L’actrice, le Président et le colonel

Dans son dernier essai « Malaise dans l’inculture », Philippe Val dénonce avec force le sociologisme, avatar édulcoré de ce bon vieux marxisme devenu infréquentable. Un sociologisme qui aboutit à noyer les responsabilités individuelles dans l’océan des déterminisme sociaux.

Il analyse en particulier le rôle des médias dans un système où l’on condamne ou exonère les gens plus pour ce qu’ils sont que pour ce qu’ils font (le secrétaire du PS  condamné pour violences conjugales graves qui démissionne en se disant stigmatisé en raison de ses origines est un bon exemple…).

Il illustre la pratique médiatique – qui renforce ce sociologisme tout en alimentant la rumeur – avec des cas concrets. Celui qui m’a le plus frappé est à la fois anecdotique et très significatif :  l’affaire des écoutes téléphoniques de l’Elysée sous Mitterrand. On se souvient qu’à l’époque on avait beaucoup communiqué sur le fait que Carole Bouquet faisait partie des personnes écoutées. Cette insolite présence avait été immédiatement traduite comme un caprice de Mitterrand, vieux dictateur libidineux qui utilisait les moyens de l’Etat pour espionner les stars glamours. Ce n’était pas la réalité : en fait l’Elysée n’a jamais écouté la belle Carole mais son mari le producteur Jean-Pierre Rassam qui à l’époque avait produit et mis sous scellés un film très compromettant sur le colonel Kadhafi. Or à ce moment-là, celui qui sera invité plus tard  par Sarko à faire du camping sur les Champs Elysées finançait l’ensemble du terrorisme international. Les services secrets étaient donc plus que fondés à écouter les discussions entre Rassam et les Libyens. Mais la rumeur était lancée : le Président regardait l’actrice par le petit trou de la serrure…

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A propos Patrick Mottard

Conseiller général du 5e canton de Nice dans les Alpes-Maritimes depuis 1998. Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Parti Radical de Gauche
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9 commentaires pour L’actrice, le Président et le colonel

  1. Patrick.walz dit :

    Ce qui devait être dit….!
    Moins glamour, mais…

  2. Thierry Tirbois dit :

    haro sur les sociologues!

  3. Dominique Dufour dit :

    Jean-Pierre Rassam Une vie hors-normes!

  4. Sylvete Maurin dit :

    J’ai rencontré ce Philippe Val, alors qu’il était intermittent du spectacle et sillonnait les plateaux des Instituts Français à l’étranger, avec son compère Fons, si je me souviens bien. Son spectacle était archi nul… Je ne pense pas qu’il aitt vraiment évolué depuis, de toute évidence…

