Copain, copine…

couple

Le vocabulaire peine parfois à suivre les réalités sociologiques. De plus en plus de couples se forment sans ressembler à ceux du passé. Ce sont généralement de jeunes adultes qui décident de vivre ensemble une relation sans qu’il y ait obligatoirement à la clé une cohabitation, encore moins un projet familial ou un mariage. Les belles familles adoptent avec désinvolture ces supplétifs sans toutefois les intégrer vraiment. Ce qu’ils ne demandent d’ailleurs pas. Après quelques mois voire quelques Saint Valentin le couple se sépare souvent rapidement et les deux ex repartent vers de nouvelles aventures. Sans drame.

Or il se trouve que notre vocabulaire n’a pas de mot pour qualifier ces couples éphémères :

– « Fiancé(e) » est quelque peu vintage et recouvre de toute façon une réalité juridique au moins jurisprudentielle (et qui se fiance aujourd’hui ?)

– « Concubin(e) » est une autre notion juridique (surtout quand le concubinage est notoire…). De toute façon la dissonance du mot lui a toujours donné un côté péjoratif (je me souviens d’avoir été traité de « concubin » par un adversaire politique).

– « Amant-maîtresse » a un côté théâtre de boulevard et portes qui claquent. Et bien sûr une connotation sexuelle très réductrice.

– « Ami(e) », trop large, reste ambigu sauf peut être pour les couples homosexuels. De plus le mot est surexploité avec toute une floraison de « meilleur(e) ami(e) » sur les réseaux sociaux.

–  » Compagnon-compagne » pourrait être assez juste mais par son abstraction peut aussi s’appliquer à un époux ou une épouse.

– « Pacsé-pacsée »est un cadre juridique moderne précis donc inopérant.

-« Mon chéri- ma chérie » sont vraiment too much…

Du coup, en panne de mots, l’usage va choisir probablement le plus mal adapté : « copain-copine » (après il est vrai un court passage par « petit copain » et  » petite copine » clin d’oeil appuyé en prime !) :
« Le copain de ma fille vient diner ce soir »
 » La copine de mon frère est avocate »

En effet, copain (celui avec qui on partage son pain) et a fortiori le très laid copine sont des mots déconnectés de la réalité de ces nouveaux couples. On est loin des copains de Jules Romain, des copains d’abord de Brassens ou même du Salut les copains de Daniel Filipacchi.

Que font nos académiciens ? Au lieu de courir derrière les tics et les NTIC, ils feraient bien de revenir à l’éthique du français. Par exemple en inventant un joli mot pour qualifier ces nouveaux couples. Ainsi libérés, les copains pourraient redevenir des potes et les copines qui sait… des potines !

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A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
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6 commentaires pour Copain, copine…

  1. Daniel Moatti dit :

    Pour inaugurer la nouvelle année, que penses-tu de conjoint/conjointe ?
    amicalement
    Daniel Moatti

  2. Michelle dit :

     » Ma mie de grâce ne mettons
    Pas sous la gorge à Cupidon
    Sa propre flèche… » dit joliment Brassens dans « La non demande en mariage ».
    Bien que désuet, c’est joli ma mie, mais ça n’a pas le masculin. En tout cas, Brassens a su résoudre la problème du couple semble-t-il, dans sa conception et son appellation.
    Pour le reste, ça fait théâtre de boulevard les qualificatifs « Amant- maîtresse » ? Oui, au siècle de Feydeau , lorsque les femmes volages, soucieuses de ne pas être prises en flag’, planquaient leurs amants dans le placard, ( Ciel, mon mari !!) Mais à notre époque aux meurs quelques peu relâchées, le mot amant a perdu sa connotation sulfureuse et garde même un petit côté romanesque assez sympa.
    La maîtresse en revanche évoque plus la dominatrice que l’amoureuse.
    Alors, pourquoi pas Amant-Amante ?
    Les autres qualificatifs sont à mon sens trop vagues ( ami, compagnon), ou moches ( concubin ) ou font trop état -civil ( pacsé, conjoint)

  3. FX dit :

    copain (celui avec qui on partage son pain)
    copine (…)
    Osé Patrick !

  4. alaind dit :

    Bah, il y a girl et boy friend, mais evidemment, avec ce @#$%=÷×@$$ de brexit…

  5. Valérie Garcia dit :

    très juste my friend !

  6. Mouton enragé dit :

    Finalement, ne faudrait-il pas des mots à la carte selon la situation de chacun?
    En ce qui nous concerne… Le mot complice nous plairait bien, mais le côté « braqueurs de banques » qui l’accompagne manque pour l’heure à notre actif même si nous avouons y avoir pensé.
    Quant à copain, malgré sa sympathique étymologie, il évoque plutôt une relation relativement récente (et/ou plutôt superficielle) qui convient mal à un couple ayant franchi sa deuxième décennie.
    Selon les circonstances, j’emploie tour à tour:
    -le plus souvent: le simple prénom de l’élu sans autre précision -ça suppose que tout le monde sait ce que je veux dire, ce qui bien sûr ne veut rien dire sauf à prêter attention à la façon de le prononcer, le tout sans certitude. J’aime bien ce flou: ça permet d’évoquer naturellement la relation sans s’étaler sur sa vie privée quand ce n’est pas le propos.
    -en fonction de l’ambiance, il m’arrive de le présenter comme mon camarade de jeux; même si c’est réducteur, ça définit assez bien le mélange de nos personnalités.
    -exceptionnellement et face à une administration soupçonneuse, j’ai un jour employé « mon mari » pour simplifier. Ce qui m’a valu des questionnements plus soupçonneux encore à cause de nos noms différents -oui, certains ignorent toujours qu’une femme peut, depuis déjà un temps certain, conserver son nom de jeune fille en se mariant. J’ai du renoncer à mon mensonge et me lancer dans l’évocation de notre relation au long cours devant un public avide de détails et retenant bien mal la question « Mais pourquoi pourquoi pourquoi… ne pas graver vos noms au bas d’un parchemin », pour reprendre le commentaire de Michelle un peu plus haut.
    Pour ce qui est de l’autre moitié du couple, faisant fi de la loi, il a depuis longtemps officialisé la relation en adoptant « ma femme » en toutes circonstances. Pour autant, il soutient toute recherche de vocable mieux adapté, n’ayant choisi celui-ci que par défaut. Avis aux amateurs…

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