Lindon team : Une Palme tonique et une faute de goût

Dans le palmarès de Cannes, c’est surtout pour la Palme d’Or que le jury est attendu. L’équipe de Vincent Lindon à mon sens a rempli sa mission en couronnant le film Sans filtre du réalisateur suédois Ruben Ostlund. C’est un film original pas très consensuel qui est en rupture avec le reste du palmarès qui peut apparaitre comme un peu conventionnel. Un film devant lequel personne ne s’endormira mais qui suscitera des débats tout en faisant rire tout le monde y compris ceux qui ne l’auront pas aimé. Je redonne mon petit commentaire écrit à chaud pour vous donner envie de le voir à votre tour :

Carl, mannequin, et Yaya, influenceuse, sont invités pour une croisière de luxe à l’issue de la Fashion Week. L’équipage est aux petits soins, mais le commandant, marxiste et alcoolique, reste cloîtré dans sa chambre pour le dîner de gala. Quand une tempête éclate, tout le monde est malade et des pirates coulent le yacht. Les rescapés trouvent refuge sur une île où la hiérarchie entre passagers fortunés et petits employés va changer de bord.

Ruben Ostlund a incontestablement un style : du Wess Anderson en moins acidulé et en plus dérangeant. La première partie du film passe à la moulinette le monde de la mode et des influenceuses. C’est désopilant et… instructif : les apprentis mannequins apprendront ainsi que si on doit faire la gueule pour un défilé Ballenciaga, on doit rigoler niaisement pour un défilé H&M. Les pauvres, c’est bien connu, sont de grands enfants et les riches, eux, ont une vie intérieure (du Ostlund pur sucre).

La deuxième partie est une métaphore (peut-être un peu trop appuyée) où on voit sur l’île des naufragés, une travailleuse de premier rang au sens Covid prendre le pouvoir sur ses anciens maîtres.

Le fil rouge c’est, comme l’avait dit un ancien président, l’argent qui obsède, qui corrompt, qui asservit… Un film excitant sur la forme mais qui ne se contente pas de cela.

On peut toutefois relever une faute de goût dans ce palmarès avec le Grand Prix (la médaille d’argent du palmarès) attribué ex aequo à Close de Lucas Dhont et à Stars at noon de Claire Denis. Si le film belge qui a tant ému ma partenaire de Festival méritait une récompense (peut-être pas celle-ci), le film français est franchement faible. Voila d’ailleurs pour vous faire là aussi une idée les deux commentaires à chaud.

CLOSE

Léo et Rémi, deux ados de 13 ans vivent une amitié fusionnelle. Mais lorsque l’école commence, les commentaires blessants sur leur relation éloignent Léo de Rémi. Heurté par le rejet de son meilleur ami, qui cherche à ne pas être ostracisé par les autres élèves, Rémi se renferme. Jusqu’à un événement terrible qui provoque une séparation définitive entre les deux amis et plonge la mère de Rémi dans l’incompréhension et Léo dans le remord. L’illustration que dans toute relation humaine quelle qu’elle soit, il y en a toujours un qui aime mieux. Ou plus mal.

Après Les huit montagnes et le film des frères Dardenne, voilà un nouvel avatar du « chagrin des Belges » sur ce festival. Une histoire poignante d’une pudeur et d’une justesse extrême. Ma coéquipière de Festival est toujours – c’est presque une tradition – submergée par l’émotion chaque année pour un film. Cette année c’était Close. J’ai comme le sentiment que dans son panthéon intime, Leo et Rémi rejoindront Roseta, sa référence jusque là inégalée.

STARS AR NOON

Une jeune journaliste américaine qui n’hésite pas à se prostituer est bloquée sans passeport dans le Nicaragua d’aujourd’hui en pleine période électorale. Elle rencontre dans un bar d’hôtel un voyageur anglais. Il lui semble être l’homme rêvé pour l’aider à fuir le pays. Elle réalise trop tard qu’au contraire, elle entre à ses côtés dans un monde plus trouble, plus dangereux.

Si Margaret Qualley est probablement la plus jolie prostituée de cinéma depuis Julia Roberts-Pretty Woman, le film de Claire Denis est lui une franche déception. On ne croit pas une seconde à ce dur à cuire – qui serait l’agent d’un terrible « pays voyou » – et dont le coeur d’artichaut ne résiste pas à la dame alcoolique qui monnaie son corps.

Le contexte géopolitique – qui devrait être le point fort du film – est traité avec une désinvolture surprenante. Par exemple en stigmatisant le Costa Rica qui est de loin le pays le plus sympathique du coin. Non, Stars at noon n’est pas L’année de tous les dangers. Loin de là.

Par contre rien à redire sur le policier romantique Decision to leave de Park Chan-Wook qui a obtenu le Prix de la mise en scène qui est en fait la médaille de bronze du palmarès.

Hae-Joon, détective chevronné, enquête sur la mort suspecte d’un homme survenue au sommet d’une montagne. Bientôt, il commence à soupçonner Sore, la femme du défunt, tout en étant déstabilisé par son attirance pour elle.

Le grand réalisateur coréen est capable d’exceller dans tous les styles. Il nous livre là un film hitchcockien en diable doublé d’une rencontre amoureuse compliquée. Le film policier est passionnant mais c’est surtout l’histoire d’amour qui m’a retenu par son intensité. Ce n’est pas une surprise car depuis In the mood for love nous savons bien que, par un subtil équilibre entre pudeur et passion, c’est le cinéma asiatique qui nous offre les plus belles histoires d’amour.

A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
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