Le Houellebecq… Oups ! Non ! Le Proust du jour (6)

Le passage qui suit aurait pu être extrait d’un roman de Houellebecq. En fait ces quelques lignes sont bien de ce bon Marcel Proust dans l’avant dernier tome de À la recherche du temps perdu  : « Albertine disparue ». Comme aurait dit monsieur Cyclopède dans sa minute nécessaire : étonnant, non ?

Le narrateur vient d’être largué par Albertine :

« Devant la porte d’Albertine, je trouvai une petite fille pauvre qui me regardait avec de grands yeux et qui avait l’air si bon que je lui demandai si elle ne voulait pas venir chez moi, comme j’eusse fait d’un chien au regard fidèle. Elle en eut l’air content. A la maison je la berçai quelque temps sur mes genoux, mais bientôt sa présence, en me faisant trop sentir l’absence d’Albertine, me fut insupportable. Et je la priai de s’en aller, après lui avoir remis un billet de cinq cent francs. Et pourtant d’avoir quelque autre petite fille près de moi, mais de ne jamais être seul sans le secours d’une présence innocente fut le seul rêve qui me permit de supporter l’idée que peut être Albertine resterait quelque temps sans revenir. »

Mais les choses vont se gâter :

« … on sonna de nouveau et Françoise me remit une convocation chez le chef de la Sûreté. Les parents de la petite fille que j’avais amenée une heure chez moi avaient voulu déposer contre moi une plainte en détournement de mineure. »

Pour se régler assez curieusement :

« Je trouvai à la Sûreté les parents qui m’insultèrent, en me disant : « Nous ne mangeons pas de ce pain là », me rendirent les cinq cents francs que je ne voulais pas reprendre (…)

(…) De mon innocence dans le fait il ne fut même pas question, car c’est la seule hypothèse que personne ne voulut admettre un instant. Néanmoins les difficultés de l’inculpation firent que je m’en tirai avec ce savon, extrêmement violent, tant que les parents furent là. Mais dès qu’ils furent partis, le chef de la Sûreté qui aimait les petites filles changea de ton et me réprimandant comme un compère : « Une autre fois, il faut être plus adroit. Dame on ne fait pas des levages aussi brusquement que ça, ou ça rate. D’ailleurs vous trouverez partout des petites filles mieux que celle-là et pour bien moins cher. La somme était follement exagérée. »

 

 

A propos Patrick Mottard

Conseiller général du 5e canton de Nice dans les Alpes-Maritimes depuis 1998. Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Parti Radical de Gauche
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2 commentaires pour Le Houellebecq… Oups ! Non ! Le Proust du jour (6)

  1. Sylvie dit :

    Brr… c’est horrible ! ça fait froid dans le dos !

  2. Delphine dit :

    Étonnant ? oui, si on veut. Le lecteur retrouve le thème de l’oubli de l’être aimée (oublier Odette, oublier Gilberte, oublier Albertine….des échos qui structurent l’oeuvre) et un narrateur un tantinet moraliste dans le portrait qu’il propose de ce chef de la Sûreté dont il souligne l’incongruité et l’horreur du discours par l’emploi du discours direct. Ce qui le distingue radicalement de Houellebecq, dont je ne suis pas très spécialiste : je me suis arrêtée au milieu des Particules…écœurée.
    Donc étonnant je ne sais pas…mais c’est un excellent teaser !

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