Valls acte le divorce des deux gauches

Au-delà du procès en loyauté qui n’a pas beaucoup de sens compte tenu des enjeux, la décision de Manuel Valls de ne pas soutenir le candidat du PS dès le premier tour a une dimension historique. En effet, pour la première fois, la gauche française se met à l’unisson des gauches européennes en actant la rupture probablement définitive entre la gauche protestataire et la gauche de gouvernement.

Hamon en faisant le choix de privilégier un accord avec la gauche de la gauche a délibérément tourné le dos à la gauche de gouvernement qui avait participé à la primaire. Cette attitude, en fragilisant sa candidature, a toutefois eu le mérite de précipiter la réaction de Valls et d’enfin clarifier la situation de la gauche en France, ce que des décennies de congrès socialistes n’avaient pas réussi à faire.

Désormais, nous aurons une gauche protestataire comme en Allemagne ou en Italie qui aura une fonction tribunitienne importante à jouer dans le débat démocratique mais sans avoir vocation à gouverner. Nous l’appellerons pour simplifier la gauche-CGT.

A côté, nous aurons une gauche authentiquement social-démocrate qui aura vocation à gouverner seule ou en coalition. Celle-là, toujours pour simplifier, nous l’appellerons la gauche-CFDT.

Reste la question finalement secondaire des hommes (ou des femmes) : pour la gauche protestataire, Mélenchon est en pôle position mais en s’appuyant sur les restes de l’appareil du PS les frondeurs peuvent prétendre à la diriger aussi (Hamon s’il termine moins mal sa campagne qu’il ne l’a commencée, Montebourg, Filipetti…).

Pour la gauche de gouvernement, tout dépendra de l’attitude de Macron. Pour le moment, il campe sur une ligne ni droite ni gauche qui ne laisse pas sa place à un projet authentiquement social-démocrate. Dans ce contexte, Valls, dont l’attitude est approuvée par la moitié des électeurs socialistes, redeviendra peut-être un acteur majeur avec quelques autres (je pense en particulier à Cazeneuve…).

D’ores et déjà, nous pouvons dire que cette campagne présidentielle pourtant si décriée aura au moins servi à quelque chose : obliger la gauche française à faire son Bad Godesberg !

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A propos Patrick Mottard

Conseiller général du 5e canton de Nice dans les Alpes-Maritimes depuis 1998. Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Parti Radical de Gauche
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13 commentaires pour Valls acte le divorce des deux gauches

  1. Valérie Mialy dit :

    Valls est cohérent et, surtout, conscient des dangers qui nous menacent et que Hamon ne veut pas admettre dans son petit opportunisme de planqué frondeur.

    • Cosmos dit :

      Il est certes cohérent dans ses idées libérales, mais il s’est dédit de la parole qu’il avait prononcée sur les plateaux. Il pouvait dans le secret de l’isoloir voter pour M. Macron, mais au moins se taire jusqu’au soir du premier tour. Je suis outré qu’on puisse saluer ces inconséquences. Et dire qu’il a été Premier Ministre… Fasse le ciel qu’il n’occupe plus jamais de si hautes fonctions.

  2. Dominique Dufour dit :

    Mais la Gauche de Gouvernement gouverne-t-elle?

  3. Emmanuel dit :

    Enfin refermé le grand malentendu de la parenthèse ouverte en 1983 ?

  4. chatpensant dit :

    Il faut vraiment que la gauche se reprenne à partir de sa base … Les petits conflits d ego et de stratégies politiciennes ne font que la précipiter dans les oubliettes. ..

  5. Cosmos dit :

    M. Valls est un homme sans parole, comme le libéral verdâtre M. De Rugy avant lui. Ces gens-là portent un grave discrédit à la parole publique. Ils avaient publiquement annoncé lors des débats télévisés qu’ils soutiendraient le vainqueur de la primaire, quel qu’il fût. Il est bien facile de décider de ne plus soutenir celui que les électeurs socialistes ont désigné… M. Valls aurait pu attendre le soir du second tour.
    Le procès que l’on fait au pseudo frondeur qu’est M. Hamon est en partie infondé. En effet, M. Hollande et la majorité parlementaire PS-PRG ont été élus sur un programme qui ne contenait ni la loi El Khomri ni la piteuse réforme du collège de Mme Vallaud-Belkacem.
    Sur la clarification, je suis d’accord. La candidature de M. Hamon est donc inutile : il n’a pas les mains libres. Par le truchement de M. Cambadélis, c’est M. Hollande qui tire les ficelles du PS en gardant les investitures de ceux qui se dédisent à l’instar de M. Valls. Les dirigeants socialistes préparent le PS à être « En Marche » avec M. Macron si par malheur ce dernier venait à être élu.
    Toujours concernant M. Macron il ne se réclame pas « ni de gauche ni de droite », mais « et de gauche et de droite ».
    Enfin, je conclurai en disant que votre expression « vocation à gouverner » me choque. Chaque mouvement ou parti a a priori vocation à gouverner s’il se présente à l’élection présidentielle et si bien sûr tel est le choix des électeurs. Vous présupposez que les libéraux ont plus de légitimité que d’autres, ce que je conteste. Cela rejoint tout le champ lexical nauséabond que l’on entend régulièrement : « réel », « réalisme », « pragmatisme », « moderne ». Autant de mots qui actent la fin des idées, des visions, et qui laissent entrevoir une gestion plate, technocratique, et libérale.

