Gino le juste, Farouk le maudit

Les livres consacrés aux sports ne sont pas toujours d’impérissables chefs-d’oeuvres mais il y a parfois de brillantes exceptions comme en témoignent mes dernières lectures, ouvrages dont les auteurs sont – pure coïncidence – de talentueux journalistes italiens.

Le premier, Un vélo contre la barbarie nazie,  est d’Alberto Toscano, un sympathique Milanais, avec qui j’ai pu échanger au dernier salon du livre de Roquebrune, le second  de Gigi Riva, rédacteur en chef de l’hebdomadaire « L’Espresso », s’intitule Le dernier pénalty : histoire de football et de guerre et m’a été offert par un responsable politique local familialement impliqué dans l’histoire récente des Balkans.

Le livre de Toscano (Armand Colin éditeur) a pour héros le grand champion Gino Bartali qui, entre deux victoires dans le Tour de France en 1938 et 1948, a refusé de se compromettre avec le régime fasciste et a permis le sauvetage de plusieurs centaines de juifs persécutés par les nazis. Gino le pieux, surnommé ainsi parce qu’il était un fervent catholique, est devenu « le facteur de la liberté ». Prétextant de longues sorties d’entraînement, il a transporté des milliers de faux papiers d’identité cachés à l’intérieur de la structure métallique de son vélo. Pédalant ainsi pendant des mois, il donne le change aux soldats ennemis admiratifs devant le champion. Etonnante et picaresque chevauchée dont l’auteur nous restitue la profonde humanité. La guerre finie, Gino refusera obstinément de parler de cette période. C’est ainsi que le titre de Juste lui sera attribué par le comité Yad Vashem… en 2013. Treize ans après sa mort.

L’essai de Gigi Riva (Seuil éditeur) se pose d’emblée une question étonnante : que ce serait-il passé si Faruk Hadzibegic, bosniaque de Sarajevo, n’avait pas raté son pénalty, le cinquième et fatidique tir au but, et qualifié ce qui était encore son pays, la Yougoslavie, en quart de finale de la Coupe du Monde de football, le 30 juin 1990 à Florence ? Et l’auteur de rêver a une victoire de l’équipe de la patrie de Tito qui aurait stoppé le processus de désintégration du pays aboutissant à cette terrible guerre civile entre Slaves du Sud. Composées de Serbes, de Croates, de Slovènes, de Macédoniens, de Monténégrins et de Kosovars, cette équipe était une petite Yougoslavie en miniature dont l’auteur nous relate les dernières aventures : une belle histoire d’hommes qui cohabitent pour assumer un destin encore commun.

Hélas, le pénalty fut manqué et on ne saura jamais si l’exploit des sportifs aurait pu stopper les vents mauvais de l’Histoire. Probablement pas. Reste un livre important qui, à partir de l’échec de Faruk, nous permet de revisiter cet épisode honteux de l’histoire européenne. On ne m’enlèvera pas de l’idée que c’est à Bruxelles qu’on aurait  du réussir le pénalty.

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A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
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