Merci pour Edith

Merci à Sabine pour son hommage musical.
Merci à Bernard pour son hommage théâtral.
Merci à Marijo, Alain et Fabien pour leur soutien logistique.
Merci à Julien pour son professionnalisme et son humanité.

Merci à tous ceux qui présents physiquement ont accompagné Edith.

Merci à ceux qui nous ont fait savoir qu’ils seraient présents par la pensée.

Pour ces derniers et tous ceux qui ont aimé Edith, le texte de l’intervention que j’ai eu à la fois la douleur et le bonheur de faire :

Évoquer sa mère en pareilles circonstances quand on est fils unique n’est pas facile.

Mais je dois le faire.

Je dois le faire pour Rolland, Christine, Bernard, Cécile, Séverine et toute la petite famille de Manosque, pour celles de Chalon-sur-Saône et de Sennecey-le-Grand, pour Agnès la filleule, pour Dominique qui a su apporter à sa belle-mère cette complicité féminine si nécéssaire.

Je dois le faire pour Edith.

Tout d’abord, merci. Merci d’avoir été si nombreux à l’instar de la magnifique équipe de la permanence à avoir rendu visite à ma mère pendant ces quatre longs mois d’hospitalisation. Des visites qui ont été autant de moments d’évasion et de légèreté.

Merci pour les coups de téléphone et les innombrables discussions par SMS dont Edith était devenue virtuose.

Souvent à la fin de la journée, après avoir reçu plusieurs visites elle me confiait, incrédule, mais avec une pointe de fierté dans la voix :

« C’est incroyable, toutes ces personnes qui s’intéressent à moi, je suis bien entourée…« 

Discrète, si discrète, toujours un peu en retrait, elle ne s’était pas rendue compte qu’au fil des années sa présence bienveillante, son élégance, son dynamisme et son sourire en avaient fait un personnage singulier, familier, aimé…

Aujourd’hui, c’est cette Édith-là que vous accompagnez.

  • Celle qui, à 90 ans, traversait encore la France par l’autoroute, seule au volant de son Opel Meriva pour rejoindre le Club Med de Chamonix ou le dernier Congrès de l’association des Ponthus, son nom de jeune fille.
  • Celle qui, de chez Halimi à Lou Pantail en passant par Patoch, était devenue une figure familière du quartier Borriglione.
  • Celle qui, octogénaire, était capable de tracter seule dans tous les immeubles d’un quartier sans en vouloir le moins du monde aux coéquipiers qui lui avaient fait faux-bond.
  • Celle qui m’a offert, il y a quelques années, le premier CD de Grand Corps Malade en me disant « Écoute ça, c’est vraiment très bien ! ».
  • Celle qui régnait avec bienveillance et autorité naturelle sur le fonctionnement quotidien de la permanence de Cyrille Besset.
  • Celle qui, à Prague, à Berlin, ou à Moscou, reprochait à ses compagnons de voyages organisés pourtant de 20 à 30 ans ses cadets de ne pas vouloir sortir le soir parce qu’épuisés par le programme de la journée. Pour elle, une ville c’était toujours beau la nuit.
  • Celle qui, la semaine dernière, nous a littéralement convoqué avec Dominique par SMS pour nous dire en présence de l’équipe médicale qu’elle voulait arrêter de se battre, refusant souffrance et déchéance. Tout en expliquant qu’elle avait retardé sa décision de quelques jours car elle devinait notre peine.

En fait cette Edith-là, c’est celle que vous avez connue. Mais en ce jour si particulier j’aimerais vous dire quelques mots sur la première partie de sa vie, celle qu’elle n’évoquait que très rarement et qui à mes yeux en fait une héroïne du quotidien.

Jeune fille, elle a eu la malheur de perdre son père très tôt. Maire de Cruzille, un petit village de Bourgogne du Sud où il avait organisé la Résistance, Edgard Ponthus avait été arrêté par la Gestapo avant de mourir en déportation. Ce drame, qu’elle partage avec sa soeur Colette, sera un bleu à l’âme qu’elle couvera presqu’en secret toute sa vie.

