Travel anecdote (13) : Au pied du Mur (de Berlin)

Avoir, à deux jours du 30e anniversaire de la chute du Mur de Berli assisté à la sympathique conférence de l’écrivain-universitaire Jean Emelina qui a évoqué à la Bibliothèque Nucera sa « RDA, mon amour » sur le mode du Huron de Jean Rivero m’a rappelé une travel anecdote que curieusement je n’avais pas encore écrite. Une anecdote qu’on peut trouver drôle mais qui en fait pour nous s’est révélée assez frustrante.

Nous sommes à la fin des années 70, au début d’un nouveau périple en Europe communiste avec notre fidèle Renault 5. La veille, nous avions franchi la frontière inter-allemande en à peine deux heures et fait étape à Leipzig (à l’époque en RDA), puis nous avons foncé sur Berlin-Est et ce mur mythique qui enflammait nos imaginations.

En Allemagne de l’Est, les voyageurs individuels étaient obligés pour obtenir un visa  de justifier chaque soir d’un hébergement officiel. Avec notre petite tente canadienne, c’était généralement pour nous un camping. Comme dans beaucoup de grandes villes de l’Est, afin d’isoler les voyageurs, le camping Amkrossinsee était situé à une cinquantaine de kilomètres de la ville. Lorsque nous achevons notre installation la nuit est déjà tombée (nous sommes à la mi-septembre) et la soirée bien avancée.

Mais la tentation est trop grande et nous fonçons sur Berlin et son Mur. Nous traversons des kilomètres de banlieue avant d’arriver à ce qui semble être le centre-ville, très mal éclairé et déjà désert (il doit être 23h). On se dit qu’en allant toujours tout droit on finirait bien par buter sur l’ objet de nos fantasmes. Bingo ! Béton, barbelés, miradors… pas de doute nous avons trouvé le Mur.

Comme une route le longe, nous l’empruntons avec circonspection, la bouche sèche et les fesses un tantinet serrées. Il est vrai que l’obscurité régulièrement zébrée par les faisceaux lumineux des projecteurs est impressionnante. Le parcours est désert, pas une voiture à l’horizon.

Soudain deux silhouettes se dressent devant mon capot. Ce sont deux vopos (Volkspolizei, Police du Peuple… mon oeil !) lourdement armés qui nous font signe d’immobiliser le véhicule. J’obtempère et nos coeurs se mettent à battre très vite. Les mains crispées sur nos passeports, nous nous attendons à une séquence difficile car notre expérience des contrôles à l’Est nous a appris que dans ces pays, par une sorte de loi d’airain, on n’est jamais en règle. En fait, la situation s’aggrave car un des gardes me demande de descendre et de le rejoindre devant la voiture. Je descends en me demandant quelle était la traduction de Goulag en allemand et Dominique me jette le regard résolue de celle qui va organiser la résistance pour ma libération. Mais le soldat avec une grande économie de mots et de gestes m’explique ce que je sais déjà. En effet, ma vaillante petite voiture ayant déjà sillonné l’Europe dans tous les sens est un peu fatiguée. Et par un phénomène que je n’arrive pas à m’expliquer le phare gauche éclaire beaucoup moins bien que le phare droit. Du coup, je me lance dans une périlleuse tentative d’explication qui visait surtout à persuader mon interlocuteur que ma voiture n’était pas en train de faire du morse à un espion de l’ouest. Ce n’était pas vraiment nécéssaire car le vopo me fit signe de regagner ma voiture sans même vérifier nos visas.

C’est donc avec soulagement que nous repartons. Un immense soulagement qui se transformera très vite en un magistral regret : celui d’avoir laisser un minuscule manquement au code la route nous voler le frisson qu’était censé nous faire éprouver cette nuit là le grand vent de l’Histoire.

 

A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
Cet article, publié dans Travel anecdotes, voyages, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Travel anecdote (13) : Au pied du Mur (de Berlin)

  1. ASIN Didier dit :

    J’aime bien qu’on rappelle qu’à deux pas de ce mur pittoresque il y a un cimetière où se trouvent des victimes du communisme, ce communisme soutenu par tous les intellectuels français d’une époque, chanteurs, philosophes, écrivains. Un communisme qui a été la pire idéologie criminelle de l’histoire. Des dizaines de millions de morts.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s