Les pages que j’aurais aimé écrire… (13)

Dostoievski

Aujourd’hui, il s’agit d’extraits de la nouvelle de Fédor Dostoïevski « Le rêve d’un homme ridicule ». Lassé du monde, détourné du suicide par une rencontre fortuite, le héros de ce monologue plonge dans un profond sommeil. Son rêve le conduit vers une utopie, un double de la terre mais sans le péché originel, un monde où les hommes vivent bons, libres et heureux. Notons qu’au cours de la nouvelle, le héros s’imagine mort coincé dans un cercueil… comme quoi on n’invente jamais rien ! (Cf. ma nouvelle sur le Vallon du Roguez dans Baie des songes)

« Je suis un homme ridicule. Maintenant, ils disent que je suis fou. Ce serait une promotion, s’ils ne me trouvaient pas toujours aussi ridicule. Mais maintenant, je ne me fâche plus, maintenant je les aime tous, et même quand ils se moquent de moi – c’est surtout là, peut-être, que je les aime le plus. Je me moquerais bien avec eux, pas de moi-même, non, mais en les aimant, si je n’étais pas si triste quand je les vois. Si triste, parce qu’ils ne connaissent pas la vérité, et, moi, je connais la vérité. Oh qu’il est dur d’être seul à connaître la vérité (…)

(…) J’ai senti, d’un coup, que ça me serait égal qu’il y ait un monde ou qu’il n’y ait rien nulle part. Je me suis mis à entendre et à sentir par tout mon être qu’il n’y avait rien de mon vivant. Au début, j’avais toujours l’impression que, par contre, il y avait eu beaucoup de choses dans le passé, mais, après, j’ai compris que, dans le passé non plus, il n’y avait rien eu, que c’était juste, je ne sais pourquoi, une impression. Petit à petit, je me suis convaincu qu’il n’y aurait jamais rien non plus. A ce moment-là, d’un coup, j’ai cessé d’en vouloir aux hommes, et je ne les ai presque plus remarqués. Vous savez, ça se disait même dans les détails les plus infimes ; par exemple, ça m’arrivait, je marchais dans la rue, je me cognais à quelqu’un. Et pas parce que je pensais à quelque chose, à quoi pouvais-je bien penser, j’avais complètement arrêté de penser, à ce moment-là : ça m’était égal. Si encore j’avais résolu les questions. Oh, je n’en avais résolu aucune, et Dieu sait qu’il y en avait. Mais tout m’était devenu égal, et les questions s’étaient toutes éloignées.« 

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A propos Patrick Mottard

Conseiller général du 5e canton de Nice dans les Alpes-Maritimes depuis 1998. Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Parti Radical de Gauche
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2 commentaires pour Les pages que j’aurais aimé écrire… (13)

  1. Emmanuel dit :

    La tragédie d’un homme ridicule de Bernardo Bertolucci, a voir !

  2. Delphine dit :

    On n’invente jamais rien… « C’est un samedi, à six heures du matin, que je suis mort. ». Emile Zola commence ainsi sa nouvelle La mort d’Olivier Bécaille, en faisant parler un mort, un mort qui se retrouve dans un cercueil, puis enterré…. Il dit sa peur de mourir, cette peur personnelle et universelle, regarde les vivants…sort de terre, et laisse sa femme en épouser un autre. Étonnant.

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