Législatives : trois mois d’immobilisme payés cash

Après ces élections présidentielles somme toute favorables au Président sortant, nous avons assisté à une incroyable séance de surplace avec la nomination plus que tardive d’un gouvernement qui – sans minimiser les qualités de celle qui le dirige – était tout sauf le signe d’un nouveau départ. Par ailleurs, pas ou peu de projets programmatiques et – là où pourtant le Président excelle – un surplace diplomatique gênant, notamment sur l’Ukraine.

Les résultats du premier tour sonnent comme un coup de semonce avec la percée d’une extrême-gauche qui a préempté la gauche. Et si on peut espérer qu’une fois leurs groupes parlementaires assurés, socialistes et verts retrouveront leurs esprits, on ne peut pas exclure un grand n’importe quoi qui, en faisant le lit du communautarisme, sonnerait le glas de notre République universaliste.

Il y a une semaine pour redresser la barre, ce qui n’est pas impossible (les législatives se jouent vraiment sur deux tours) mais pas non plus certain. Au Président et au gouvernement de se montrer à la hauteur.

Localement, permettez-moi de saluer la candidature de témoignage de Dominique qui, avec une centaine de camarades un peu partout en France, a fait ce qu’il fallait pour sauver le radicalisme en attendant des jours meilleurs. Le PRG reste présent dans le paysage politique français : grâce à elle, grâce à eux.

On aura bien besoin de ses valeurs républicaines, laïques, européennes, écologiques et sociales quand il faudra pendant les quatre années sans élection qui arrivent se donner les moyens de rebâtir une force de gauche de gouvernement. Rendez-vous est pris notamment avec tous ceux qui, malgré le caractère minimaliste de sa campagne, ont dit à Dominique à quel point ils attendaient ce moment.

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Show must go on : l’extraordinaire performance de Christophe Compain et de ses partenaires

Hier soir, nous étions au milieu du deuxième acte de ma pièce La caresse de Marlène quand, avec l’élégance qui le caractérise, Richard Zanca s’est éclipsé en coulisse sans que le public et… moi-même non nous en apercevions. En fait, victime d’un sérieux malaise, Richard sera pris en charge par les pompiers et conduit aux urgences d’où nous eûmes des nouvelles plutôt rassurantes. Ce qui m’autorise le petit billet qui suit.

Dans le deuxième acte, Richard joue en binôme le rôle de Gaëtan avec Christophe Compain, incarnant le héros à deux âges de sa vie. Du coup Christophe a dû se débrouiller seul pour, entre deux de ses textes, résumer ce que Richard devait dire pour que les spectateurs ne perdent pas l’histoire et que ses partenaires ne soient pas trop déroutés. Il a surmonté à merveille cette difficulté ne donnant de surcroit jamais l’impression d’être sur un fil. Du grand art.

Cela dit, ses partenaires se trouvèrent également en difficulté surtout si on sait qu’il y a pour cet acte une dizaine de comédiens embarqués dans une sorte de chorégraphie réglée en son temps avec minutie par la danseuse Marie-Pierre Génovèse. Emilie Boudet fut la première à devoir adapter sa séquence brésilienne avec un seul de ses deux amoureux et ce fut une autre chorégraphie pas du tout inférieure à l’habituelle. Simplement différente. François Lahaye un peu isolé sur les hauteurs de Sarajevo a relevé le défi d’un seul Gaëtan avec brio. Puis ce fut l’austère maman Chantal Galmiche confrontée à un seul fils indigne. Mille bravo aussi à notre « roockie » Ingrid Coinquet qui pour sa deuxième apparition en scène à géré l’affaire en comédienne confirmée. Je n’oublie pas non plus Valérie L’Héritier, Sophie et Jean-Christophe Vecchi et Michel Ausseil qui ont dû réinventer leurs placements sans paniquer. Et puis bien sûr un grand bravo à notre Marlène, Sabrina Paillé qui a improvisé un final avec une seule caresse sans perdre l’émotion nécéssaire à la réussite de la scène finale. Du coup le seul spectateur qui s’est aperçu de quelque chose dans cette salle complète avait un avantage : il était déjà venu la vieille !

