Cinquante nuances de Grey est cucul la praline

50 nuances de greyDe « Love story » à « Harry Potter » en passant par « Emmanuelle » et « Da Vinci Code », je lis les mégas succès de librairie car, quelles que soient leurs qualités littéraires, ils nous disent souvent beaucoup de choses sur le monde dans lequel nous vivons. C’est ainsi que j’ai lu scrupuleusement les 666 pages de « Cinquante nuances de Grey » de la romancière britannique E.L. James, premier volet d’une trilogie qui vient d’être récemment adapté au cinéma (plus de 40 millions d’exemplaires pour un public à plus de 80% féminin). Disons-le tout net : ce pavé est un monument de niaiserie parfaitement cucul la praline, une sorte d’hybride entre une histoire d’amour de la collection Harlequin et un traité de sado-masochisme pour les Nuls. Une jeune étudiante doctorante vierge (ben voyons !) tombe amoureuse d’un trentenaire milliardaire qui a bâti son empire économique grâce à son mérite (re-ben voyons !) Mais le monsieur, un peu traumatisé sur les bords (il a été déniaisé par une amie de maman… le pauvre !) a une manie : il adore donner fessée et punitions douloureuses à ses petites amies. Cette manie est doublée d’une curieuse obsession : faire signer aux belles un contrat actant leur soumission. Dès lors, le livre alterne scènes sentimentales semblant sorties tout droit des romans-photos du bon vieux « Confidences » de ma grand-mère et extraits qui ont visiblement été empruntés à l’article « bondage » sur Wikipedia, revisité pour l’occasion par Véronique et Davina. C’est long, très long. Quant à l’écriture, on peut dire qu’elle est très… adolescente. L’héroïne, par exemple, nous gratifie d’un « Waouh ! » toutes les trois pages. Il est vrai que passer sans transition d’une virginité tardive à la fessée revigorante doit être une expérience « Waouh ! » Quelques extraits : Le gène « j’ai besoin d’un mec » me fait défaut, mais la vérité, c’est que je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui… enfin, qui m’attire, même si je rêve d’éprouver les sensations dont tout le monde me rebat les oreilles : genoux tremblants, cœur palpitant, papillons dans l’estomac… Dès que nos doigts se touchent, un frisson étrange et grisant me parcourt. Je retire précipitamment ma main. L’électricité statique, sans doute. Mes paupières papillonnent ; elles battent aussi vite que mon cœur. … Il me serre dans ses bras. Je sens son odeur de linge frais et de gel douche. C’est enivrant. Je la hume goulûment. Ma conscience me lance un regard méprisant. (Bigre !) L’attente fait pétiller mon sang dans mes veines comme du Perrier. (Pschitt !) Au-delà de ce coup de pub pour l’eau pétillante française, l’ouvrage doit être sponsorisé par la marque Audi. En effet, Grey, le héros, déjà propriétaire de tous les modèles haut de gamme du constructeur allemand, a l’obsession (une de plus) d’offrir des Audi à ses petites amies (du coup, vu les tirages, on doit faire la gueule chez Mercedes). Si, une fois encore, on estime qu’un tel succès ne peut que nous aider à mieux comprendre notre société, il faut bien dire que le message délivré par le triomphe planétaire de « Cinquante nuances de Grey » est assez navrant quant à la pauvreté de l’univers de ses lecteurs. Le premier tome a été suivi d’un « Cinquante nuances plus sombres » et d’un « Cinquante nuances plus claires ». Mais lire 1400 nouvelles pages de cette nunucherie était au-dessus de mes forces d’anthropologue littéraire. Mais si une lectrice ou un lecteur de ce blog veut s’y coller…

Publicités

A propos Patrick Mottard

Conseiller général du 5e canton de Nice dans les Alpes-Maritimes depuis 1998. Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Parti Radical de Gauche
Cet article, publié dans littérature-théâtre, Société, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

27 commentaires pour Cinquante nuances de Grey est cucul la praline

  1. jbcalvani dit :

    Ce livre est tellement… sans commentaire…
    Des phrases trop simples, des dialogues bas : un niveau de langue trop pauvre…
    Tout à fait d’accord avec l’article !

    • bernard gaignier dit :

      « Un niveau de langue trop pauvre », compte tenu du sujet, l’image est audacieuse

  2. Claudio dit :

    666 pages ? Tu aurais dû te méfier d’un nombre aussi satanique.
    Ensuite, si c’est niais pourquoi vas-tu jusqu’au bout ? Un devoir d’informer tes lecteurs ? C’est cher.
    Je ne lis jamais de gros pavés. On doit pouvoir dire la même chose en moins de mots.

  3. Emmanuel dit :

    666 le nombre de la bête. Houellebecq et maintenant ce truc sans nuance, ça se confirme tu es envouté ! Vite un exorciste ! Vade retro satanas…

  4. Emily M. Sananikone dit :

    Patrick, ça suffit maintenant, reviens à des lectures plus saines comme Kerouac ou Cioran, manque plus que tu viennes à écouter Taylor Swift et Céline Dion, non mais où va-t-on…

  5. Marc Bongiovani dit :

    bien vrai Patrick et le film idem

  6. Ghislaine Clochon dit :

    Moi je les ai lu tous les trois en italien car parus tous en primeurs ici et j’ai passé un bon moment ! Je suis sans doute cuculapraline et je m,en moque , car la légèreté m’a fait oublier un instant les préoccupations quotidiennes ….. C’est pas si mauvais parfois !!!!,

  7. Delphine dit :

    Un remède ? Une page du Cantique des cantiques ou une de Sade. Il faut purger bébé !
    Blague à part, des élèves de terminale (L !!!) l’ont lu, je le lirai donc. Pour voir….mais je respecterai les « droits imprescriptibles » du lecteur, celui de sauter des pages, de lire directement la fin, ou de ne pas finir…

