Ça bouge (un peu) à Carlone !

En arrivant à 7 h 30 à ma faculté de Carlone, les accès piétons et voitures de l’établissement sont bloqués par des barricades de tables, de chaises et de poubelles. C’est la conséquence presque naturelle du blocus voté par une AG la semaine dernière. Une trentaine d’étudiants conduisent la manoeuvre (je ne les connais pas). Ils sont déterminés et efficaces malgré leur faible nombre. Les premiers étudiants arrivant (ils  devaient se tenir encore six partiels me dit le doyen plutôt inquiet devant la tournure des événements), les jeunes grévistes font oeuvre de pédagogie et si leurs arguments sont un peu caricaturaux, ils semblent sincères et pensent vraiment que la réforme met en danger le modèle français  de l’université.

Vers 8 heures, une vingtaine d’étudiants (que je ne connais pas non plus), visiblement organisés, enfoncent les barrages et démontent les barricades provoquant une brèche dans laquelle s’engouffre la centaine d’étudiants qui avaient des partiels (même si les profs et le personnel administratif restent à l’extérieur). Une bousculade s’ensuit, les grévistes font la chaîne pour remplacer la barricade. La tension est forte et deux jeunes filles éclatent en sanglots tout en gardant leur place dans la chaîne qui fait office de piquet de grèves.

Les grévistes ayant la bonne idée d’offrir café (d’ailleurs excellent ! ) et crêpes, la tension descend d’un cran. Un débat s’engage avec les étudiants visiblement peu informés sur le mouvement. Les arguments concernant les moyens supplémentaires et la défense du service public sont plutôt bien reçus, ceux concernant la sélection un peu moins. C’est que pour des filières comme LEA qui perdent la moitié de leurs effectifs le premier semestre de la première année la question se pose. Et comme le disait une de mes étudiantes par ailleurs plutôt favorable au mouvement : la société française n’a peut-être pas besoin de milliers d’anthropologues supplémentaires chaque année.

A dix heures, le cordon de grévistes quitte la place pour rejoindre la manif avenue de la gare. Peu d’étudiants les suivent. Fin de la séquence, je retrouve une partie de mes étudiants dans mon amphi 311 à l’extension.

Une séquence qui démontre qu’à Carlone la réforme de l’Université n’inquiète pas plus que cela les étudiants qui s’estiment hors d’atteinte puisque eux sont déjà à la fac. Il est vrai que ce sont les lycéens qui – pour la contester ou la soutenir – devraient animer un débat qui impacte directement leur avenir proche. Curieusement, ils sont bien silencieux.

 

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A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
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10 commentaires pour Ça bouge (un peu) à Carlone !

  1. Gregory Lanteri dit :

    C’est devenu Alcatraz ou quoi Carlone.. Moi qui en suis parti en 2001 après la maîtrise…

  2. Daniel Moatti dit :

    Certes, mais depuis 1968, il y a le temps accaparé par internet, les vidéo, les réseaux sociaux. Dès lors, notre jeunesse à beaucoup moins de loisirs à consacrer à la lecture, à la politique et à la réflexion. Leur monde, où l’anxiété d’un futur sans travail, ou la perspective d’un emploi sous rémunéré et/ou à temps partiel ne correspondant pas au niveau d’étude, n’a plus grand chose à voir avec celui des lycéens et étudiants soixante-huitards et post-soixante-huitards.
    Encore que nous ne devons pas croire que mai 1968 était rose pour tout le monde. Je renvoie à l’un de mes textes publié en mai 2008 : « Quarante ans de révoltes estudiantines et lycéennes.
    Le sens d’un échec idéologique majeur » – http://communication.moatti.pagesperso-orange.fr/1968.htm
    bien amicalement
    Daniel Moatti

  3. Paul Vautel dit :

    Ah, si j’avais 40 ans de moins ! Bien sûr que cette réforme qui sélectionne les étudiants est une régression et certainement un pas de plus vers une privatisation des universités. Ne soyons pas aveugle, la aussi le service public, peut être le plus important pour notre république, va devoir être rentabilisé. Une jeunesse qui se révolte, c’est forcément ce qui peut arriver de mieux.

  4. Michel Hassan dit :

    C’est effectivement les lycéens qui vont être les premiers à faire les frais de la réforme à venir… leurs parents aussi… en ont ils conscience ! ?…
    Alors on peut remercier les étudiants actuels qui s’insurgent contre une réforme qu’ils jugent mauvaise pour leur petits frères et/ou petites sœurs et en même temps penser 🤔 qu’ils sont solidaires des générations futures à qui normalement on devrait travailler à laisser un monde meilleur et pas le contraire !…

  5. Alexandra Giusto dit :

    La sélection est tellement rude pour entrer en master… les étudiants ont trop peur de rater leur partiel sachant qu’ils visent des mentions pour avoir plus de chance … arffff mai 68 c’est pas pour demain

  6. Bernard Gaignier dit :

    C’est vrai que le tirage au sort c’était tellement mieux.

  7. Claudine Lausson dit :

    De plus en plus debiles ces étudiants !!! En plus ils ne sont même pas concernés !!!

  8. Line Amazoone dit :

    Venant d’un bac pro , je n’aurais jamais eu ma chance avec la sélection. A l’heure d’aujourd’hui j’ai validé ma licence et je suis en master.

  9. Kévin Rio dit :

    Votre article me rassure beaucoup. Je vous remercie donc beaucoup pour celui-ci.

  10. Elsie Fantino dit :

    Habituellement, c’était de Carlone que partaient les mouvement sociaux étudiants. Nos étudiants en lettres seraient-ils devenus (trop) sages ?

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