représente avant tout son courant et on prend des postures pour le renforcer en dehors de toute solidarité.

Un gouvernement, par contre, doit faire preuve de cohérence ne serait-ce que pour des raisons de politique internationale. Un ministre, selon la célèbre formule de Chevènement – qu’on n’a cessé de nous rappeler aujourd’hui – « ça ferme sa gueule ou ça démissionne ».

Ce type de confusion ne m’étonne pas vraiment de la part de Benoît Hamon tant il est un produit de ce système. Elle me surprend beaucoup plus de la part de Montebourg que j’ai bien connu au PS et qui, à l’époque évitait les contraintes d’appareil en laissant poindre une stature d’homme d’Etat.

La deuxième erreur est de croire que l’opinion publique et les électeurs vont faire un tri entre responsables de l’actuelle majorité au moment des futures échéances électorales. Le cap fixé par Valls, qu’on s’en réjouisse ou qu’on s’en désole, sera celui qui sera maintenu jusqu’à la fin du mandat de François Hollande. Par quinquennat, il peut y avoir une place pour un tournant (comme Mitterrand en 1983), pas pour un zigzag.

Le succès n’est pas garanti, loin de là, mais la défaite de la ligne Valls serait celle de toute la gauche et donc celle de son opposition interne. Arnaud y compris.

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A propos Patrick Mottard

Conseiller général du 5e canton de Nice dans les Alpes-Maritimes depuis 1998. Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Parti Radical de Gauche
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22 commentaires pour Les deux erreurs d’Arnaud Montebourg

  1. Emmanuel dit :

    Cet épiphénomène montre que la fameuse parenthèse de 1983 n’est toujours pas refermée et que la surenchère des uns et des autres ne mène à rien de bon ! Il est peut être tant de concevoir une autre république…

  2. Emmanuel dit :

    Ou bien est-ce la fermeture de cette parenthèse et l’affirmation revendiquée d’une autre ligne ?

  3. Sophie Mancel dit :

    En effet confondre les relations intra-parti qui permettent presque tous les excès et les responsabilités ministérielles nous inquiètent beaucoup, nous les électeurs, qui sommes témoins à gauche comme à droite ( n’oublions pas le désastreux conflit à l’UMP à l’automne dernier) des délires d’hommes politiques inconséquents et pourtant à qui on a confié la gouvernance de notre pays.

  4. Marie Breteau dit :

    ça va certainement accentuer la perte de confiance des électeurs dans les hommes politiques d’avantage intéressés par leur plan de carrière que par la chose publique !

  5. Laurent Weppe dit :

    Un ministre, selon la célèbre formule de Chevènement – qu’on n’a cessé de nous rappeler aujourd’hui – « ça ferme sa gueule ou ça démissionne ».

    Sauf que la méthode Chevènement, c’était de prétendre être solidaire du gouvernement en public, pour dire à son patron en privé « Tu me donnes ce que je veux ou je te sabote ta campagne présidentielle » et passer à l’acte quand ledit patron refusa de céder au chantage.
    Quitte à choisir, je préfère un psychodrame de mi-mandat qu’un ministre qui simule la solidarité en public pour ourdir la ruine de ses soi-disant alliés en privé afin de démontrer sa capacité de nuisance dans l’espoir que ses prochaines menaces seront davantage prises au sérieux et lui permettront d’extorquer davantage de prébendes.

  6. Louis-Paul dit :

    A vrai dire, je pensais plutôt trouver ici un billet sur un (une) autre ministre. (Voir ici « Culture et Présidentielles »)…

  7. cela viendra Louis-Paul..même si je n’ai pas grand chose à dire sur Aurélie…c’est la politique française de la culture qui est un peu à bout de souffle !

  8. Louis-Paul dit :

    Merci Patrick de ta réponse. Sa lettre ne console pas de « l’inconsolable » mais réchauffe un peu des « cœurs » meurtris.

  9. Rita Gosti dit :

    Oui mais Montebourg a un peu exagéré, non?

  10. P-E Guillet dit :

    Laurent Weppe, peux-tu préciser pour Chevenement?

    Sinon, très bon texte, qui résume ma pensée sur cette prétendue « affaire » Montebourg

  11. Gérard Bony dit :

    Trop pressé , spécialiste du hold-up à la hussarde , il n’a pas retenu la leçon de son fiasco lors de sa tentative de prise de la Présidence du groupe à l’Assemblée . De plus les luttes d’influence au sein d’un Parti doivent s’effacer aux responsabilités , on n’est ni Président , ni Ministre d’un Parti , on est au service de la France , Arnaud Montebourg a oublié cela comme la nécessaire et indispensable solidarité Gouvernementale .

  12. Rita Gosti dit :

    Bien dit Gérard c’est tout à fait ça!

  13. Henri Cottalorda dit :

    Je suis pour que ce gouvernement assume pleinement son ancrage social- démocrate, le départ de MONTEBOURG et de HAMON va permettre d’aller dans ce sens avec clarté.

  14. Sami dit :

    C est le système qui est a bout de souffle.
    Je pense du il est temps de passer a la sixième république !

  15. Thierry Tirbois dit :

    Seulement deux ?!!!

