En 2006 nous étions dans la villa où fut actée la déportation définitive d’un peuple autochtone ukrainien

Cet été-là, nous avions sillonné la Crimée encore sous administration ukrainienne dans le but ultime de rejoindre, avec ma petite Opel Astra, la mythique destination de Yalta. L’occasion d’évoquer les fantômes d’une histoire récente.


Le Palais de Livadia est une pâtisserie blanche plantée sur une de ces collines escarpées, vertes et odorantes qui tombent à pic dans la mer Noire a l’ouest de Yalta. Ce palais blanc de style Renaissance italienne matinée d’influence mauresque est célèbre pour avoir abrité les quatre derniers étés de la famille Romanov. Mais si nous sommes ici, ce n’est pas pour cette raison. Si nous sommes ici, c’est que Livadia a accueilli en 1945 la célèbre Conférence de Yalta, celle du partage du monde entre Churchill, Roosevelt et Staline.

Dans un premier temps, à plus de quatre mille kilomètres de Nice, nous sommes un peu étourdis par la charge émotionnelle que constitue une promenade dans le jardin ou le patio de Livadia à la recherche des fantômes des acteurs de la Conférence.

Mais, les minutes passant, la raison prend le pas sur l’émotion. C’est Dominique qui declanche le processus en faisant remarquer que ces immenses hommes d’Etat que furent Churchill et (surtout) Roosevelt, ne se sont pas grandis en se faisant manipuler par Staline. En effet, en 1945, on en savait déjà assez pour comprendre qu’en finir avec Hitler en s’appuyant sur Staline ne pouvait être qu’un marché de dupes. Sans aller très loin, ni Roosevelt, ni Churchill ne pouvaient ignorer que cette terre de Crimée qui les accueillait pour la Conférence, avait été le théâtre, quelques mois plus tôt, d’un crime collectif perpétré par Staline et son gouvernement. À partir du 18 mai 1944, les Tatars, peuple musulman installé depuis deux cent cinquante ans dans la presqu’île de Crimée, sont accusés d’intelligence avec l’ennemi et déportés en Ouzbékistan ou en Sibérie. Sur les 250 000 déportés, la moitié moururent la première année. En Crimée, leur langue fut interdite et leurs mosquées furent détruites. En fait, leur histoire rappelle, un demi-siècle plus tard, celle du peuple Arménien, accusé lui aussi d’intelligence avec l’ennemi, avant d’être déplacé de force et exterminé.

Ce crime contre l’humanité, Roosevelt et Churchill en avaient forcément connaissance. C’est donc délibérément qu’ils ont accepté de pactiser avec le diable en lui permettant de descendre le rideau de fer et de construire un mur de la honte.

De quoi faire réfléchir ceux qui, dans la crise actuelle distillent la petite musique des provocations occidentales.

A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
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