Cette équipe est incroyable si on sait qu’en plus elle avait dû subir lors de la représentation de mercredi un nombre invraisemblable de défaillances de la technique. Bref comme dirait Valérie, je vous la fait courte : cette équipe-là , elle me donne envie de lui écrire trente pièces. Je commence dès que notre Richard sort de l’hosto.

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Marlène et Gaëtan ressuscitent à l’Eau Vive

On peut dire que pour la 10e représentation de La caresse de Marlène les héros Marlène et Gaëtan n’ont pas pris une ride. Une méchante langue dirait : c’est normal, ils sont morts !

Quoiqu’il en soit, la représentation, sur la mise en scène impressionnante de Fabienne Colson, a été applaudie chaleureusement par un public composé de nombreux professionnels de la culture. Il faut dire que les « historiques » de la pièce ont été à la hauteur : Richard Zanca et Christophe Compain en Gaëtan, Sabrina Paillé en Marlène, Sophie Vecchi en Anne, Jean-Christophe Vecchi en ami et en père, Émilie Boudet en Sonia la Brésilienne, Valérie L’Héritier en employée de pompes funèbres, Michel Ausseil en syndicaliste et en voisin, Chantal Galmiche en mère. François Lahaye, émouvant dans le rôle de Malik le bosniaque, confirme sa première prestation au théâtre de la Cité. Et il faut chaudement féliciter Ingrid Coinquet qui a fait sien le rôle de Nathalie en quelques jours (faire éprouver sans « jouer » telle était sa mission remplie à la perfection).

Quant à Unchained melody introduit dans le spectacle à la Cité, elle contribue grandement à cristalliser l’émotion. Une émotion palpable de longues minutes après la fin du spectacle pendant le débriefing traditionnel avec le public.

Résumons : de bonnes raisons pour ceux qui n’ont pas encore vu la pièce de réserver les dernières places disponibles pour la séance de demain jeudi à 20 h.Et sans être devin je peux vous dire que demain aussi l’amour devrait l’emporter d’une courte tête sur la mort . Ce qui n’en doutons pas est un bonne nouvelle.

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Festival du Livre de Nice (3) : Sea, textes and sun

Patrick Mottard et Pinar Selek

Sous un chaud soleil, à quelques encablures de la mer, le Festival du Livre de Nice a retrouvé ses grandes heures.

Anciens étudiants, mariés, voisins, amis, collègues et surtout de nombreux inconnus. Un défilé (presque) ininterrompu de candidats à la dédicace voire à la réservation pour La caresse de Marlène que nous rejouons mercredi et jeudi au théâtre de l’Eau Vive. Je me suis fait engueuler par quelques lecteurs ayant tous mes livres parce que je n’écris pas assez vite.

Coté paddock, j’ai peaufiné avec mon ami Roger Aïm un projet d’adaptation théâtrale de son livre sur… Kant. Mais aussi l’occasion d’échanger avec Pinar Selek (photo ci-dessus), la sociologue turque qui au prix de sa liberté a défendu dans son pays les Arméniens et autres. minorités. Une belle personne.

En fin de journée – je l’ai dit à mon collègue Jean-Luc Gagliolo – on pouvait dire que le Festival du Livre de Nice avait retrouvé toute son aura et même, compte tenu de l’intérêt suscité par les nombreux débats, un peu plus.

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Festival du livre de Nice (2) : Autant en emporte le vent !

Au jardin Albert 1er, nouvelle séance météo à consonance cinématographique : les exposants ont dû jouer à Autant en emporte le vent une bonne partie de la journée. Sous les effets de la bourrasque, il fallut plusieurs fois retenir et parfois récupérer livres et calicots.

Sinon la journée fut parfaite, peut-être la première véritable journée de festival comme avant le Covid. Chouchoutés par les responsables et les bénévoles (dont le fils d’une actrice célèbre) de notre librairie de Borriglione Les journées suspendues, nous avons dédicacé à tour de bras (voir ci-dessous un échantillon de tous ces lecteurs). Le feutre acheté le matin à mon marchand de journaux était vide en fin de journée.