  8. Fabienne Riganelli dit :

    lu en diagonale…je dirais de façon très triviale, c’est l’arlequin version cul

  9. Le Mouton enragé dit :

    « J’ai lu scrupuleusement les 666 pages de « Cinquante nuances de Grey »
    On a bien compris la curiosité de l’entomologiste mais quand même, jusqu’au bout… Surtout que c’est déprimant: qu’il s’agisse des extraits cités ou de ce que ce succès révèle sur « le monde dans lequel nous vivons »« . C’était pour un pari?
    En tout cas, il faut maintenant passer à autre chose! Pour rester dans le contemporain, il y a quand même encore d’excellents auteurs. Dont un en particulier que je recommande à tout le monde en ce moment mais là, son nom m’échappe -c’est toujours comme ça.
    En tout cas, son dernier bouquin s’appelle Baie des songes et on passe un excellent moment à le lire, au point d’avoir envie de recommencer très vite. Si ce n’est pas un gage de qualité!
    En vente dans toutes les librairies niçoises, en plus.
    En cas de rupture des stocks (il est très demandé), il suffit de commander. Le livre ne mettra que quelques jours à arriver à domicile ou en librairie et il est tellement plus satisfaisant de contribuer à la (sur)vie d’un libraire que d’engraisser Amazon… Deux gestes positifs pour le prix d’un, qui hésiterait?!

  10. bernard gaignier dit :

    Baie des songes est dans la collection Harlequin?

  11. Emilie Picard dit :

    La quatrième de couverture des deux autres tomes devrait suffire à faire un beau commentaire, non ? J’ai entendu dire qu’ils étaient moins… gnangnan, mais je ne me lancerais pour rien au monde dedans. Ni dans le premier.

  12. Sophie Mancel dit :

    Très déçue Patrick, je comptais sur toi pour me résumer les deux autres nuances que je ne me sens pas le courage de lire. Oui je suis lâche, je l’avoue, mais franchement je m’épargne ce genre de  » littérature « .

  13. Rita Gosti dit :

    Oh là là comptais pas sur moi..Je l’ai pas lu et aucunement l’intention de le lire. C’est à pas ma tasse de thé, lol! Ceci dit pour être honnête comme je ne l’ai pas lu je ne peux juger.
    Par contre je compte acheter Héloïse ouille ! De Jean Teulé. C’est une vraie Histoire, tout ce que j’adore, et assez hot,
    hi! Hi !
    Je crois que je vais pas m’ennuyer…
    Par contre j’aime bien Céline Dion. On ne peut pas dire qu’elle n’a pas de voix, voyons?

  14. Delphine dit :

    Ces romans, -j’ai du mal à les nommer ainsi-, ces objets disent beaucoup de choses sur le monde dans lequel nous vivons. Mais quoi ? Son manque de poésie ? Sa pudibonderie ? Son érotisme mondialisé et uniformisé? Sa vision réac de la femme ? La médiocrité de ses rêves? Hep, Patrick ! Tu annonces des révélations dans ton premier paragraphe et n’y réponds pas vraiment…

  15. penelpoe dit :

    Erreur de casting monsieur mottard ,ce produit marketing est un « mommy porn » (du « porno pour mamans »)

  16. JOSÉ dit :

    je sens que je vais faire des économies !!!!

  17. Delphine , comme je le dis en conclusion ( rapide je te l’accorde…) non pas la médiocrité des rêves ( jugement de valeurs ) mais la pauvreté de ceux ci ( constat)…

  18. Alain Denis dit :

    je te remercie de l’avoir lu pour nous, un grand sacrifice humanitaire

  19. Françoise Dupasquier dit :

    plusieurs personnes m’avaient vanté le film et le livre mais je « navet » aucun enthousiasme, ton article me le confirme, en termes délicieux

  20. Delphine dit :

    Ma contribution : les réflexions d’une sociologue, Eva Illouz, que j’ai retrouvée sur le net. (Mieux rangé que ma cave…). Quelques extraits pillés sur le site de Télérama :
    « La relation SM est si réglée, si codifiée qu’elle apparaît comme une solution à l’incertitude et à l’angoisse propres aux relations amoureuses contemporaines »
    « La marchandisation de la rencontre (Internet, sites de rencontre), l’extension folle du domaine du choix et le règne de la compétition font régner une grande insécurité sur l’individu, qui vit sa quête amoureuse comme une expérience douloureuse (alors que, dans Cinquante Nuances de Grey, la douleur est maîtrisée, mise en scène…).  »
    Mais ce que je préfère, c’est la critique sur le film dans le nouvel Obs.
    http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1322857-50-nuances-de-grey-rarement-un-film-n-a-atteint-un-tel-niveau-de-betise-pathetique.htm

  21. Je n’en ferai pas une loi d’airain (il y a des exceptions comme il existe des poissons volants), mais plus un livre a de succès médiatique, plus il y a de chances que ce soit une m….Cela évite des achats – et des lectures – inutiles.

  22. et je conseille plutôt de lire « Berezina » de Sylvain Tesson. Ce n’est pas de la grand littérature (et ne prétend pas d’ailleurs à l’être) mais c’est de la bonne littérature.

  23. Vero dit :

    J’ai un faible pour les gars qui vont voir. Et alors si ils voient pour nous…c’est encore mieux parce qu’on a plein d’autres choses à aller voir tout seul.

  24. le liboux dit :

    Amen monsieur .

    • le liboux dit :

      Personnellement j’ai un énorme faible pour la justesse d’écriture d: Éloge des femmes mûres de Stephen vizinczey. Je le conseille fortement . Plus qu’un roman dit érotique, cest une ode à l’amour et aux femmes, toutes les femmes.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s