A la Libération, elle rencontre René mon père qui lui même rentrait de deux ans de déportation en Allemagne. Affaibli par l’épreuve, il attrape la poliomyélite, frôle la mort et restera paralysé à vie des membres inférieurs. Le malade étant rejeté par sa propre famille, Edith obtient sa mère Joséphine, une femme généreuse, qu’elle accueille René chez elle, chez les Ponthus, pour une longue convalescence qui lui permet, à part les jambes, de reprendre le contrôle de son corps. Entre temps le couple s’était marié à l’hôpital de Mâcon.

La République se refusant à pensionner mon père pour d’obscures raisons administratives, ce fut le début d’une période difficile. Parallèlement à son modeste travail d’employée de préfecture, Edith multiplie les petits boulots à domicile. Nos appartements successifs n’ayant pas d’ascenseur, c’est sur son dos qu’elle porte quotidiennement mon père, grimpant de nombreux étages. Les traitements de mon père exigent de fréquents déplacements dans la capitale avec logement dans d’aléatoires pensions de famille.

Mais grâce à la volonté, à l’optimisme, mais aussi à l’amour de ce couple singulier, je vois le jour un certain mois de novembre. Malgré ces conditions de vie précaires, mes premiers souvenirs d’enfance sont joyeux avec une maison pleine d’amis comme les Lepaul et les Jacquot aujourd’hui ici présents. Avec, dans la cour, une vieille Simca 5 qui nous permettait d’aller dans les bois cueillir du muguet en mai et de ramasser des châtaignes à l’automne.

A la suite d’une nouvelle injustice administrative, Edith explose. Faible femme, seule contre tous, elle va interpeller l’armée française sous la forme d’une explication houleuse mais argumentée avec le général commandant de la place de Dijon. En quelques heures, elle gagne la partie, l’armée recule, mieux elle s’excuse. Désormais une pension décente sera versée à mon père. Avec rappel.

A partir de là, la vie devient plus facile. Ce sera le départ vers cette Méditerranée que la petite fille rêvait si fort dans son village de Bourgogne. Pour ce soleil si nécéssaire à la santé de mon père.

Une nouvelle vie avec de nouveaux amis, beaucoup de nouveaux amis qui étaient aussi souvent les miens. La possibilité aussi, malgré le handicap de mon père, de parcourir le Monde au cours de nombreux voyages, la passion familiale. Puis ce sera la rencontre avec Dominique, Thérèse et Raymond, mes beaux-parents, et cette famille Boy si niçoise et si accueillante. Sans oublier la branche Franceschetti-Colombani si corse et si chaleureuse.

Tout cela jusqu’en 1997 et la mort de mon père, épuisé par la maladie et la déportation : le deuxième drame dans l’existence d’Édith mais aussi le point de départ d’une deuxième vie. Celle que vous avez connue.

Voilà c’était ma façon de vous raconter Edith.

Une belle vie.

Une belle personne.

Une belle maman. Même si parfois je me dis qu’elle était peut être autant une amie qu’une mère.

A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
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46 commentaires pour Merci pour Edith

  1. alaind dit :

    Une gentillesse et une voix que je n’oublierai pas.

  2. francoise dos santos dit :

    Quel bel hommage -lu jusqu au bout- à ta super Maman .
    Au revoir Madame Edith ; votre fils est juste formidable ♡

  3. Guy et Martine VERNE dit :

    Je vous souhaite beaucoup de courage. C’est dur de perdre une maman.Je garde le souvenir d’avoir passé de bons moments avec nos parents à Cluny, Cruzilles , et le temps a passé . Dommage que nous ne l’ayons pas rencontrée quelquefois. Je savais qu’elle était fatiguée depuis quelque temps. Je vous adresse mes sincères condoléances. Martine

  4. Marie Nguyen Breteau dit :

    Une pensée affectueuse pour vous soutenir dans votre peine

  5. Coline Ciais-Soulhat dit :

    Quel hommage Patrick. Et quelle dame. Une immense pensée pour vous.