  16. Je suis prof de droit constitutionnel et je pose la question à ceux qui proposent la sixième République comme remède: c’est quoi pour vous ce nouveau régime? j’ai ma petite idée mais je ne suis pas certain qu’elle fasse plaisir à tout le monde…

  17. parsus dit :

    oui pour une 6ene république, une nouvelle constitution qui donne plus de responsabilité au peuple.
    non a un groupuscule d’hommes et de femmes qui prennent le pouvoir a leurs profil ( social démocrate compris) et qui se mettent a genoux devant le pouvoir de l’argent.
    oui hollande est pire que sarko dans son rôle de chef d’état.
    redonnons la parole au peuple c’est a lui de décidé, mais vous les sociaux démocrates vous avez peur des élections car vous savez la veste que vous allez prendre.
    alors vous préférez laisser le peuple souffrir pour garder vos postes.
    parsus06

  18. que veut le peuple? pas vraiment -même si on peut s’en désoler- les propositions de la gauche de la gauche…

  19. parsus dit :

     » mon ennemi il n’a pas de nom ni de visage c’est la FINANCE  » le Bourget 2012
    je rigole
    parsus

  20. Excusez, c’est un peu long…
    Ce que joue Montebourg (Et le terme de « jouer » n’est pas hors de propos puisqu’il a déclaré dans son discours d’adieu au Ministère : « Il faut savoir quitter la scène quand on ne sait pas jouer plus longtemps la comédie », (Quel mépris pour le service de l’État !), et avec lui les « frondeurs » (ou les agités du bocal Palais-Bourbon), c’est la politique du pire.
    On verra si, au prochain congrès du PS, la ligne Valls reste minoritaire et donc si le PS ne fait toujours pas, à la suite de Valls, enfin son Bad Godesberg (1959, soit il y a quand même 55 ans !), ce qui serait d’ailleurs très étonnant car on sait que les Congrès du PS se gagnent avec la formule « Plus à gauche que moi tu meurs ». Cela n’empêche pas d’ailleurs de déclarer ensuite n’importe quoi sur la courbe du chômage ou au Bourget.
    (Avec la présence de trotskystes aux élections présidentielles, cet aggiornamento que seuls en Europe les socialistes français n’ont pas encore fait est un des « fleurons » de l’exception politico-culturelle française).
    Donc, complètement isolés dans l’opinion, voyant ses bases locales s’effondrer (car le PS n’est plus, depuis environ 1986, qu’un club d’élus et de gens qui travaillent pour les élus (tous cooptés), certains candidats du PS se disent qu’il y aura toujours des gens (Bobos et soixante-huitards attardés qui se donnent bonne conscience en votant à gauche et en s’affichant tels quels sur les questions sociétales, ou des victimes de la crise qui croient encore aux lendemains qui chantent) pour voter pour eux et accepter – la conscience tranquille et l’estomac plein de couleuvres – de jouer les porteurs d’eaux en votant socialiste.
    Et il restera bien quelques apparatchiks du PC ou des arrivistes qui se parent de l’écologie, pour monnayer quelques voix en échange d’un mandat local.
    Si l’on combine cela avec la proportionnelle et la division de la Droite et la montée du Front National, certains ont en effet leur chance. Ils seront dans la minorité, mais c’est somme toute une place assez confortable car on n’a à répondre de rien devant ses électeurs. (Il y a certes des exceptions et des élus minoritaires qui travaillent, et c’est tout à leur honneur, mais ils sont, si j’ose dire, une minorité dans la minorité).

    Il existe maintenant en France une vaste majorité silencieuse de centre gauche-centre droit qui considère en gros qu’il est normal de faire du profit quand on prend des risques et que l’on investit, de laisser donc les entreprises le faire sans les assommer d’impôts, de charges, de normes et de paperasserie.
    Sur cette base économique (i.e. la production de richesses, et donc d’emplois), le rôle de l’État, outre ses fonctions régaliennes et le service public, est de s’assurer que travail ne rime pas avec exploitation (i.e. le partage équitable des richesses), mais aussi que le fait que certains travaillent ne doit pas devenir un frein, avec la pression des acquis sociaux (Dont certains datent d’un autre âge et n’ont plus rien à voir avec la réalité des emplois), à ce que d’autres puissent également accéder à l’emploi (Par exemple en supprimant les 35 heures – ça fait hurler, je sais, mais j’assume d’autant plus que dans mon dernier emploi, j’était payé 35 mais en faisait 50, voire plus -, en renégociant branche par branche, voire même entreprise par entreprise) en supprimant le seuil d’effectifs, les CDI, en revoyant complètement (après publication de cette étude tellement explosive qu’on n’a pas osé la sortir) le système de représentation des syndicats (On le sait, en France, les syndicats sont à l’évidence peu représentatifs : moins de 8% des salariés appartiennent à un syndicat, essentiellement dans le secteur public ; le taux de syndicalisation tombe à moins de 2% dans le privé). Mais il existe des règles officielles de représentativité qui permettent à des minorités, qui font du maximalisme, de gérer une véritable rente de situation quitte à couler l’entreprise (cf la SNCM, la SNCF (dont le sport principal est de gâcher les vacances d’autres salariés), les dockers de Marseille (véritable maffia népotiste et héréditaire)… Pourquoi croyez-vous que la CGT (« courroie ouvrière » du PCF qui se réclame toujours d’un système dont les régimes communistes ont montré l’horreur et la faillite) est contre les déclarations de Valls et de Macron ?

    Mais je le répète, tout ceci n’intéresse pas ces élus du peuple (Quel peuple au fait ? Celui qui regarde les débilités de la télé-réalité, paye des smartphones à des gosses de 10 ans, claque son fric – y compris des aides sociales – dans les jeux à gratter ?).
    Ce qui les intéresse, c’est de durer en la jouant à gauche et en essayant de ratisser large en se montrant en pointe sur les questions sociétales (ce dernier point correspond à la stratégie qu’avait adopté Georges Bush pour gagner, saut qu’il faut inverser les pôles), et en faisant de l’œil aux immigrés (ex. les positions sur la Palestine).

    Donc en effet, après eux, le déluge et peu importe que le bateau coule du moment qu’ils aient leur place dans le canot de sauvetage et une brassière. Mais il risque d’y avoir pénurie et les femmes et les enfants ne passeront pas d’abord.

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