Constitution-Macron : la réformette reste une réformette…

Alors qu’une grande partie du blocage politique dont est victime notre démocratie a une cause institutionnelle – l’impossibilité de mettre en cause politiquement le Président de la République et sa majorité pendant cinq longues années depuis la réforme du quinquennat – les réponses du Président restent toujours aussi faibles après le Grand Débat.

Un bon point toutefois pour Emmanuel Macron : en refusant le vote blanc et le RIC, il a tout simplement fait l’économie de deux réformes sans portée pratique. Un brin de démagogie aurait pu lui suggérer d’accepter deux mesures qui ne lui auraient rien coûté politiquement mais très populaires sur les ronds-points. Dont acte.

Quant aux propositions dans une large mesure inspirées par la réforme constitutionnelle de juillet 2018 reportée pour cause d’affaire Benalla (et que j’avais commenté ici même en son temps  le 5 avril 2018), risquons un macronisme : c’est de la poudre de perlimpinpin.

  • Sur l’introduction de 20 % de proportionnelle au Parlement : aucun effet réel sur la gouvernance. Heureusement d’ailleurs, car la proportionnelle est une redoutable machine à crises politiques et à la promotion de mini formations extrémistes propres à exercer tous les chantages (Cf. les petits partis religieux en Israël). Ces 20 % serviront uniquement à rassurer François Bayrou et à assurer le sauvetage de quelques apparatchiks incapables de se faire élire sur leur nom. Ça tombe bien, il y en a dans tous les partis.
  • La baisse de 25 % du nombre de parlementaires n’a aucun intérêt pratique, politique et démocratique. Un vague et presque dérisoire avantage financier. Mais bon, même si cette mesure se nourrit de l’antiparlementarisme (j’avais cru comprendre que le problème ce n’était pas le Parlement) comme on dit dans ma campagne, ça ne mange pas de pain. Ça n’en donne pas non plus d’ailleurs.
  • Par contre, le seuil de déclenchement du référendum d’initiative partagé ramené à 1 million de citoyens peut être positif dans la mesure où le seuil précédent avait tellement découragé les éventuels initiateurs qu’on n’avait eu aucune tentative depuis 2008 avant celle sur l’aéroport de Paris. Après, il faut avoir conscience que bien utilisé, cet instrument peut constituer une plue value démocratique, mal par contre ce peut être rapidement du n’importe quoi.
  • Le droit de pétition local lui m’a bien fait sourire. Comme élu local, je n’ai pas attendu une décision nationale pour en user dans le cadre de mes mandats. C’est grâce à lui qu’on a sauvé la Gare du Sud et le square Jeanpierre ou déplacé la ligne 1 du tram. Ne pas réinventer continuellement l’eau tiède nous permettrait de gagner du temps.
  • Quant au tirage au sort de citoyens pour remplir de nébuleuses instances au pouvoir consultatif ce sont tout simplement des postures (qui seront probablement sur-médiatisées) permettant de prolonger l’effet « Grand débat » supposé profiter à l’exécutif .
  • Restent les propositions d’un statut pour les maires et la simplification des procédures parlementaires : ce sont les arlésiennes de toutes les réformes institutionnelles depuis des décennies.

Donc, si nous résumons, la réformette Macron des institutions reste bien une réformette en 2019 après le Grand Débat. Alors que chacun sait que la seule réforme capable de redonner un souffle démocratique à notre République serait de découpler l’élection présidentielle et les élections législatives afin que, de temps en temps, les citoyens puissent soulever la chape de plomb d’un quinquennat verrouillé.

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A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
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2 commentaires pour Constitution-Macron : la réformette reste une réformette…

  1. Gérard Corboli dit :

    Tout a fait d’accord avec toi. On était en droit d’espérer mieux.

  2. Jean Cagnazzo dit :

    Et envisager une 6e République ?…………..pour qu’enfin le monarque descende de son piédestal………….

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