Kiruna la maudite

Située à 200 kilomètres au nord du cercle polaire, Kiruna, base logistique de la plus grande mine de fer du monde, est une ville singulière. Entourée de terrils et de puits, elle n’est pas la ville la plus glamour qui soit. C’est un agrégat improbable de petits immeubles curieusement colorés et implantés de bric et de broc le long de rues au relief accidenté qui en feraient un petit San Francisco lapon si son ambiance générale n’était pas aussi tristounette. Aussi, en ce début d’août, quand on croise quelques rares passants, on se demande quelle peut être leur vie l’hiver dans cette ville sans centre et sans quartiers. Surtout s’ils sont, comme beaucoup d’entre eux, mineurs. Quel moral peut-on avoir quand, après avoir travaillé toute la journée à 300 mètres de profondeur, on retrouve l’air libre avec une température de – 30°C et la longue nuit d’hiver qui dure plusieurs mois ?

Mais Kiruna est là, elle résiste, elle est utile.

Alors, on finit par se dire que tout le monde trouve son nid et qu’il y a probablement moyen de se fabriquer une belle vie même ici. Le voyageur lui aussi se laisse apprivoiser et se met à éprouver une certaine tendresse pour cette ville pas comme les autres.

Mais ce serait sans compter sur la malédiction qui frappe la ville. En effet, les galeries souterraines de la mine ont fini par fragiliser le sous-sol de Kiruna. À un point tel qu’il va falloir raser la ville et la reconstruire à 10 kilomètres de là. Seul rayon de soleil dans cet avenir déprimant : le maire – qui a probablement vu ma pièce « Le Christ rédempteur de Rauba Capeu » – va déplacer, tel jacques-Virgile Corel, deux monuments anciens vers le nouveau site : la tour de de l’Hôtel de Ville (en cours de démontage) et l’église…

Quand le voyageur quitte une ville lointaine, il n’est pas toujours certain de la revoir un jour. Et plus son âge avance, moins il aime cela. En ce qui concerne la ville que je quitte ce matin, l’incertitude n’est plus de mise. Jamais, je ne reverrai Kiruna. Ce n’est peut-être pas grave, mais c’est quand même une petite flèche de mélancolie…

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A propos Patrick Mottard

Conseiller général du 5e canton de Nice dans les Alpes-Maritimes depuis 1998. Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Parti Radical de Gauche
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4 commentaires pour Kiruna la maudite

  1. Bernard Gaignier dit :

    Attention au détournement de mineurs

  2. FAUQ Martine dit :

    Surveille bien Dominique car les Lapons sont fripons, même mineurs. Bonne continuation et beau voyage.

  3. Emmanuel dit :

    Mine de rien elle va disparaître !

  4. Inutile de préciser que j’éprouve le même sentiment vis-à-vis de Kiruna. Et que j’adore ce billet.

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