Federer by Enthoven

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Quel bonheur ! Un dernier « challenge » et je vois, sur les images un peu floues d’une retransmission volapük piquée sur Internet, Roger Federer lever les bras au ciel pour célébrer l’incroyable : son vingtième Grand Chelem ! En Australie.

En hommage au champion mais aussi à l’homme, je vous propose ce petit texte du philosophe Raphaël Enthoven : L’existence de Dieu est une preuve de Federer  (extrait de son dernier livre dont j’ai parlé sur ce blog le 19 janvier 2018).

Dans son traité Du ciel, Aristote présente la trajectoire de la Lune comme une frontière entre deux mondes : le monde supralunaire (au-dessus de la Lune), composé d’astres éternels, immuables et immatériels, et le monde sublunaire (de la Lune à la Terre), où règnent le changement, le hasard et la mort.

Or, au tennis, dans ce jeu cosmique où deux soleils tapent à tour de rôle sur une planète, Roger Federer, l’étoile Federer, se trouve exactement à la croisée des univers.

Il emprunte au monde supralunaire la perfection du geste pour la mettre au service du monde instable où vivent les simples mortels. Federer n’est pas un joueur de tennis, Federer est le tennis incarné. Ses balles sont des comètes, ses mouvements sont des ellipses.

Federer est une idée qui a pris le pouvoir sur un corps et lui imprime la plus haute précision dont il est capable : quand on le regarde jouer, le spectacle auquel on assiste est celui d’une matière soumise à la forme. La lumière s’est faufilée dans sa chair pour transformer ses gestes en tableaux. De là son classicisme… Federer joue en alexandrins !

Federer se tourne pour jouer son coup droit (ce qu’on a cessé d’enseigner en 1988 dans les écoles de tennis). À côté de lui, les bourricots qui avancent la jambe droite se tordent le poignet et hurlent comme des animaux qu’on égorge, ressemblent à des caniches qui se faufilent entre les jambes d’un colonel prussien.

Mais Federer n’est ni prussien, ni suisse. Il est l’intercesseur de la perfection dans un monde qui s’érode. L’émissaire, ici-bas, d’une forme de vie à laquelle nous avons accès que par des gens comme lui.

D’ailleurs Federer lui-même, en arrivant sur Terre, a du s’adapter. Un Lien qui s’incarne est soumis aux lois de la gravité, aux coups de barre ou à l’adversité d’un Djokovic. Mais c’est par la technique que Djokovic échappe à sa condition d’humain, alors que Federer y parvient par la grâce. Djokovic est un produit de la mécanique, Nadal est une création du désir. Federer est une oeuvre d’art, qui échappe au double écueil d’une technique sans âme, ou d’un pur caractère qui plafonne aux portes du sommet. 

Avec Federer, un smash de fond de court devient un lob, quand il joue entre les jambes, c’est de face. Même quand les autres l’emportent, ils ne font pas le poids. D’ailleurs, quand Federer est malmené dans une partie, on dit toujours qu’il est absent. Et c’est exactement ça. Federer est tellement fort que, quand il perd, c’est qu’il n’est pas là.

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A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
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3 commentaires pour Federer by Enthoven

  1. Emmanuel dit :

    Roger le magnifique !

  2. ricciarelli dit :

    Rassurant. Un physique d’apparence normale et pourtant …..

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