Festival de Cannes (9) : Pretty woman au Nicaragua

Tous les ans, il nous est agréable de retrouver de nombreux anciens étudiants embauchés le temps du Festival. Ainsi cette année nous avons retrouvé Solenn Gaune, une étudiante brillante à la fois en LEA et en Infocom, qui a travaillé avec beaucoup de perspicacité sur le rôle de l’association Coexister (voir photo). Qui plus est, Solenn a pris du galon car désormais elle dirige le travail des hôtesses de salle.

Côté cinéma un film français mou du genou et un film iranien épatant.

STARS AT NOON (Claire Denis – France)

Une jeune journaliste américaine qui n’hésite pas à se prostituer est bloquée sans passeport dans le Nicaragua d’aujourd’hui en pleine période électorale. Elle rencontre dans un bar d’hôtel un voyageur anglais. Il lui semble être l’homme rêvé pour l’aider à fuir le pays. Elle réalise trop tard qu’au contraire, elle entre à ses côtés dans un monde plus trouble, plus dangereux.

Si Margaret Qualley est probablement la plus jolie prostituée de cinéma depuis Julia Roberts-Pretty Woman, le film de Claire Denis est lui une franche déception. On ne croit pas une seconde à ce dur à cuire – qui serait l’agent d’un terrible « pays voyou » – et dont le coeur d’artichaut ne résiste pas à la dame alcoolique qui monnaie son corps.

Le contexte géopolitique – qui devrait être le point fort du film – est traité avec une désinvolture surprenante. Par exemple en stigmatisant le Costa Rica qui est de loin le pays le plus sympathique du coin. Non, Stars at noon n’est pas L’année de tous les dangers. Loin de là.

LEILA ET SES FRÈRES (Saeed Roustaee – Iran)

Leila a dédié toute sa vie à ses parents et ses quatre frères. Très touchée par une crise économique sans précédent, la famille croule sous les dettes et se déchire au fur et à mesure de leurs désillusions personnelles. Afin de les sortir de cette situation, Leila élabore un plan : acheter une boutique pour lancer une affaire avec ses frères. Chacun y met toutes ses économies, mais il leur manque un dernier soutien financier. Au même moment et à la surprise de tous, leur père Esmail, roublard et buté, promet une importante somme d’argent à sa communauté afin d’en devenir le nouveau parrain, la plus haute distinction de la tradition persane. Peu à peu, les actions de chacun de ses membres entraînent la famille au bord de l’implosion, alors que la santé du patriarche se détériore.

Il y avait Rocco et ses frères, il faudra désormais compter avec Leila et ses frères. En effet, le film iranien de Speed Roustaee est incontestablement la bonne surprise de cette fin de Festival.

Le réalisateur fait, a travers les mésaventures de la famille de Leila, une analyse tout en humanité mais sans concession de la société iranienne d’aujourd’hui corsetée par la tradition et bien sûr la religion omniprésente bien qu’aussi traversée par une aspiration à la liberté et, osons le mot, au bonheur. Que cette aspiration soit portée par une femme n’est évidemment pas un hasard (Taraneh Allidousti est magistrale). En Iran, peut-être encore plus qu’ailleurs, la femme est l’avenir de l’homme.

Mais un grand film comme un grand roman ne peut se cantonner au contexte, il doit avoir une résonance universelle. Roustaee nous rappelle que, bien au-delà de la société iranienne, comme nous l’avait enseigné en son temps et en mode mineur Bertrand Tavernier dans son Dimanche à la campagne, la famille est une structure rude, contradictoire et pas toujours très juste. Ce n’est pas forcément le plus aimable qui est le plus aimé et le plus détestable n’est pas toujours le plus détesté.

A propos Patrick Mottard

Enseignant à l'Université de Nice (droit public) Président de l'association Gauche Autrement Président du Parti Radical de Gauche 06 Délégué régional du Mouvement Radical/Social-Libéral
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