Le moment précisément de la récompense : terminer la séquence de ce samedi en compagnie de la solaire Isabelle Carré. Ce qui me fera dire in petto à l’instar du Président Bartlet dans The West wing : « j’adore mon métier ».

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Festival du Livre de Nice : dédicaçons sous la pluie !

« Dédicaçons sous la pluie » n’est pas le titre d’une comédie musicale mais la triste condition des auteurs ce vendredi matin dans un jardin Albert 1er fouetté par l’orage. Heureusement en début d’après-midi tout est rentré dans l’ordre.

Et, à nouveau, quel plaisir de dédicacer à côté de mon complice Roger Aïm et de mon ex-collègue Pina Selek, quel honneur de le faire à quelques mètres de monstres sacrés comme (le Président) Sylvain Tesson, Christine Angot et David Foenkinos. Quel plaisir de retrouver tant d’amis et même d’avoir la visite d’élues de communes exotiques.

Demain et dimanche, il fera beau, je vous donne donc rendez-vous dès potron minet pour profiter de la manifestation superbement organisée par Christian Giraud.

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Lindon team : Une Palme tonique et une faute de goût

Dans le palmarès de Cannes, c’est surtout pour la Palme d’Or que le jury est attendu. L’équipe de Vincent Lindon à mon sens a rempli sa mission en couronnant le film Sans filtre du réalisateur suédois Ruben Ostlund. C’est un film original pas très consensuel qui est en rupture avec le reste du palmarès qui peut apparaitre comme un peu conventionnel. Un film devant lequel personne ne s’endormira mais qui suscitera des débats tout en faisant rire tout le monde y compris ceux qui ne l’auront pas aimé. Je redonne mon petit commentaire écrit à chaud pour vous donner envie de le voir à votre tour :

Carl, mannequin, et Yaya, influenceuse, sont invités pour une croisière de luxe à l’issue de la Fashion Week. L’équipage est aux petits soins, mais le commandant, marxiste et alcoolique, reste cloîtré dans sa chambre pour le dîner de gala. Quand une tempête éclate, tout le monde est malade et des pirates coulent le yacht. Les rescapés trouvent refuge sur une île où la hiérarchie entre passagers fortunés et petits employés va changer de bord.

Ruben Ostlund a incontestablement un style : du Wess Anderson en moins acidulé et en plus dérangeant. La première partie du film passe à la moulinette le monde de la mode et des influenceuses. C’est désopilant et… instructif : les apprentis mannequins apprendront ainsi que si on doit faire la gueule pour un défilé Ballenciaga, on doit rigoler niaisement pour un défilé H&M. Les pauvres, c’est bien connu, sont de grands enfants et les riches, eux, ont une vie intérieure (du Ostlund pur sucre).

La deuxième partie est une métaphore (peut-être un peu trop appuyée) où on voit sur l’île des naufragés, une travailleuse de premier rang au sens Covid prendre le pouvoir sur ses anciens maîtres.

Le fil rouge c’est, comme l’avait dit un ancien président, l’argent qui obsède, qui corrompt, qui asservit… Un film excitant sur la forme mais qui ne se contente pas de cela.

On peut toutefois relever une faute de goût dans ce palmarès avec le Grand Prix (la médaille d’argent du palmarès) attribué ex aequo à Close de Lucas Dhont et à Stars at noon de Claire Denis. Si le film belge qui a tant ému ma partenaire de Festival méritait une récompense (peut-être pas celle-ci), le film français est franchement faible. Voila d’ailleurs pour vous faire là aussi une idée les deux commentaires à chaud.

CLOSE

Léo et Rémi, deux ados de 13 ans vivent une amitié fusionnelle. Mais lorsque l’école commence, les commentaires blessants sur leur relation éloignent Léo de Rémi. Heurté par le rejet de son meilleur ami, qui cherche à ne pas être ostracisé par les autres élèves, Rémi se renferme. Jusqu’à un événement terrible qui provoque une séparation définitive entre les deux amis et plonge la mère de Rémi dans l’incompréhension et Léo dans le remord. L’illustration que dans toute relation humaine quelle qu’elle soit, il y en a toujours un qui aime mieux. Ou plus mal.

