Le bourre-pif en pleine paix des frères Coen

Comme tous les festivaliers, je m’apprêtais à passer une soirée de clôture paisible. Une demi-douzaine de films pouvant faire des Palmes d’or très présentables, j’étais prêt à saluer la probable perspicacité des frères Coen et de leur jury. A l’arrivée, rien de tout cela, le festivalier bon public que je suis s’est retrouvé sonné par la brutalité d’un palmarès à l’emporte-pièce.

La palme d’Or est attribuée à un film, Dheepan qui est loin d’être le meilleur de son réalisateur (Jacques Audiard). Un film déséquilibré dans sa chronologie (première partie prometteuse, le reste en vrille…), faussement concerné par une société qui va mal, avec un final pour le moins ambigu.

Même stupéfaction pour le prix de la mise en scène (troisième prix dans la hiérarchie cannoise) pour Nie yinniang de Hou Hsiao-Hsien, un film que seul le critique de Libération a compris.

Le prix du scénario pour Chronic est également bizarre, même Michel Franco son réalisateur a sous-entendu que ce n’étais pas le point fort de ce film.

Le prix d’interprétation féminine à Rooney Mara (Carol) est justifié mais c’est avec Cate Blanchett sa lumineuse et troublante partenaire qu’elle aurait dû le partager. Pas avec la parfois crispante Emmanuelle Bercot (pour le médiocre Mon roi).

De ce naufrage, on ne peut sauver que l’immense Vincent Lindon (La loi du marché) et The lobster, Prix du jury. Et probablement Le fils de Saul que nous avons manqué pour cause de rendez-vous politique.

Du coup, pour calmer mon courroux, j’ai suivi une excellente thérapie avec le dernier épisode de la première saison du HBO True Detective. Sublime. Et en plus les frères Coen n’étaient pas là pour lui préférer Julie Lescaut.

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A propos Patrick Mottard

Conseiller général du 5e canton de Nice dans les Alpes-Maritimes depuis 1998. Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Parti Radical de Gauche
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9 commentaires pour Le bourre-pif en pleine paix des frères Coen

  1. Pour le plaisir, le générique de True detective:

  2. Laurent Weppe dit :

    Du coup, pour calmer mon courroux, j’ai suivi une excellente thérapie avec le dernier épisode de la première saison du HBO True Detective. Sublime.

    D’un autre côté, question bourre-pif brutal, True Detective est un sacré spécimen, avec son duo de flics ripoux et violents qui ont besoin de faire face à une dynastie échappée de la ménagerie lovecraftienne pour avoir l’air de héros.

  3. Sylvette Maurin dit :

    Pour ne rien vous cacher, j’ai trouvé cette cérémonie finale ( vue sur l’écran de Canal+) très « franco-francophone-francophile », sans panache, sans glamour, ce qui est dommage pour Cannes quand même, un côté « Césars », sans envergure… Pour le reste, n’ayant pas vu les films… Seul plaisir, Vincent Lindon, enfin récompensé de son exemplaire parcours de comédien, au service d’oeuvres fortes et engagées, depuis des décennies.

  4. Jean-Raymond Vinciguerra dit :

    Bôôf..

  5. Rita Gosti dit :

    D’accord avec vous Sylvette!

  6. Vero dit :

    Ah! The film taiwanais! Dont le langage cinématographique ne semble avoir été manifeste que pour 1! critique de Libé( et qui doit à l’heure penser que l’ayant compris, il a été compris et s’avère dès lors compréhensible, en droit et pour tous). Je ne suis pas sûre que le cinéma soit le plus pédagogique et le plus démocratique des arts. Je crois même que c’est le contraire. Du moins, un certain cinéma (pas nécessairement français…) Musique, opéra, peinture, photographie sont rarement en berne pour apprécier un film. Et puis, le langage cinématographique à lui tout seul. Il existe même des films chorégraphiques. Bref, malgré ce que l’on nomme « des niveaux de lecture », ce n’est pas de la tarte!
    J’ai une pensée émue pour le critique de Libé et parce que l’avocate du diable est un rôle comme un autre, via non le film taïwanais que je n’ai pas vu… mais les salles obscures qui n’accueillent parfois que deux ou trois âmes (c’est sûr que c’est moins glamour que Cannes) qui repartent nourries et, si elles sont vraiment ferventes, prient pour que cette rareté ne soient pas tout de suite bazardée. J’assume cette aristocratie qui n’est plus du tout sous les sunlight…
    Mais quoi?! Rien pour Sorrentino, l’aristo des aristos?!!!

  7. Emmanuel dit :

    La honte, rien pour Nanni et Paolo, ce n’est pas un festival mais un massacre !

    • Delphine dit :

      Ajoutons à ça les commentaires fatigants des journalistes de Nice-Matin et des journaux TV se félicitant des trois prix français. Désolant. Le cinéma vu par le petit bout de la lorgnette….

  8. marco moravia dit :

    … ou comment des cinéphiles doivent regarder oeuvrer un jury de cinéphilistins…
    Au même temps les médias n’arrange rien à cela car eux transmettent l’image qu’il s’agissse bien moins de réunir les acteurs et amateurs du et qu’autour du 7ème art qu’un défilé de narcissisme pitoyable…
    La question serait de savoir qui est le jury du jury? Le « True Detective » semble bien sombre mais au moins il est « true ».

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