  5. Sylvette …tu as lu son livre? sinon tu illustres ce qu’il dénonce: les anathèmes à priori…

  6. Tout à fait d’accord sur le fond et sur cette utile mise au point sur une de ces légendes urbaines largement propagées par une certaine presse dont les journalistes n’ont eu pour principale culture politique la lecture de leur propre journal. (Et qui permettent à un bouffon comme Mélenchon d’exister médiatiquement)
    Même si bien entendu, toute la sociologie n’est pas totalement à jeter, (elle est notamment très utile aux publicitaires pour vendre leur soupe). Je sais que je vais encore faire preuve de mauvaise foi caricaturale, mais c’est ainsi que Bourdieu, le « pape » de la sociologie qui a régné sans partage sur la discipline, a « découvert », et exposé avec arrogance dans les médias et dans de savants ouvrages qui servent encore de Bible à la profession, qu’il valait mieux avoir des parents matériellement aisés et culturellement dotés pour réussir dans les études et avoir un métier rémunérateur que d’être issu d’un milieu modeste où on ne lit pas, et certainement pas les livres de Bourdieu. Tu parles d’un scoop !
    Donc il n’est pas anodin de constater qu’à l’instar de cet ayatollah, tous les sociologues, quasiment sans exception aucune, sont « de gauche ». (C’est d’ailleurs une discipline universitaire qui laisse beaucoup de loisirs – l’essentiel du boulot d’enquête et d’analyse étant fait par les étudiants)- et qui permet notamment de s’engager en politique, là-aussi à gauche évidemment, même si on n’habite pas au milieu de ses électeurs).
    Il est d’ailleurs succulent de rappeler que quand on a voulu installer le plus gros département de sociologie de Paris intra-muros en banlieue, les « chercheurs » ont protesté avec véhémence, ce qui en dit long sur leur double langage en matière de mixité sociale. Comme beaucoup, ils en sont d’autant plus partisans qu’ils savent qu’ils n’auront jamais, ni eux ni leurs enfants, à la vivre au quotidien.
    La sociologie fonctionne donc pour beaucoup à l’inverse du raisonnement scientifique. C’est un raisonnement pyramidal qui part d’un a priori (la « société » est responsable de tout) et qui collecte les « preuves » confortant cet a priori. C’est précisément ainsi que fonctionnent les théories du complot.
    Du temps où la gauche se composait essentiellement des staliniens du PCF auxquels se sont alliés sans vergogne les socialistes qui, pour pouvoir se partager le gâteau électoral, ont fait fi des raisons de la scission issue du Congrès de Tours, il ne fallait pas « désespérer Billancourt » et donc tout réduire à la défense de la classe ouvrière, « avant-garde éclairée » (avec les néons rouge sang du communisme) de la société en marche vers les lendemains qui chantent (l’Internationale). Cela menait à considérer le bilan des pays communistes « globalement positif » (dixit Georges Marchais), ce qui n’empêche pas certains de se considérer encore aujourd’hui comme historiquement les héritiers de cette engeance (par exemple en conservant le nom de Parti Communiste) et d’autres (y compris les Trotskistes repentis ou non) de la conserver comme seule alliance électorale possible, pour le plus grand profit du Front National.
    Maintenant que la classe ouvrière s’est dissoute dans le consumérisme et la débilité télévisuelle, il s’agit essentiellement de ne pas « énerver » les « cités » ou « quartiers sensibles (!) », nouveau réservoir – par défaut – de voix de la gauche,dont les habitants sont tous par définition des «exclus» (une exclusion dont on se demande bien pourquoi tant de gens, par exemple issus notamment d’un ancien département français, réclament des visas pour venir en être), des victimes elles-mêmes enfants de victimes (les « martyrs ») de la colonisation. Cela leur donne le sentiment d’avoir en quelque sorte, générations après générations, et la repentance officielle aidant, un crédit illimité sur la société à laquelle ils ne doivent rien, mais qui leur doit tout. La « société » est responsable de tout, chacun n’est responsable de rien. Bref des droits, mais pas de devoirs (à la maison comme ailleurs. Beaucoup, la situation de fils ainé dans une famille sans père aidant, sont donc dans l‘ «hyper puissance» et il suffit alors de leur mettre une idéologie totalitaire dans la tête (Et une Kalachnikov dans la main) pour en arriver où on en est, avec des écervelés coupeurs de tête.
    La réforme des collèges, issus des pédagogistes cousins germains des sociolologistes, conforte cet état de fait : la société vous doit tout, elle vous donne tout dans avoir à le mériter. Votre capacité à partager les fruits de la croissance ne vient pas de votre contribution à l’effort collectif (effort que l’on veut réduire au minimum, en commençant par le collège justement), mais de la puissance de votre « communauté » à exiger et à obtenir. (Et je soupçonne certains de vouloir assouvir leur ambition politique personnelle à l’aide de cette matrice).
    Cela aussi est une guerre, interne celle-là, de civilisation. Et à ceux qui lancent urbi et orbi des accusations d’amalgame, ils seraient confortés dans leur dénonciation moralisatrice si, précisément, les études sociologiques montraient sans contestation que les banlieues condamnent sans équivoque possible et massivement le djihadisme et qu’elles le font avec constance, haut et fort, et non seulement par quelques lamentations doublées d’un étonnement familial ou de voisinage quelque peu pathétique après un massacre.
    Mais pour cela, il aurait fallu lire et étudier, par exemple, Voltaire, Diderot, et Abu al-Walid Muḥammad ibn Aḥmad ibn Muḥammad ibn Aḥmad ibn Aḥmad ibn Rošd.

  7. Emmanuel dit :

    Très bon livre ! Philippe Val n’hésite jamais à remettre en cause certaines idées reçues, on aime ou on n’aime pas mais l’homme est courageux !

  8. Naïm Aïch dit :

    Moi, je le lirais bien…

  9. bernard gaignier dit :

    « Le président regardait l’actrice par le petit trou de la serrure », l’image est audacieuse.

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