Festival de Cannes (3) : Le coup de pied de l’âne

C’est sous un soleil estival que nous avons bravement escaladé les fameuses marches du Bunker pour suivre la suite de la compétition.

HI-HAN (Jersy Skolimowski – Pologne)

Pour au moins deux raisons, je ne pouvais attendre ce film qu’avec impatience. Jersy Skolimowski, réalisateur polonais octogénaire, était toujours présent dans mes souvenirs cinéphiliques d’adolescent et le héros du film est… un âne, précisément mon animal favori.

Le monde est un lieu mystérieux, surtout vu à travers les yeux d’un animal. Expulsé de son cirque par des militants de la cause animale, EO, un âne gris aux yeux mélancoliquement étonnés rencontre le monde des humains et il faut bien dire qu’il n’est pas terrible ce monde-là. Des supporters de foot aux chasseurs, des huissiers aux éleveurs industriels, des équarrisseurs aux migrants meurtriers dans un paysage où les éoliennes tuent les oiseaux, il chemine, ne s’autorisant que quelques séquences oniriques dans une forêt nocturne de rencontre ou un paysage de crépuscule. En prime toutefois, Skolimowski nous offre une séquence de trois minutes où Isabelle Huppert fait une nouvelle fois la preuve de l’adaptabilité son immense talent.

Ce road movie, un brin anthropomorphique, est, on l’aura compris, métaphorique. Mais, et c’est sa force, il reste constamment poétique. Sans être gnangnan ou politiquement correct. La preuve : notre EO a tôt fait de nous faire comprendre qu’il était mieux dans son cirque auprès de sa partenaire aimante que dans le monde de fous dans lequel il est précipité par ses soi-disant défenseurs. Merci EO pour ce coup de pied de l’âne !

ARMAGEDDON TIME (James Gray – USA)

Dans les années 80, le jeune Paul Graff mène une enfance paisible au milieu de sa famille issue de la petite classe moyenne juive du Queens à New York. Avec Johnny, un camarade mis au ban de la classe à cause de sa couleur de peau, ils font les 400 coups. Paul pense être protégé par sa mère, présidente du conseil des parents d’élèves, et par son grand-père dont il est très proche. Mais à la suite d’un incident, il est envoyé dans une école privée. Cette séparation ne les empêchera pas de commettre ensemble un larcin qui aura pour effet de révéler la force du déterminisme social dans cette Amérique-là.

S’il commence un peu comme une histoire initiatique avec un grand père idéal (remarquable Anthony Hopkins) le film tout en restant dans le registre de l’intime nous fait assister à l’arrivée de la révolution conservatrice avec un Ronald Reagan omniprésent même s’il n’est jamais présent à l’écran. Il nous laisse également deviner que la révolution complotiste de Trump sera la continuation logique du Reaganisme. En effet, le collège privé où le héros est inscrit par ses parents pour être remis dans le cadre social est dirigé par… le père de Donald Trump.

Un film pessimiste ou réaliste… si on est très pessimiste. Heureusement les dernières images offrent un petit interstice d’espoir. Mais on n’a pas le sentiment que James Gray y adhère vraiment. Et vous ? .

A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
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