Après Les huit montagnes et le film des frères Dardenne, voilà un nouvel avatar du « chagrin des Belges » sur ce festival. Une histoire poignante d’une pudeur et d’une justesse extrême. Ma coéquipière de Festival est toujours – c’est presque une tradition – submergée par l’émotion chaque année pour un film. Cette année c’était Close. J’ai comme le sentiment que dans son panthéon intime, Leo et Rémi rejoindront Roseta, sa référence jusque là inégalée.

STARS AR NOON

Une jeune journaliste américaine qui n’hésite pas à se prostituer est bloquée sans passeport dans le Nicaragua d’aujourd’hui en pleine période électorale. Elle rencontre dans un bar d’hôtel un voyageur anglais. Il lui semble être l’homme rêvé pour l’aider à fuir le pays. Elle réalise trop tard qu’au contraire, elle entre à ses côtés dans un monde plus trouble, plus dangereux.

Si Margaret Qualley est probablement la plus jolie prostituée de cinéma depuis Julia Roberts-Pretty Woman, le film de Claire Denis est lui une franche déception. On ne croit pas une seconde à ce dur à cuire – qui serait l’agent d’un terrible « pays voyou » – et dont le coeur d’artichaut ne résiste pas à la dame alcoolique qui monnaie son corps.

Le contexte géopolitique – qui devrait être le point fort du film – est traité avec une désinvolture surprenante. Par exemple en stigmatisant le Costa Rica qui est de loin le pays le plus sympathique du coin. Non, Stars at noon n’est pas L’année de tous les dangers. Loin de là.

Par contre rien à redire sur le policier romantique Decision to leave de Park Chan-Wook qui a obtenu le Prix de la mise en scène qui est en fait la médaille de bronze du palmarès.

Hae-Joon, détective chevronné, enquête sur la mort suspecte d’un homme survenue au sommet d’une montagne. Bientôt, il commence à soupçonner Sore, la femme du défunt, tout en étant déstabilisé par son attirance pour elle.

Le grand réalisateur coréen est capable d’exceller dans tous les styles. Il nous livre là un film hitchcockien en diable doublé d’une rencontre amoureuse compliquée. Le film policier est passionnant mais c’est surtout l’histoire d’amour qui m’a retenu par son intensité. Ce n’est pas une surprise car depuis In the mood for love nous savons bien que, par un subtil équilibre entre pudeur et passion, c’est le cinéma asiatique qui nous offre les plus belles histoires d’amour.

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Festival de Cannes (10) : Final cut

C’est avec deux excellents films – japonais et belge – que notre compétition officielle du 75e s’est achevée… donc  » Final Cut » ! Comme la compétition avait commencé par le (très bon) film de Michel Hazanavicius Coupez !, on peut donc dire que la boucle est bouclée.

Nous en sommes donc aux pronostics difficiles pour une compétition homogène en qualité mais rare en chefs d’oeuvre. Pour ma part, je risquerais donc le tiercé suivant (sans ordre) : Les frères de Leila, le Parrain à la mode perse de Saeed Roustaee, Décision to leave, le policier romantique de Park Chan-Wook et Armaguedon time, les Queen stories de James Gray. Avec un petit joker : Les bonnes étoiles de Kore-Eda Hirokazu parce que c’est du Kore-Eda Hirokaju…

LES BONNES ÉTOILES (Kore-Eda Kirokazu – Japon)

Par une nuit pluvieuse, une jeune femme abandonne son bébé. Il est récupéré illégalement par deux hommes, bien décidés à lui trouver une nouvelle famille. Lors d’un périple insolite et inattendu à travers le pays, le destin de ceux qui rencontreront cet enfant sera profondément changé.

Comme dans ses films précédents (et en particulier la feel good palme d’or de 2018, Une affaire de famille) le réalisateur nous invente une famille qui n’est ni composée, ni recomposée, ni décomposée mais délicieusement composée par un destin malicieux. Pour ce nouveau road movie, nous embarquons avec une maman prostituée pas vraiment commode, deux escrocs-bras cassés tout en tendresse, un gamin espiègle et un bébé placide. Et même si l’intrigue est peut être un peu plus artificielle que celle de la Palme d’Or, Les bonnes étoiles nous rappelle une fois de plus qu’il ne faut pas surestimer les liens du sang et bien au contraire être ouvert aux autres et à la vie pour se constituer une vraie famille.

