Les lieux communs en politique (2) : la panacée du vote blanc

Vote blanc CharbIl paraît que ce sera une des revendications urgentes qui sortiront du Grand Débat : la prise en compte du vote blanc. Et ce gadget anodin a toutes les chances d’être retenu par un Président qui sera naturellement à l’affût de gadgets anodins pour garnir son caddie de propositions qu’il est censé garnir pour dire « je vous ai compris » aux gilets jaunes. Alors il n’est pas inutile de réfléchir à cette reconnaissance du vote blanc.

Cette proposition part d’un postulat qui est faux : choisir des dirigeants et des élus dans une démocratie n’est pas une option mais une impérative nécessite. Le vote blanc n’a pas de sens.  S’il est mécontent de l’offre politique, le citoyen doit mettre ses mains dans le cambouis et se présenter ou du moins agir pour qu’un mouvement représentant ses idées émerge. Autre option, il vote en éliminant ce qui, admettons-le, n’est pas très exaltant mais absolument nécéssaire (les Anglais, adeptes du bipartisme, pratiquent ce sport depuis des décennies). On peut refuser ces deux attitudes mais, à ce moment là, on laisse choisir les autres.

Capitaliser le vote blanc n’aura aucun effet concret. Cette prétendue panacée ne peut que virer en eau de boudin. Les gagnants de l’élection  (mécaniquement il y en aura toujours), tout à l’euphorie de la victoire, l’ignoreront, et les perdants, en lui faisant trop de publicité, risquent d’aggraver l’impact de leur défaite.

Certaines propositions complètent le dispositif en proposant d’annuler l’élection si le vote blanc est majoritaire. À part bloquer les institutions un certain temps cette version ne change rien au problème car on sera obligé d’organiser dans la foulée (comme pour une AG d’association quand le quorum n’est pas réuni) une autre élection… sans la règle. Ou alors on accepte de laisser le gouvernement sortant au pouvoir ad vitam aeternam.

Bref, vous l’avez compris, je ne suis pas un partisan de la reconnaissance du vote blanc. Mais l’impact de la mesure est tellement insignifiant que je ne me vois pas me battre contre non plus. Malicieusement, je peux même ajouter que je pourrais y voir un point positif. Voter blanc est une démarche qui n’a pas beaucoup de sens mais c’est quand même une démarche citoyenne car on va voter. Cela signifie que si la mesure est adoptée les abstentionnistes présentés à chaque soirée électorale comme des citoyens exprimant par leur non vote de multiples frustrations toutes plus nobles les unes que les autres seraient renvoyés à leur condition d’individus déresponsabilisés refusant de remplir leur devoir civique. Du coup le seul « abstentionniste à message » serait celui qui à voté blanc. Même si le message est navrant.

Nice Matin 10-03-2019 - 1 (1)

Nice Matin 10 mars 2019

 

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A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
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4 commentaires pour Les lieux communs en politique (2) : la panacée du vote blanc

  1. véronique dit :

    Une autre perspective?

    Celle d’un roman de José Saramago, La lucidité.
    Résumé :
    Au lendemain des élections municipales organisées dans la capitale sans nom d’un pays sans nom, la stupeur s’empare du gouvernement : 83 % des électeurs ont voté blanc. Incapables de penser qu’il puisse s’agir d’un rejet démocratique et citoyen de leur politique, les dirigeants soupçonnent une conspiration organisée par un petit groupe de subversifs, voire un complot anarchiste international.
    Craignant que cette « peste blanche » ne contamine l’ensemble du pays, le gouvernement évacue la capitale. L’état de siège est décrété et un commissaire de police chargé d’éliminer les coupables – ou de les inventer.
    Aussi, lorsqu’une lettre anonyme suggère un lien entre la vague de votes blancs et la femme qui, quelques années auparavant, a été la seule à ne pas succomber à une épidémie de cécité, le bouc émissaire est tout trouvé. La presse se déchaîne. La machine répressive se met en marche. Et, contre toute attente, éveille la conscience du commissaire.

  2. Emmanuel dit :

    Ah mince je croyais qu’on disait un panaché ! Quoi j’ai dit une bêtise ?

  3. Le vote blanc permettrait peut-être d’éviter le sempiternel refrain des candidats au soir d’une élection consistant à pleurer sur l’existence des nombreux abstentionnistes, alors que globalement ils n’en ont pas grand chose à faire : ceux qui sont élus sont contents quelle que soit la participation, ceux qui ont perdu trouvent dans cet argument un moyen de ne pas trop montrer leur déception. En effet, il y a peu de chances de voir le vote blanc être très important et ceux qui seront restés à la maison ne pourront plus être comptés dans les abstentionnistes militants.

  4. Hubert Belhassen dit :

    Il y a une époque où quand quelqu’un prenait la parole on lui demandait s’il avait voté. Et on considérait que ceux qui n’avaient pas fait de choix ne pouvaient pas s’élever contre le choix des autres et donc que leur parole (avis) ne pouvait pas être pris en compte. De la même manière que le contenu d’une lettre anonyme (non signée).

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