La montagne magique de Paolo Sorrentino

Youth

Quatre films pour ce début de deuxième semaine au FIF avec un bon film d’action américain, un drame historique français mou du genou, une émouvante tragicomédie chinoise et peut être le film du Festival avec le Youth de Paolo Sorrentino.

Sicario, Denis Villeneuve, Etats-Unis

Dans cette zone de non droit qu’est devenue la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique, Kate, jeune recrue idéaliste du FBI, participe avec la CIA à des opérations secrètes contre les cartels de la drogue mexicains avec l’aide d’un tueur à gages dont la famille a été décimée par les gangs.

Ce n’est pas tout à fait un film de festival mais un impeccable film d’action passionnant de bout en bout. Avec en prime un souvenir et une réplique culte :
– le souvenir : plusieurs scènes du film ont été tournées dans un motel d’El Paso où nous avons passé une nuit en 2008. Un motel qu’on ne risquait pas d’oublier avec les cafards de la taille de petites souris qui grouillaient devant notre porte.
– la réplique : « Ça n’avait rien de personnel ! » déclare le chef du cartel à Alejandro dont il a décapité la femme et précipité la fille dans un tonneau d’acide… Ben voyons !

Marguerite et Julien, Valérie Donzelli, France

Julien et Marguerite de Ravalet, fils et fille du seigneur de Tourlaville, s’aiment d’un amour incestueux. Ce n’est pas bien et en plus on est au 17e siècle… Leur aventure scandalise la société et le mari de Marguerite qui se retrouve un peu dans la situation du président Aulas quand il a recruté Gourcuff. Il y a donc du drame dans l’air.

Mise en scène faussement audacieuse avec des anachronismes gratuits, interprétation poussive (même celle de l’immense Samy Frey… c’est dire !) et dialogues pauvres (par exemple, après avoir consommé l’inceste, Marguerite dit d’un air pénétré : « Mais si on a un enfant, je serai à la fois sa mère et sa tante ! »… Bingo ! )

Au final, on aura compris que je ne suis pas trop fan. Mais comme la salle a plutôt bien réagi y compris sur les fauteuils proches du mien, j’ai peut-être été victime de mon premier coup de fatigue du festival.

Shan he gu ren (Moutains may depart), Jia Zhang-Ke, Chine

La première partie du film se déroule en 1999 et est une sorte de Jules et Jim sur les bords du Yang Tsé Kiang. La deuxième se déroule en 2015 et la troisième (2025) est une version chinoise du diable au corps dans le sud de… l’Australie.

Le personnage central de ce drame familial s’appelle « Dollar » (!) et est à lui seul et à son corps défendant le symbole des conséquences humaines d’un quart de siècle de mutation de la grande Chine. Avec sa mère restée au pays et son père émigré à Melbourne, il incarne la promesse d’une vie meilleure et les désillusions liées à l’entrée dans la mondialisation de l’Empire du Milieu. Mais les protagonistes ne sont pas des stéréotypes, c’est pour cela que ce film très politique reste à hauteur d’homme (et de femme).

Youth, Paolo Sorrentino Italie

Fred et Mick (Michael Caine et Harvey Keitel inoubliables), deux vieux amis octogénaires, passent leurs vacances dans un bel hôtel niché au milieu des Alpes suisses. Fred, compositeur à la retraite, et Mick, cinéaste encore en activité, dissertent sur le sens de la vie, la création, l’amour, le vieillissement, dans le cadre étonnant de cet établissement, sorte d’hybride entre le Grand Budapest Hotel (Hitler apparaît…), le sanatorium de la Montagne magique et la station thermale de Huit et demi. Ils croisent d’improbables clients : un clone de Maradona, un acteur californien, un moine boudhiste (qui finit par léviter), une ancienne gloire du cinéma d’auteur (étonnante apparition de Jane Fonda), une miss Univers, une masseuse danseuse avec un appareil dentaire…

C’est brillant, esthétiquement superbe et les grands moments de cinéma succèdent aux grands moments de cinéma. La mise en scène est somptueuse mais n’empiète jamais sur l’intimité générée par la complicité des deux compères.

Du très grand cinéma. À voir et certainement à revoir.

PS : un petit bémol toutefois, Youth est le deuxième film italien de la sélection tourné en anglais, c’est dommage. Heureusement Nanni…

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A propos Patrick Mottard

Conseiller général du 5e canton de Nice dans les Alpes-Maritimes depuis 1998. Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Parti Radical de Gauche
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5 commentaires pour La montagne magique de Paolo Sorrentino

  1. Françoise Pellevillain dit :

    Samy Frey poussif ! Impossible !

  2. Vero dit :

    J’espérais ne trouver aucune critique du film de Sorrentino afin de ne pas avoir à attendre. Je n’ai aucune patience pour ce genre de choses…Manifestement l’attente sera redoublée!

  3. alain denis dit :

    malheureusement Libé l’ha couvert d’insultes haineuses: pourquoi?

  4. Alain tu as raison on a le droit de ne pas aimer mais là c’est ignoble avec des insultes en guise de critiques…petits marquis parisiens frustrés ?

  5. Emmanuel dit :

    Antonioni aussi a eu sa période anglo-saxonne !

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