Le Tamoul se rebiffe

Antonythasan Jesuthasan est Dheepan, dans le film de Jacques Audiard.

Antonythasan Jesuthasan est Dheepan, dans le film de Jacques Audiard.

Comme chaque année en fin de deuxième semaine, la nostalgie s’empare du FIF : les salles sont moins bondées, les festivaliers moins excités, les stands du Marché du Film désertés… Mais la compétition se poursuit et une Palme peut même surgir au dernier moment : je me souviens encore de Rosetta, dernier jour, dernière représentation…
Jeudi et vendredi, entre corrections de copies, réflexions sur les Régionales, et le mariage de José et Maria, nous avons pu voir trois films supplémentaires : un chinois (très) énigmatique, un mexicain flippant et le dernier Jacques Audiard qu’on pourrait intituler en hommage à papa Michel : « Le Tamoul se rebiffe ».

Nie yinniang (The assassin ), Hou Hsiao-Hsien, Taiwan

Nie Yinniang est une jeune justicière qui dans la Chine du 9e siècle élimine sur ordre de l’Empereur les gouverneurs dissidents. Les paysages sont sublimes (Mongolie intérieure paraît-il…), Shu Qi, l’actrice principale, ferait passer Gong Li pour un laideron sur le retour (je plaisante !) et c’est à peu près tout. Je n’ai rien compris à ces personnages qui errent dans la forêt à la recherche d’un duel de sabres. Peut-être qu’avec un doctorat d’histoire médiévale chinoise…
Dernière minute : le film a les honneurs de Libération dont il fait la Une. Mon cas s’aggrave !

Chronic, Michel Franco, Mexique

Aide-soignant, David travaille auprès des personnes en phase terminale. Il noue des relations qui vont bien au-delà du cadre médical et instaure une véritable intimité avec ses patients.
Magnifique composition de Tim Roth tout en tendresse obstinée qui invente à l’écran un humanisme mutique.
En contrepoint, le film montre à quel point face à l’agonie d’un proche les entourages sont maladroits ou désinvoltes. Et quand la mauvaise conscience se met de la partie, ils peuvent même se révéler carrément odieux. Ils le seront avec l’aide-soignant.
Un très beau film qui illustre la puissance de certains personnages de cinéma : David peut nous rendre meilleur.

Dheepan, Jacques Audiard, France

Dheepan combattant de l’indépendance tamoule fuit le Sri Lanka pour se réfugier en France avec une femme et une petite fille qu’il présente comme sa famille pour obtenir plus facilement le statut de réfugié. Après quelque temps, il obtient un emploi de gardien d’immeuble dans une de ces cités devenues zones de non-droit que nous trouvons maintenant sur le territoire de la République. La violence quotidienne de la cité va l’obliger à renouer avec ses instincts guerriers.
Si la première partie qui relate la difficile intégration de la fausse famille est subtile, la suite part un peu en live avec un Dheepan flingueur qui nous la joue Rambo, seul contre tous.
Il y a là un problème de crédibilité. Même si on peut être sévère avec une République qui abandonne certains quartiers à la délinquance organisée, il est difficile d’imaginer qu’on puisse transformer un coin de région parisienne en banlieue de Grozny sans que les forces de l’ordre n’interviennent. De même la dernière scène présentant l’Angleterre comme le paradis des migrants pose problème. Sauf à considérer que c’est un rêve du héros, mais rien dans le film ne nous permet de le penser.

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A propos Patrick Mottard

Conseiller général du 5e canton de Nice dans les Alpes-Maritimes depuis 1998. Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Parti Radical de Gauche
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2 commentaires pour Le Tamoul se rebiffe

  1. Vero dit :

    L’adaptation d’un roman de cape et d’épée ne m’aurait pas paru moins abscons qu’un film de sabre. Il faut croire que comme il y a autre chose chez Dumas, il doit aussi y avoir autre chose chez Hou Hsiao-Hsien. Une piste: une esthétique inséparable d’une métaphysique?

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