Redoutablement attachant

Le metteur en scène pendant le débat

Ce vendredi soir nous avons assisté, au Pathé Masséna (excellente initiative), à la première niçoise du film Le redoutable, le dernier réalisé par Michel Hazanavicius (le cinéaste de The Artist et des OSS 117) en présence de l’auteur. Pour nous, c’était en fait… une deuxième car nous avions vu et apprécié le film à Cannes en mai dans le cadre du Festival où il était en compétition (Voir sur ce blog mon billet du 21 mai 2017, On a aimé le film de Florence).

C’est que, comme je l’ai écrit à l’époque, nous avions une bonne raison d’avoir une tendresse toute particulière pour ce film coproduit par notre amie et ancienne étudiante Florence Gastaud (le clan Gastaud était d’ailleurs au complet hier soir autour du « patriarche » Jean-Pierre).

Mais au-dela de l’amitié, il faut dire et redire que ce film, qui évoque les ruptures artistiques et sentimentales provoquées par Mai 68 dans la vie de Godard, est un très bon film. Une oeuvre sans concession mais pleine de tendresse pour celui qui, au faîte de sa gloire (A bout de souffle, Le mépris, Pierrot le fou), jette le bébé de son cinéma « Nouvelle vague » avec l’eau du bain de la culture « bourgeoise ». Un Godard redoutablement attachant.

Lors de cette deuxième vision, dégagé du contexte un brin stressant du Festival, j’ai bien entendu accédé à d’autres niveaux de lecture du film. Ainsi, sur la forme, j’ai mieux identifié les séquences filmées à la manière de… Jean-Luc Godard (référence à la publicité, scènes de nu contemplatives façon BB dans Le mépris, ruptures de style, couleurs appuyées…). J’ai mieux perçu également ce message fort du réalisateur sur l’impact parfois tragique de Mai 68 sur certains militants même si Godard – l’homme plus que le réalisateur d’ailleurs – s’en remettra. Egalement, le film nous est apparu globalement plus drôle qu’en mai. A un point tel que dans le débat qui suivit avec un Hazanavicius cool et disponible, je lui ai demandé s’il avait modifié le montage du film depuis Cannes. Que nenni m’a répondu le réalisateur qui avoua être depuis longtemps intéressé par cette question du spectateur influencé par le contexte et son état d’esprit du moment dans la réception d’une oeuvre.

Quoi qu’il en soit si vous aimez Godard allez voir ce film. Si vous ne l’aimez pas allez voir ce film. Si vous ne le connaissez pas allez voir ce film. Pour deux raisons : la première étant que le réalisateur nous a promis hier soir en cas de succès du Redoutable de nous concocter un troisième OSS 117. La deuxième est que, mine de rien, c’est une oeuvre importante non seulement sur un homme mais aussi sur une génération. Ça tombe bien : c’est (presque) la mienne !

Le Redoutable

 

A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
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3 commentaires pour Redoutablement attachant

  1. Bernard Gaignier dit :

    Ayant également participé à cette séance je partage…en partie l’avis de Patricik.
    Non sur la qualité du film l’humour et l’extrême simplicité du metteur en scène. Mais sur Godard lui même Que je ne trouve pas du tout sympathique. Il m’insupportait avant et le film n’a fait que confirmer mon sentiment. Agressif sectaire macho les excès de ces défauts le rendent comique tel le misanthrope de Molière. Le film est de ce fait tres drôle.
    Par ailleurs je garde un très fort ressentiment sur cette génération d’intellectuels qui a basculé dans le maoïsme.
    Dans les années 69 70 étudiant j’ai partagé un appartement avec un ami d’enfance toulonnais qui s’est affilié à la gauche prolétarienne. Et je l’ai vu changer et devenir un monstre d’arrogance et de sectarisme a l’instar de tous les zombies que j voyais défiler.
    Quelques uns s’en sont sortis . La plupart ont foutu leur vie en l’air dont mon pote parti s’établir en usine dans le nord… voie qu’il a abandonné brisé qques années plus tard..
    Alors les intellos comme Godard Sartre july Geismar ( devenu inspecteur general dans l’éducation nationale )….qui comme leurs ancêtres staliniens niaient le réel en « sanctifiant » la grande révolution culturelle prolétarienne (GRCP pour les intimes) je n’ai aucune sympathie pour eux. Et je trouve que le film rend tres bien compt de cela. Pour paraphraser Desproges Godard n’a pas dit que des conneries il en a filmé aussi.

    • Emmanuel dit :

      Oh la ami Bernard que tu n’aimes pas JLG c’est ton droit mais tu ne peux pas lui enlever le rôle important qu’il a eu dans la nouvelle vague et sa révolution complète dans la façon de filmer et de concevoir le cinéma. Attention aussi à ne pas prendre la provocation pour argent comptant ! A bout de souffle, Pierrot le fou et tant d’autres font partie de l’histoire du cinéma !

  2. Anik Angelozzi Kaigl dit :

    On ira bien sûr !
    Hazanavicius on n’est jamais déçu et si en plus il y a un OSS 117 à la clé

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