CLOSE (Lucas Dhont – Belgique)

Léo et Rémi, deux ados de 13 ans vivent une amitié fusionnelle. Mais lorsque l’école commence, les commentaires blessants sur leur relation éloignent Léo de Rémi. Heurté par le rejet de son meilleur ami, qui cherche à ne pas être ostracisé par les autres élèves, Rémi se renferme. Jusqu’à un événement terrible qui provoque une séparation définitive entre les deux amis et plonge la mère de Rémi dans l’incompréhension et Léo dans le remord. L’illustration que dans toute relation humaine quelle qu’elle soit, il y en a toujours un qui aime mieux. Ou plus mal.

Après Les huit montagnes et le film des frères Dardenne, voilà un nouvel avatar du « chagrin des Belges » sur ce festival. Une histoire poignante d’une pudeur et d’une justesse extrême. Ma coéquipière de Festival est toujours – c’est presque une tradition – submergée par l’émotion chaque année pour un film. Cette année c’était Close. J’ai comme le sentiment que dans son panthéon intime, Leo et Rémi rejoindront Roseta, sa référence jusque là inégalée.

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Festival de Cannes (9) : Pretty woman au Nicaragua

Tous les ans, il nous est agréable de retrouver de nombreux anciens étudiants embauchés le temps du Festival. Ainsi cette année nous avons retrouvé Solenn Gaune, une étudiante brillante à la fois en LEA et en Infocom, qui a travaillé avec beaucoup de perspicacité sur le rôle de l’association Coexister (voir photo). Qui plus est, Solenn a pris du galon car désormais elle dirige le travail des hôtesses de salle.

Côté cinéma un film français mou du genou et un film iranien épatant.

STARS AT NOON (Claire Denis – France)

Une jeune journaliste américaine qui n’hésite pas à se prostituer est bloquée sans passeport dans le Nicaragua d’aujourd’hui en pleine période électorale. Elle rencontre dans un bar d’hôtel un voyageur anglais. Il lui semble être l’homme rêvé pour l’aider à fuir le pays. Elle réalise trop tard qu’au contraire, elle entre à ses côtés dans un monde plus trouble, plus dangereux.

Si Margaret Qualley est probablement la plus jolie prostituée de cinéma depuis Julia Roberts-Pretty Woman, le film de Claire Denis est lui une franche déception. On ne croit pas une seconde à ce dur à cuire – qui serait l’agent d’un terrible « pays voyou » – et dont le coeur d’artichaut ne résiste pas à la dame alcoolique qui monnaie son corps.

Le contexte géopolitique – qui devrait être le point fort du film – est traité avec une désinvolture surprenante. Par exemple en stigmatisant le Costa Rica qui est de loin le pays le plus sympathique du coin. Non, Stars at noon n’est pas L’année de tous les dangers. Loin de là.

LEILA ET SES FRÈRES (Saeed Roustaee – Iran)

Leila a dédié toute sa vie à ses parents et ses quatre frères. Très touchée par une crise économique sans précédent, la famille croule sous les dettes et se déchire au fur et à mesure de leurs désillusions personnelles. Afin de les sortir de cette situation, Leila élabore un plan : acheter une boutique pour lancer une affaire avec ses frères. Chacun y met toutes ses économies, mais il leur manque un dernier soutien financier. Au même moment et à la surprise de tous, leur père Esmail, roublard et buté, promet une importante somme d’argent à sa communauté afin d’en devenir le nouveau parrain, la plus haute distinction de la tradition persane. Peu à peu, les actions de chacun de ses membres entraînent la famille au bord de l’implosion, alors que la santé du patriarche se détériore.

Il y avait Rocco et ses frères, il faudra désormais compter avec Leila et ses frères. En effet, le film iranien de Speed Roustaee est incontestablement la bonne surprise de cette fin de Festival.

