Mes 50 séries préférées : ma deuxième est numéro 6

2 – LE PRISONNIER (Patrick McGoohan et George Markstein – ITV – 1 saison 17 épisodes de 52 mn – Royaume-Uni)


Pour la plupart, les séries TV des années cinquante, soixante et soixante-dix, ancêtres de nos modernes HBO (Chapeau melon et bottes de cuirAmicalement vôtreMission impossible, par exemple), ont plutôt mal vieilli. Une exception toutefois avec Le prisonnier, diffusé en 1967 sur la BBC : une série tellement avant-gardiste que le chef-d’oeuvre de Patrick Mc Goohan fut interrompu par la chaîne après le dix-septième épisode pour cause d’incompréhension du grand public (déjà l’audimat !). Pourtant cette métaphore flamboyante est bien l’œuvre « télévisionnaire » annoncé par la publicité de l’époque.

« Numéro 6 » (Mc Goohan himself) est un agent secret démissionnaire et vaguement britannique… mais de cela on n’est pas très sûr. Depuis cette rupture que le générique nous suggère orageuse, il est retenu dans un étrange village peuplé de personnages à la politesse mécanique – « Bonjour chez vous ! » –, aux vêtements ridicules, et amateurs de loisirs collectifs gnangnan : une sorte de Club Méd pour rentiers lobotomisés. En fait, cette mise en scène aurait pour but de lui faire avouer quelques mystérieux secrets.

C’est qu’on ne peut pas échapper à ce lieu aseptisé. Si l’envie vous saisit de prendre la poudre d’escampette, une mystérieuse structure molle en forme de ballon blanc vous aspire et vous ramène à la fois à la raison et… à la maison numérotée qui vous est attribuée.

Mais, indomptable, Numéro 6 fait de la résistance en s’attaquant à un Numéro 2 multiforme qui change d’identité à chaque épisode. Le numéro 1 quant à lui ne se dévoilera qu’au dernier épisode… mais chut !

Politique, religion, médias, éducation, l’opium du peuple a toutes les formes dans cette société oppressive qui transforme ses sujets en morts-vivants souriants. Et comme Numéro 6 veut résoudre l’énigme métaphysique du village en gardant ses secrets tout en revendiquant son individualité, il sera impitoyablement réprimé.

Mais jamais il n’abdique son humanité comme le prouve le « cultissime » dialogue que les fans de la série connaissent par cœur :

– Où suis-je ?
– Au village.
– Qu’est ce que voulez ?
– Des renseignements.
– Dans quel camp êtes-vous ?
– Vous le saurez en temps utile… nous voulons des renseignements… des renseignements… des renseignements…
– Vous n’en aurez pas !
– De gré ou de force vous parlerez.
– Qui êtes-vous ?
– Je suis le nouveau Numéro 2.
– Qui est le Numéro 1 ?
– Vous êtes le Numéro 6.
– JE NE SUIS PAS UN NUMÉRO, JE SUIS UN HOMME LIBRE !

Portmeirion, au nord-ouest du Pays de Galles, est un lieu de pèlerinage pour les inconditionnels (comment ne pas l’être ?) de la série. En 2018, c’est avec une certaine excitation que nous avons sacrifié à ce Compostelle à la gloire de Patrick McGoohan.

En effet, Le Prisonnier a été tourné en décors réels dans le village de Portmeirion, véritable délire architectural de l’artiste gallois Sir Clough Williams Ellis.

Quel bonheur de se promener dans ce village aux couleurs vives et au style ô combien éclectique en imaginant le fameux numéro 6 élaborant un énième stratagème pour échapper  aux sortilèges de la mystérieuse organisation qui veut lui soutirer les fameux renseignements dont il serait détenteur. A aucun moment, on n’éprouve la déception qui est souvent au rendez-vous quand vous visitez des studios de cinéma (Old Tuckson par exemple pour la plupart des westerns américains). C’est qu’ici les décors sont authentiques et ont nourri le scénario de la série. Sans oublier la beauté du site géographique dans l’estuaire de Traethbach sur la baie de Tremadog qui se transforme d’heure en heure sous l’effet des marées. Il me semble bien y avoir aperçu la facétieuse boule blanche qui inlassablement ramène le prisonnier après ses multiples tentatives d’évasion.

Tout est bien là : les façades rococos, le campanile, l’échiquier géant, le bassin fleuri autour duquel les habitants du village tournaient en procession, l’hôpital (même si maintenant c’est un hôtel : il faut bien vivre !), le faux bateau, le petit bois aux secrets…

Alors Bonjours chez vous ?

A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
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