Festival de Cannes (7) : Au tord-boyaux le patron s’appelle Cronenberg

Familiers du festival depuis de nombreuses années, nous avons bien droit à quelques manies : ainsi en dehors des soirées officielles, nos places favorites dans le Grand Théâtre Lumière sont toujours les mêmes.

Au dernier rang de l’immense balcon terrasse de la célèbre grande salle, nous avons préempté les places 38 et 40 (voir photo ci-dessus), souvent isolées de la grande foule et au dos desquelles on trouve un curieux espace moquette, véritable sas donnant sur une porte mystérieuse qui se veut probablement issue de secours mais qui vous introduit dans un dédale mystérieux qui parcourt les combles du palais.

Aujourd’hui un bon film coréen accompagnait le sulfureux Cronenberg très attendu.

LES CRIMES DU FUTUR (David Cronenberg – Canada)

Alors que l’espèce humaine s’adapte à un environnement de synthèse, le corps humain est l’objet de transformations et de mutations nouvelles. Avec la complicité de sa partenaire Caprice (Léa Seydoux cocorico !), Saul Tenser, célèbre artiste performer, met en scène la métamorphose de ses organes dans des spectacles d’avant-garde. Timlin, une enquêtrice du Bureau du Registre National des Organes, suit de près leurs pratiques. C’est alors qu’un groupe mystérieux se manifeste : ils veulent profiter de la notoriété de Saul pour révéler au monde la prochaine étape de l’évolution humaine…

Faux semblants de David Cronenberg, ce modèle de « Body horror », figure dans mon top 50 des films, élaboré pendant le confinement. À l’évidence, Les crimes du futur en est le prolongement, en plus conceptuel. Mais l’ami David, aujourd’hui octogénaire, en a rajouté en matière de scènes horrifiques (malaxage de viscères à gogo). À tel point que pour la première fois depuis le début du festival, j’ai entendu des fauteuils claquer autour de moi. Mais quand Kristen Stewart vous murmure « la chirurgie c’est le nouveau sexe », ça donne quand même envie de rester jusqu’à la fin. D’autant plus qu’au-delà de l’esthétique future et décadente du film, il y a une double réflexion sur le rapport au corps et sur l’extinction de l’espèce qui peut – lorsqu’on écarte un peu les boyaux qui envahissent l’écran – se révéler passionnante.

DÉCISION TO LEAVE (Park Chan-Wook – Corée)

Hae-Joon, détective chevronné, enquête sur la mort suspecte d’un homme survenue au sommet d’une montagne. Bientôt, il commence à soupçonner Sore, la femme du défunt, tout en étant déstabilisé par son attirance pour elle.

Le grand réalisateur coréen est capable d’exceller dans tous les styles. Il nous livre là un film hitchcockien en diable doublé d’une rencontre amoureuse compliquée. Le film policier est passionnant mais c’est surtout l’histoire d’amour qui m’a retenu par son intensité. Ce n’est pas une surprise car depuis In the mood for love nous savons bien que, par un subtil équilibre entre pudeur et passion, c’est le cinéma asiatique qui nous offre les plus belles histoires d’amour.

A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
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