Cannes (1) : Un début plutôt violent avec des zombies, des résistants du Sertao et la BAC


Le premier contact avec le Festival est toujours ce moment un peu magique où, sur l’esplanade du Palais, on admire pour la première fois de la quinzaine, sur la façade du Bunker l’immense reproduction de l’affiche de l’année. Pour 2019, il s’agit d’une superbe photo tirée d’un documentaire d’Agnes Varda juchée sur le dos d’un technicien.

Le Festival, c’est aussi retrouver quelques jours après les examens du deuxième semestre (enfin corrigés !) l’atmosphère de Carlone. En effet, à l’instar de la petite Solène qui nous a guidé dans le Grand Amphithéâtre Lumière, nombreux sont mes étudiants qui font un petit boulot dans le cadre de la manifestation.

Cinématographiquement, l’édition 2019 commence bien avec trois bons films.

THE DEAD DON’T DIE (Jim Jarmush / USA)

Quand, comme l’avait fait Stanley Kubrik avec son mythique Shining, un grand réalisateur décide de tourner un film de genre, le petit monde de la cinéphile est très impatient de voir le résultat. Eh bien avec le « film de zombies » de Jarmush, il ne sera pas déçu : c’est une réussite magistrale.

Le réalisateur joue pleinement le jeu avec des morts-vivants terrifiants (mais un poil bavards, ce sera sa touche personnelle !), des entrailles bien sanguinolentes, des victimes pittoresques et un chouia stupides, sans oublier le petit message écolo de la planète qu’on bousille et qui se venge.

Mais au-delà de cet exercice de style, Jarmush sait prendre de la distance pour nous délivrer un message perso : et si la vie moderne (avec par exemple notre addiction au téléphone portable) faisait déjà de nous des zombies ? un message pirendélien par la forme car ses personnages n’hésitent pas à l’interpeller directement pour évoquer la fin de l’histoire.

Et comme l’affirme la bande annonce, le casting est vraiment propre « à réveiller les morts » avec une mention particulière pour le trio de policiers ahuris censés défendre la ville contre les envahisseurs : Bill Murray, Adam Driver et Chloé Sévigny (une de mes actrices préférées), l’extraterrestre mi-Kill Bill, mi- Six feet under, Tilda Swinton, et Tom Waits en ermite ayant le mot de la fin : « Quel monde de merde ! »

BACURAU (Kleber Mendonça-Juliano Dornelles / Brésil).

Bacurau est un petit village du Sertao au nord-est du Brésil. Sous la coupe d’un politicien corrompu, les habitants doivent affronter des conditions de vie très dures aggravées par un manque d’eau provoqué par leurs ennemis. De mèche avec le Préfet de la Région, une bande de suprémacistes américains décime la population par jeu  avec de lourdes armes de guerre et un drôle de drone en forme de soucoupe volante.

Dans ce village d’Asterix tragique, les habitants ont une petite potion magique sous la forme d’une pilule locale qui leur donne du courage. Aussi ils ne vont pas se laisser faire et transformer un massacre programmé en western jouissif.

Le film est censé se passer dans un futur proche mais il est aussi une métaphore très contemporaine de l’alliance Bolsonaro-Trump sur le dos des brésiliens.

LES MISÉRABLES (Ladj Ly /France )

À Monfermeil dans le 9.3, trois policiers de la BAC aux personnalités différentes sont confrontés aux tensions entre les différents groupes d’un quartier sensible. Obligés de composer avec les trafiquants, les barbus et les médiateurs louches de la mairie, ils remplissent leur mission tant bien que mal dans ce quartier à la périphérie duquel ils habitent. Un jour, ils sont débordés au cours d’une interpellation et l’un d’entre eux provoque une bavure. Or un drone (encore un !) a filmé leurs moindres faits et gestes.

Le film a presque un aspect documentaire boosté par l’actualité. Très équilibré dans la recherche des causes de cette violence urbaine, il illustre parfaitement la phrase de Victor Hugo qui explique à peu près à la fin du film « qu’il n’y a pas de mauvaises plantes mais des jardins mal cultivés ».

Une amie nous a affirmé que la Commission d’avance sur recette n’avait pas aimé le script car il n’y avait pas de femmes : heureusement que comme le ridicule, le politiquement correct ne tue pas..!

Comme les années précédentes vous pouvez retrouver ces billets « spécial Cannes » sur le site d’information Nice Premium dans une rubrique dédiée.

 

 

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A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
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2 commentaires pour Cannes (1) : Un début plutôt violent avec des zombies, des résistants du Sertao et la BAC

  1. Gérard Corboli dit :

    Tout à fait d’accord
    THE DEAD DON’T DIE est vraiment réussi. Jim arrive même à faire parler de lui dans le film

  2. Chris06 dit :

    Personnellement, j’ai trouvé Dead dont die amusant mais un peu court, en somme il ne casse pas 3 pattes à un zombie!
    Certes pas mal de petits gags sympa — ex. la parodie de la campagne électorale de Trump avec la casquette ‘Make America white again’ affiché par le raciste dans le bar.
    Oui mais … les gags sont souvent un peu lourds car répétitifs — exemple le jeune flic sait que « tout ça finira mal » car il a lu le script de Jim Jarmusch…mouais… même gag avec la musique du film…
    On se demande à la fin si la faiblesse de notre époque est démontrée grâce à la dérision affichée par le film ou par le film lui-même qui a un peu de mal à démarrer et à s’achever !

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