Voeux 2018 : le discours

Voici le texte intégral de mon intervention lors de notre présentation de voeux.
(Celui de Dominique est disponible sur son blog)

Avant de parler de 2018, comment ne pas évoquer au préalable cette extraordinaire année 2017. Extraordinaire au sens littéral du terme. Une année où la République est passée près du gouffre.
– Souvenez-vous des intentions de vote et du climat pro-FN d’il y a un an !
– Souvenez-vous de cette hypothèse hallucinante du risque d’un deuxième tour extrême droite – extrême gauche (même si, dans mon esprit l’une n’est pas assimilable à l’autre).
– Souvenez-vous, en début d’année, de la quasi-certitude qui s’était emparée du pays d’avoir à subir le programme de François Fillon à côté duquel celui de Madame Tatcher semblait avoir été inspiré par des boyscouts collectivistes !

Heureusement, à l’arrivée, les électeurs ont balayé ces sombres nuées du ciel de la République. Et nous avons hérité d’un Président atypique issu de l’équipe sortante mais bien positionné au centre de l’échiquier politique.

Depuis, nous pouvons reconnaître qu’il incarne bien la fonction, qu’il décide (l’indécision fut la plaie du précédent quinquennat) et que, grosso modo le facteur chance qui lui a été favorable tout au long de la campagne ne l’a pas abandonné pour ses premiers mois de présidence. Mais, comme disait Jules Renard : « Il y a des moments où tout réussit. Il ne faut pas s’effrayer. Ça passe ».

Et en tant que responsables politiques, il est de notre devoir à moyen et long terme de s’interroger sur cet avenir forcément incertain. D’autant plus incertain que la situation politique est inédite. En effet, pour la première fois sous la Ve République, le parti du Président a décidé de ne pas être un véritable parti.

À côté de cela, le PS est en miettes (même si, à titre personnel, je salue les positions souvent courageuses de son responsable dans les Alpes-Maritimes, Xavier Garcia). Quant aux Républicains, ils ont fait le choix de la marginalisation, pendant que Mélenchon a, semble-t-il, fait une croix définitive sur la gauche de gouvernement. Jusqu’au FN – et là je ne vais pas pleurer – qui a explosé en vol.

Or, si nous avons vu d’un bon œil l’aventure Macron (n’était-elle pas, au niveau national, une démarche similaire à celle que nous avions – toutes proportions gardées bien sûr – initiée à Nice avec Gauche Autrement ?), le vide politique sidéral sur lequel elle a débouché ne peut qu’inquiéter les démocrates. Si la nature a horreur du vide, la politique aussi.

C’est précisément dans ce contexte où les réseaux sociaux ont remplacé la démocratie représentative, que se justifie la réunification des Radicaux. En effet, quand les radicaux de gauche s’unissent avec les radicaux qui ne se sentaient plus à l’aise à droite, cela a du sens.

C’est que pour nous, la République a besoin des partis politiques capables de structurer un projet, d’organiser le militantisme et de former les futurs élus. Et bien sûr d’animer dignement le débat politique. Que ce soit le Mouvement radical, le plus vieux parti de France, qui donne l’exemple est symbolique.

Le radicalisme, cette vieille idée neuve, est nécessaire à la République dont elle a toujours été la source vive. Au moment où celle-ci est attaquée de toute part, il y a une urgence radicale. Et là, il ne faut pas se le cacher, il existe des divergences parfois importantes avec ce Président dont nous approuvons la démarche générale et le positionnement courageux sur l’Europe. Sans oublier, également, la présence de deux ministres radicaux, Jacques Mézard et Annick Girardin à des postes importants du gouvernement.

– Il en est ainsi sur un thème fort qui est un peu l’ADN des radicaux : la laïcité. Le compte n’y est pas, loin de là. La reconduction de l’ambigu Jean-Louis Bianco à la tête de l’Observatoire de la laïcité est une entrée en matière décevante. Un Président qui stigmatise une prétendue « radicalisation de la laïcité » inquiète. Jusqu’à ce report du discours annoncé sur la laïcité qui peut laisser perplexe.
Nous, nous sommes pour une République fière de ses valeurs qui se bat sans concession contre l’intégrisme et sa conséquence, le communautarisme. Une République qui est « toujours Charlie » et qui se bat pour une laïcité exigeante capable, par exemple, de poser sereinement mais fermement des questions aux responsables musulmans sur la place des femmes dans la société et la place du politique vis-à-vis de la religion.