  6. ricciarelli dit :

    Le problème de l’identité et du positionnement idéologique de la gauche n’était qu’au PS et donc si rupture, elle n’est qu’au PS. Cette rupture au PS aurait du être faite, si réellement elle se fait, bien avant. Je suis quand même surpris de constater que cette volonté existait depuis bien longtemps chez certains surtout lorsque je me remémore la virulence de ce blog à l’encontre de Ségolène ROYAL qui pour moi a été la première à vouloir la mettre en application, mais c’était Madame et pas Monsieur……Pour VALLS que j’appréciais, son attitude (reniement d’une parole donnée) nuit à l’argumentaire contre FILLON « si je suis mis en examen, je démissionnaire ».En plus penser qu’il aurait pu gagner les primaires en essayant encore une fois de rassembler l’impossible me laisse perplexe. Maintenant, nos politiques sont , à mon grand regret, des professionnels, et donc qu’il pense à son avenir, il est encore jeune, par rapport à la retraite à 62, 65 ou 67 ans prévues ne me gêne pas plus que cela. Cela étant, peut-être que le MEILLEUR SOUTIEN à EM est là chez nous, à Nice……….Et alors oui, on pourra espérer battre, ce qui n’est pas encore fait, FILLON.

  7. Chris06 dit :

    Selon moi, Valls n’existe pas : je n’ai jamais cru en lui et je ne crois toujours pas en lui : pour tenter d’exister et de garder un poste, il agite pathétiquement le chiffon rouge -ou plutôt bleu marine- du danger du FN. Le problème, c’est qu’à force d’agiter ce chiffon en incantation magique, la pensée politique se vide, il n’y a plus aucun projet et on risque précisément de plus en plus d’avoir celle qu’on ne veut pas. La preuve de cela est la force de l’extrême droite après un quinquennat mou et pavé d’erreurs et de reniements. Errare humanum est, perseverare diabolicum….

  8. bernard gaignier dit :

    Emmanuel Macron a réussi ce que des dizaines de congrès du PS n’ont pas fait.. la nécessaire clarification. Depuis toujours les congrès du PS se gagnent par la gauche… Et au gouvernement et bien on se coltine avec le réel sous l’accusation éternelle de trahison de la gauche de la gauche (avec des variations selon les hommes et les périodes).. et cela depuis 1983.
    Ce qui a empêché la création d’une voie et d’une politique authentiquement sociale démocrate à l’instar des pays d’europe du nord.
    L’offre de Macron fait que ceux qui se situent sur cette ligne trouvent (au moins en grande partie ) un débouché politique . Valls n’est pas pour grand chose dans cette clarification.. Il ne fait que subir une situation qu’il n’a pas créé. Après les accusations de trahison me font bien rire dans ce parti ou les frondeurs ont dans l’histoire fait campagne contre dans le referendum européen alors que la majorité du parti était pour, ou Martine Aubry a volé le congrès à segolène Royal, ou son premier secrétaire est un personnage peu recommandable….ou les frondeurs, s’ils avaient pu auraient renversé leurs gouvernement. (je connais l’argument cosmos selon lequel c’est eux qui étaient fidèles et pas le gouvernement… en fait ces « frondeurs  » par ce positionnement pensaient simplement sauver leur circonscription. En effet quand on gouverne..la réalité fait que l’on est parfois obligé de changer d’orientation quand la politique mise en oeuvre ne réussit pas).
    Et aujourd’hui les salariés dans le privé font confiance à la CFDT.(qui avait soutenu la loi El Khomeri Ce qui constitue une belle réplique aux frondeurs….

  9. JR Vinciguerra dit :

    Le possible résultat positif de la gesticulation présidentielle, l’espoir que cette mascarade porte : c’est d’assister, in fine, aux obsèques politiques de Valls et Fillon…
    Le prix de ce soulagement serait, hélas, l’élection de Macron, considéré comme moindre mal…
    Voire !
    Comment peut-on penser que Macron soit une variante de la gauche ?

  10. un empêcheur d’extrême droite ne serait déjà pas si mal !

  11. Philippe Boure Malarelli dit :

    Si le PRG était logique avec ses idées il se placerait derrière Macron ! Historiquement le PRG est un parti de centre gauche…il n’a rien ou presque de commun avec le programme de Hamon !
    La bêtise est d’avoir participé à des primaires et de s’être ainsi inféodé à un candidat autant éloigné de ses idéaux !

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