2, rue Duroc

2, rue Duroc

A l’instar de ce qu’a fait mon ami Roger Aïm avec Julien Gracq, j’aime partir à la recherche des lieux qui ont été fréquentés par un écrivain. On peut toujours y tenter de résoudre une partie des mystères de son univers. Parfois même de son écriture.

C’est ainsi que de passage à Paris cette semaine, je me suis mis à explorer – sous une pluie battante – le Paris de Proust aidé en cela par le précieux petit livre de Michel Erman. En effet, Proust le Parisien se retrouve dans de nombreux quartiers de la capitale. Mon temps étant limité, je me suis contenté d’explorer les étapes géographiquement proches des réunions « sérieuses » pour lesquelles j’avais fait le voyage. En fait, elles correspondaient à la dernière partie de la vie de Marcel Proust. C’est donc un voyage – que je poursuivrai lors d’autres séjours – à rebours que j’ai entrepris.

St-Pierre de Chaillot

Ma première étape fut symboliquement la dernière de l’écrivain : avenue Marceau, j’ai pénétré à l’intérieur de l’église Saint-Pierre de Chaillot. Celle-ci a été construite dans les années 30 sur l’emplacement de la vieille église où le 22 novembre 1922 ont eu lieu les obsèques de l’auteur d’Un amour de Swann, devant sept cents personnes. Et d’imaginer le petit bouquet en forme de croix déposé par Céleste, la fidèle gouvernante, sur le cercueil. Et d’entendre la « Pavane pour une infante défunte » de Ravel joué ce jour-là à la fin la cérémonie.

44, rue Hamelin

A quelques centaines de mètres, toujours dans le XVIe arrondissement, je me suis rendu au 44, rue Hamelin où Proust a vécu à la fin de sa vie à partir du 1er octobre 1919 (l’année du Goncourt). L’immeuble est devenu un hôtel assez banal mais l’architecture extérieure est intacte. On peut donc imaginer au 5e étage la chambre de l’écrivain sobrement meublée d’un lit en cuivre et de tables de chevet où reposent cahiers, porte-plume et papiers. C’est ici qu’il écrit les derniers tomes d’A la recherche du temps perdu. On peut aussi imaginer le matériel de fumigation, l’opium et les dopants cardiaques qui lui permettent de surmonter tant bien que mal les crises de son asthme chronique.

Mais l’étape la plus insolite fut probablement celle du 2, rue Duroc. Dans cette petite rue près de Montparnasse que je connais bien car le PRG y a son siège national, j’ai fait étape devant l’hôtel particulier qui appartenait à la famille Beaumont connue pour son goût de la fête. Au début d’octobre 1922, Proust est invité par les maitres du lieu. Lui qui ne sort pratiquement plus accepte l’invitation. Hélas, au cours de la soirée, il prend froid. Et le banal rhume va se transformer en une bronchite accompagnée de fortes fièvres. Sa santé étant très dégradée avant même cet épisode, il ne s’en remettra jamais et va mourir le 18 novembre à 5 h 30 du matin.

Devant le 2, sous un véritable déluge, je ne résiste pas à la tentation de faire un petit selfie. Mais mon admiration pour Proust n’allant pas jusqu’à risquer une bronchite par mimétisme, je me suis quand même équipé précautionneusement comme en témoigne la photo ci-dessus.

 

 

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A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
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5 commentaires pour 2, rue Duroc

  1. véronique dit :

    As-tu aussi rencontré chez les Beaumont : Jacques Truelle, Jacques de Lacretelle ou Pierre de Polignac?

  2. Alain Dupasquier dit :

    Il me reste en mémoire, hélas, mais incontournablement, quelques cérémonies funèbres, et une fut particulière. Le cercueil s’en fut sous un tonnerre d’applaudissements. Ce fut pour Pascal Bey, un artiste hors pair assez inconnu, qui réalisat au crayon de magnifiques ouvrages. La suite se poursuivit au cimetière, accompagnée de chants Malgaches.

  3. Richard Martinez dit :

    Il a l’air de faire froid. Bises

  4. Bernard Gaignier dit :

    Duroc and roll ?

  5. Fabien Castejon dit :

    Je ne me souviens que de la marche à Rome de Mussolini…à cette epoque je ne connaissais pas encore le grand nord

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