  6. Emmanuel dit :

    Le plus bel hommage qu’un fils puisse faire à sa mère ! A bientôt Edith !

  7. Sarra Ben Smida dit :

    Très beau texte cher Patrick plein d’amour et d’émotion paix à son âme et encore une fois de tout coeur avec toi je t’embrasse

  8. Michel Hassan dit :

    Magnifique 🥰 !…
    Avec toute notre amitié
    Hassan Michel https://youtu.be/TIJWpfRsQCw
    Supprimer ou masquer ceci
    « On the road again » (Version Live) – Bernard Lavilliers
    YOUTUBE.COM
    « On the road again » (Version Live) – Bernard Lavilliers

  9. José Gioanni dit :

    Très bel hommage

  10. Sergine Urielle Oga dit :

    Que le Créateur reçoive l’âme de cette belle personne qu’elle vient de rappeler auprès de Lui en paix et qu’il apporte en échange la consolation et la paix à ses proches ainsi qu’à son entourage dans ces moments de chagrins. Que la mémoire de la défunte soit bénie.

  11. Monica Deschats dit :

    Je ne savais pas que ta ma était décédée. J’ai de très bons souvenirs avec elle . Je t’embrasse ainsi que Dominique et des pensées pour Edith

  12. Frédéric Rey dit :

    Toutes mes pensées Patrick

  13. Gérard Corboli dit :

    Très bel hommage d’un fils à sa mère, sachant les liens qui vous unissaient.
    Cela a dû être difficile à prononcer.
    Courage et à bientôt

  14. Sam Issa Nissa dit :

    bonne route Edith Ponthus. bises et courage a toi et Domi

  15. Isabelle Alexandre dit :

    Quel bel hommage, courage à vous pour vivre cette absence physique mais nul doute que vos pensées l’accompagneront pleinement

  16. Chantal Ferrec dit :

    Quelle femme exceptionnelle ! Vous pouvez en être très fier et puis elle est parmi vous et y restera encore longtemps puisque vous pensez si bien à Elle. Courage.

  17. Pierre Fiori dit :

    Je regrette de n’avoir pu être présent à tes côtés. Sois assuré de ma sincère affection. Je t’embrasse.

  18. Peggy Prêcheur dit :

    Magnifique hommage pour une maman exceptionnelle ❤ je suis de tout coeur avec toi… avec vous

  19. Sabine Venaruzzo dit :

    Très beau texte patrick. Très émouvant. Quelle femme !

  20. Philippe Foiret dit :

    Trés bel hommage à une femme et une maman formidable qui avait toujours une énergie et une volonté extrordinaire

  21. Gladys Busson dit :

    Je partage votre chagrin. Perdre sa maman, quand bien même « elle a fait son temps, » comme on dit. Qu’elle ait 90 ou cent ans, c’est un manque qui ne peut jamais se combler. Toutes mes pensées

  22. Bernard Gaignier dit :

    Edith était une grande dame

  23. Claude Briet dit :

    Très bel hommage. Regrettons de n’avoir pu être présents à vos côtés. Bonne route à Edith et courage à toi et Dominique

  24. Fabienne Riganelli dit :

    Bel hommage à une maman hors norme que je regrette de ne pas avoir rencontrée…une belle personne
    Bises à vous deux

  25. Isabelle Baud dit :

    Rip Madame

  26. Frederique Gregoire dit :

    Quel bel hommage !

  27. Fernand Gasiglia dit :

    En lui rendant ainsi hommage en nous expliquant sa vie d’avant plus en détail que dans tes écrits, tu nous as permis de l’admirer et cela dit avec calme et émotion contenue. J’étais à côté d’elle dans sa volonté de tout connaître. Bises à vous deux.