– Autre interrogation : l’équilibre entre l’économie et le social, entre la nécessaire réforme économique et le maintien du modèle social français. Sans nier l’importance et la pertinence d’une certain nombre de réformes déjà accomplies, le sentiment est fort dans le pays que la « flexisécurité » a pour le moment fait une place plus belle à la flexibilité qu’à la sécurité des salariés.
Les radicaux, eux, depuis le début du XXe siècle, sont solidaristes. Pour eux, s’il arrive qu’on soit pauvre par sa faute et riche par son mérite, la plupart du temps – et ça se vérifie encore largement dans notre société du XXIe siècle – il ne faut pas oublier qu’on est riche ou pauvre par déterminisme social. Le solidarisme, qui est l’affirmation politique de la solidarité sous toutes ses formes, ne peut trouver son compte dans une politique économique dont le curseur pencherait trop du côté des puissants.

On peut aussi s’interroger sur la lancinante question des migrants. Oui, le Président a raison de distinguer asile politique et migration économique. Ne serait-ce que pour aller jusqu’au bout et avec générosité de la logique d’intégration des réfugiés. Mais, pour autant, on ne peut pas ne pas traiter dans le respect de nos valeurs humanistes la question de l’immigration économique. C’est aussi, si on réfléchit à moyen et long terme, une question de pragmatisme.
C’est pour cela qu’avec les associations mais aussi beaucoup d’élus de la majorité présidentielle, nous serons attentifs à la loi qui est en cours de discussion. Mais allons plus loin. Pourquoi ce jeune Président qui a réussi avec un certain panache à s’imposer très vite sur la scène internationale ne profiterait-il pas de cet état de grâce pour faire d’audacieuses propositions au niveau européen et international ?

Les radicaux, c’est aussi dans leur ADN, ont toujours été en pointe sur les sujets dits « de société ». Par manque de temps, je n’en évoquerai que deux.
– L’euthanasie d’abord. Cette question est le symbole des atermoiements du précédent quinquennat. En effet, l’hypocrite loi Léonetti ne résout rien. Comme il l’a fait pour l’élargissement de la PMA, le gouvernement se grandirait en adoptant enfin cette nouvelle liberté plébiscitée par les Français même si elle est honnie par certains groupes de pression.
– L’autre question que je veux évoquer touche aux drogues douces et même aux drogues tout court. Nous avons l’une des législations les plus sévères d’Europe. Et la consommation, notamment chez les jeunes, ne cesse de progresser. Cherchez l’erreur ! Le tout sur fond de trafic qui gangrène des territoires entiers de la République. Comme viennent de le faire les Californiens, il convient de sortir de l’hypocrisie. Les radicaux seront là pour le rappeler.

Sur le plan local, je n’ai pas grand-chose à rajouter à l’exposé de Dominique ni sur l’excellent travail qui est accompli avec Marc Concas et le Shadow cabinet extrêmement efficace qu’encadrent Colette et Fabien. Juste un mot pour dire que le débat politique préempté par deux personnalités pendant encore deux ou trois ans, ce n’est pas possible. Ce n’est pas ce que les Niçois souhaitent. DSurtout quand, on le sait bien, l’objectif de ces deux personnalités est d’utiliser le tremplin de la mairie pour servir leurs carrières nationales.
Donc, chers mais, n’en doutez pas, nous serons présents dans le débat municipal. Le moment venu, nous saurons prendre nos responsabilités. Pas pour exister, mais tout simplement parce que nous estimons que cette ville – très divisée entre quartiers de l’hyper-centre dédiés au tourisme, quartiers traditionnels négligés et quartiers périphériques à la limite du non droit – eh bien, nous estimons que cette ville mérite elle aussi un projet solidariste. Cette ville encore provinciale, cette belle endormie, doit devenir – notamment autour d’un projet culturel digne de ce nom – cette grande et belle métropole européenne et méditerranéenne que son histoire et sa géographie commandent. Mais de cela nous aurons l’occasion de parler, pas forcément dans très longtemps !

Mes chers amis, c’est le moment de conclure. Je veux le faire en évoquant une artiste qui, même si elle n’aura pas d’obsèques nationales, parle à beaucoup d’entre nous : France Gall. Et je vais bien sûr faire allusion à l’une de ses chansons. Compte tenu du ton que j’ai voulu volontariste de cette intervention, vous vous doutez bien que cette chanson ne sera pas Débranche… Ce sera plutôt Résiste. Il y a en effet dans le texte de Michel Berger quelques mots qui correspondent très bien à l’état d’esprit de Dominique et de moi-même en ce début d’année 2018 :
Résiste
Prouve que tu existes
Refuse ce monde égoïste
Bats-toi, signe et persiste.

Oui, c’est cela, chers amis, avec vous, on va signer, on va persister, on va se battre.

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A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
Cet article a été publié dans Gauche Autrement, politique locale, politique nationale, PRG. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Voeux 2018 : le discours

  1. Sergine Urielle Oga dit :

    Merci de nous permettre à Nous, qui n’avons pas pu être présent de lire ce beau discours.

  2. Yolande Marchal dit :

    tous mes meilleurs voeux pour 2018 à vous deux!

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