Polard poilant ch’ti

CANNES 2016 n° 3

Ce vendredi, la sélection officielle nous a offert un beau contraste entre l’objet cinématographique nouvellement identifié de Bruno Dumont et le dernier Ken Loach, rude comme un avis d’expulsion en plein hiver.

Ma Loute, Bruno Dumont, France

Ma LouteEn 1910, Baie de la Slack dans le Nord de la France, de mystérieuses disparitions mettent la région en émoi. L’énorme inspecteur Machin et son second Malfoy enquêtent en zigzaguant entre une famille de pêcheurs locaux et des bourgeois lillois et riches en vacances dans le coin.

Dans le prolongement de son excitante mini série P’tit Quinquin (Arte), Bruno Dumont installe définitivement dans notre logiciel cinéphilique un nouveau genre : le polard poilant ch’ti. C’est un mélange d’esthétique BD (beaucoup de plans ressemblent à des vignettes « ligne claire »), de burlesque (Machin-Malfoy c’est Laurel et Hardy), de mystique (l’auteur n’a pas oublié qu’il est le réalisateur de La vie de Jésus) et de satire sociale au scalpel. Mais par-dessus tout, la « Dumont touch » est caractérisée par une aversion – remarquable par les temps qui courent – pour le politiquement correct. On serait même dans la provocation : les gens du Nord, ici, n’ont pas dans le cœur le soleil qu’ils n’ont pas dehors ! La banderole des supporters du PRG n’est pas très loin car le scénario de Ma Loute est bâti sur un affrontement entre prolos anthropophages et bourgeois incestueux.

Les acteurs professionnels (Fabrice Lucchini, Juliette Binoche, Valeria Bruni-Tedeschi, Jean-Luc Vincent) sont tout simplement désopilants. Les autres personnages, comme c’est la règle chez Dumont, sont joués par des amateurs bluffants avec leur accent à couper au couteau et leurs trognes d’anthologie.

Bref, producteur, je signerais sans hésitation pour les dix prochains polards ch’tis de Dumont : un placement d’avenir !

I, Daniel Blake, Ken Loach, G-B

I, Daniel BlakeDaniel, un menuisier de 59 ans (Dave Johns) doit, à la suite de problèmes cardiaques, faire appel pour la première fois de sa vie à l’aide sociale. Au cours de ses pérégrinations, il rencontre Katie, mère célibataire de deux enfants (Hayley Squires), également prise dans les filets des aberrations administratives.

En abandonnant la comédie sociale pour le mélodrame, Ken Loach stigmatise une société à la fois libérale et terriblement bureaucratique, impitoyable pour les exclus du système ou même les plus pauvres de celui-ci.

Pour ma part, je vois dans I, Daniel Blake un réquisitoire impitoyable contre le modèle anglais (notamment en matière de santé) tant vanté par nos « expats » londoniens, nos médias et certains de nos politiques.

A propos Patrick Mottard

Conseiller général du 5e canton de Nice dans les Alpes-Maritimes depuis 1998. Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Parti Radical de Gauche
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