Le réalisateur fait, a travers les mésaventures de la famille de Leila, une analyse tout en humanité mais sans concession de la société iranienne d’aujourd’hui corsetée par la tradition et bien sûr la religion omniprésente bien qu’aussi traversée par une aspiration à la liberté et, osons le mot, au bonheur. Que cette aspiration soit portée par une femme n’est évidemment pas un hasard (Taraneh Allidousti est magistrale). En Iran, peut-être encore plus qu’ailleurs, la femme est l’avenir de l’homme.

Mais un grand film comme un grand roman ne peut se cantonner au contexte, il doit avoir une résonance universelle. Roustaee nous rappelle que, bien au-delà de la société iranienne, comme nous l’avait enseigné en son temps et en mode mineur Bertrand Tavernier dans son Dimanche à la campagne, la famille est une structure rude, contradictoire et pas toujours très juste. Ce n’est pas forcément le plus aimable qui est le plus aimé et le plus détestable n’est pas toujours le plus détesté.

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Festival de Cannes (8) : La bataille des Dardenne

Le mal de dos est paraît-il de plus en plus répandu dans notre société sédentaire. Pour ma part, j’ai depuis toujours échappé à ce désagrément qui peut rapidement devenir un handicap. Toujours… sauf une fois par an par ce que j’appelle « Le mal de Cannes » : entre le 15e et le 20e film, je deviens raide comme un passe-lacet avec des douleurs qui nuisent beaucoup à l’esthétique de mes montées des marches. Mais je ne trouve personne, année après année, pour me plaindre de cette situation. À la réflexion ce n’est peut être pas anomal (!)

La cafétéria du Palais n’offre peut-être pas les meilleurs cafés et les meilleurs snacks du monde mais c’est un identifiant pour les festivaliers car elle permet entre deux séances dans les salles obscures d’apercevoir, depuis les tréfonds du Palais, le ciel d’azur grâce à un spectaculaire puits lumineux (voir photo ci-dessus).

Encore deux films : le Dardenne de l’année et un italien au titre homonyme d’un super film russe d’Andrej Tarkowski qui avait enflammé la Croisette il y a quelques années.

TORI ET LOKITA (Luc et Jean-Pierre Dardenne – Belgique)

Aujourd’hui en Belgique, un jeune garçon et une adolescente venus seuls d’Afrique opposent leur invincible amitié aux difficiles conditions de leur exil. Rien ne leur est épargné malgré leur incroyable résistance à l’adversité.

Nouvel épisode de la bataille des Dardenne pour plus de justice et d’humanité aux côtés des exclus, des marginaux et de tous les damnés de la terre. Comme d’habitude les comédiens pourtant novices (chez les Dardenne c’est fréquent) sont incroyables de vérité, l’histoire qui se veut tristement banale nous émeut au plus au point. On n’oubliera pas de si tôt le petit discours de Tori pendant la scène finale. Alors pourquoi pas une troisième palme pour les frères belges ?

NOSTALGIA (Mario Martone – Italie)

Nostalgia, qui s’ouvre sur une citation de Pier Paolo Pasolini – « La connaissance est dans la nostalgie. Qui ne s’est pas perdu ne se connaît pas » – , débute par le retour d’un homme dans sa ville natale : Naples filmée sans aucune complaisance. Il se nomme Felice Lasco et on ne tardera pas à apprendre que ce mystérieux personnage a fait fortune comme entrepreneur en Egypte, qu’il y a une femme qui l’attend, qu’il s’est converti à l’islam et qu’il n’a pas remis les pieds en Italie depuis quarante ans. La raison de cette absence est le sujet du film. Revenu pour adoucir les derniers jours d’une vieille mère qui va rapidement mourir entre ses bras (beaucoup de pudeur et même de grâce dans ces premières scènes), Felice vient en vérité régler un vieux compte, tant avec lui-même qu’avec, Oreste, un des parrains de la mafia locale qui fut son ami et avec lequel il partage un passé douloureux.

Le double affrontement passé-présent et Felice-Oreste met un peu de temps à s’installer mais une fois que le spectateur a tous les éléments de compréhension, on assiste à une véritable tragédie grecque qui fait de Nostalgia bien autre chose qu’un nouveau Gomorra.

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