  28. Robert Chemla dit :

    Texte émouvant et beau à la hauteur de que fut cette belle âme et votre forte relation

  29. Paul Vautel dit :

    Nous n’étions pas aux obsèques, les hommages rendus sont admirables et émouvants. C’est à la mesure de la belle personne que peut être notre Maman que l’on réalise à cet instant que nous sommes orphelins.

  30. Marc Concas dit :

    bravo Patrick.

  31. Marie Nguyen Breteau dit :

    Condoléances pour votre perte, perdre sa maman est si terrible

  32. Faouzia Maali dit :

    Je regrette de ne pas avoir ete a vos cotes
    De tout coeur avec vous!

  33. Ana Lacamp dit :

    Quel bel hommage Patrick
    Quelle sacrée bonne femme !!! Très heureuse et très fière de l’avoir connue pour moi elle restera un exemple.
    Je n’y étais pas mais mes pensées et mon cœur étaient avec vous.
    Je vous embrasse très fort tous les deux et suis avec vous dans la peine. A bientôt.

  34. Coline Ciais-Soukhat dit :

    Quel magnifique hommage. Et quelle dame, vraiment, Edith. Toutes mes pensées vont vers vous.

  35. Annie Bianca Montoya dit :

    J’ignorais le décès de votre maman. Veuillez accepter mes sincères condoléances, ainsi qu’à tous les vôtres. ..

  36. Sabrina Paillé dit :

    Très bel hommage pour une grande dame !

  37. Jean-Luc Gagliolo dit :

    Je viens d’apprendre pour ta maman en lisant ce beau texte que tu as écrit.
    Je suis confus de te manifester tardivement ma compassion, ainsi qu’à ton épouse, mais elle est sincère.
    Bien à vous deux.

  38. Robyn and Bill Wheland dit :

    Hi Patrick and Dominique. I hope you are both well. Soo very sorry to hear about your Mum’s passing Patrick. Robyn let me know. Our thoughts are with you in your sad time. Sending you both hugs.
    Robyn and Bill xx

  39. Arielle Santocci dit :

    je m’associe à ta peine et t’adresse mon émotion la plus attristée.

    Je garde de ta maman, nos échanges à la fin des représentations, où sa gentillesse se manifestait dans les douces félicitations qu’elle adressait à chacun de nous.

    Je t’embrasse très fort

  40. Colette Daviles-Estinès dit :

    Très bel hommage. Pensées pour vous.

  41. Corinne Meyer dit :

    Très bel hommage Patrick !

  42. Milena Petkova dit :

    Cher Patrick, nos plus sincères condoléances pour la perte d’ Edith. Mon père et moi qui avons eu la chance de la connaitre, gardons un magnifique souvenir. Je n oublie pas le chaleureux accueil que tes parents m ont donné lors de notre magnifique voyage sur la route du Beaujolais. Ils font partie, comme vous deux avec Dominique de mon émerveillement et amour pour ce beau pays de mon…. adolescence. Je vous embrasse tres fort!

  43. Michèle Spizzo dit :

    Je te présente Patrick, mes sincères condoléances, au bon vieux temps, j’avais parlé, plusieurs fois avec ta Maman, de St Étienne, qui a été mon premier poste au Lycée Le Mont, et j’avais pu percevoir, que c’était, une belle personne.

  44. Helyette Laborelli dit :

    Je n’étais pas présente pour son dernier voyage,mais rappelles toi que ta maman te savait fort,son amour va t aider à surmonter cette épreuve.

  45. Jean-Paul Dupasquier dit :

    Très beau texte reflétant bien ce bel amour qui vous unissait. La richesse des rapports que vous entreteniez tous les trois était admirable.

  46. Iwona Pieczyrak dit :

    Très beau texte et surtout très émouvant, j’ai pleuré sur place et à chaque fois que je le lis. Je regrette surtout de ne pas avoir su qu’elle était malade et de ne pas aller la voir, heureusement elle a été bien entourée et elle se savait aimée.

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